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Pirates des Caraïbes, Arthur, La Tour Sombre, Valerian… ou un été en forme de catastrophe industrielle pour le cinéma américain

Par Jacques-Henry Poucave
21 août 2017
MAJ : 21 mai 2024
41 commentaires
Photo Charlie Hunnam

La période estivale et sa farandole de blockbusters touche à sa fin. Mais en 2017, le poumon économique de l’industrie Hollywoodienne accuse des ratés extrêmement inquiétants.

 

LES FANS QUITTENT LE NAVIRE

Steven Spielberg l’avait prophétisé en 2013. Constatant l’inflation impressionnante de films aux budgets colossaux et aux recettes identiques, le réalisateur et producteur avait annoncé que lorsque plusieurs super-productions exorbitantes sombreraient simultanément au box-office, le système n’aurait d’autres choix que de se réinventer pour ne pas disparaître corps et bien. Ce moment pourrait bien être en train de se profiler.

 

Photo Idris Elba

La rencontre d’idris Elba et du grand public n’aura pas eu lieu

 

La Momie , Pirates des caraïbes 5, Alien : Covenant, King Arthur, Baywatch, Valerian, Ghost in the Shell, Transformers 5, La Tour Sombre… Entre flops et déceptions, nombre de films attendus ont réalisé des scores bien inférieurs aux prévisions ou aux attentes des studios. Et quand bien même certains des films pré-cités ne sont pas des bides cosmiques,  leurs budgets importants en font toujours de sévères déceptions pour des sociétés misant sur un très fort taux de rentabilité.

Signe inquiétant, même des productions perçues comme jouant la carte de la contre-programmation, appartenant à des genres et des esthétiques radicalement différentes et bénéficiant d’une importante promotion n’ont pas su tirer leur épingle du jeu. Ainsi, Detroit de Kathryn Bigelow démarre mollement, tout comme le Logan Lucky de Steven Soderbergh.

 

Photo Dwayne Johnson, Ilfenesh Hadera

Même le Rock prend l’eau

 

Conséquence : l’été 2017 affiche la fréquentation de salles la plus basse depuis 12 ans, en chute de plus de 10% par rapport à 2016. Un manque à gagner immédiat, beaucoup plus criant et grave de l’autre côté de l’Atlantique que chez nous. En effet, en France la fréquentation des salles n’explose pas pendant l’été, du moins pas de manière comparable aux Etats-Unis, tandis que la fréquentation est – logiquement – moins dépendante de la production nord-américaine.

 

SALE TEMPS POUR LA SALLE

Les suites de ce désamour ne se sont pas faites attendre. Une des principales chaînes d’exploitants de salles, AMC, affichait le 8 août dernier une chute du cours de son action de plus de 28%, qui avoisinerait désormais les 44% de descente. Et si on cumule les pertes boursières des cinq principales sociétés exploitantes de salles aux Etats-Unis durant l’été, on arrive à une perte cumulée de pas moins de 2,5 milliards de dollars.

 

Xenomorph

Peut-être le dernier Xénomorphe que nous verrons avant longtemps

 

Une situation plus que préoccupante et qui fait dire à  certains analystes, comme Adam Aron, boss de la filiale salle d’AMC cité par Variety, que non seulement cet été a été « un pur fiasco », mais que cette catastrophe est due à l’orientation choisie par les studios et leur « confiance excessive dans les suites, qui à l’exception des Gardiens de la Galaxie 2, ont toutes déçu« .

Mais déjà, des pistes préoccupantes se dessinent pour le grand écran. D’autres commentateurs, comme Jeff Bock, c’est tout simplement le cinéma qui ne parvient plus à « faire évènement », comme en témoignent les préoccupations des spectateurs, beaucoup plus nombreux à spéculer et commenter sur l’avant-dernière saison de Game of Thrones que les sorties estivales.

Signe qu’une partie de l’industrie envisage peut-être de plus en plus sereinement de se passer des cinémas en tant que tel, Disney ne cache plus ses ambitions sur le terrain de la VOD et vient d’officialiser son divorce avec Netflix. Et au rayon des rumeurs, si Apple a annoncé vouloir investir directement 1 milliard de dollars dans la création de ses propres contenus, la rumeur veut que la société serait prête à entamer un bras de fer avec les exploitants pour rendre possible la location numérique en ligne de ses éventuelles productions cinématographiques quelques jours seulement après leur sortie.

 

Photo

Marvel et Netflix, l’heure du divorce

 

FURIOUS AND CHINA

Autre source d’inquiétudes, si le marché chinois fait office de repêchage, voire de jackpot pour une poignée de films américains chaque année, la croissance du marché est bien moindre qu’attendue, tandis que les super-productions hollywoodiennes ont toujours autant, sinon plus, de difficultés à sécuriser leurs retours financiers et ne parviennent pas non plus à faire sauter le verrou des quotas d’œuvres étrangères acceptées en Chine.

Ce nouvel El Dorado peine donc encore à s’imposer comme le ballon d’oxygène dont Hollywood rêve. Mais si les majors devaient pressurer le secteur pour s’affranchir en partie du grand écran, et réussir comme l’assument Disney, Amazon, Hulu, Netflix et Apple, à reprendre la main sur le grand écran, attireront-elles mécaniquement le public à elles ?

Rien n’est moins sûr. En effet, plusieurs métrages ont su trouver les faveurs des spectateurs. Baby Driver a dépassé les 100 millions de dollars et peut espérer une très belle carrière en vidéo, Wonder Woman a enthousiasmé au-delà de bien des espérances, Les Gardiens de la Galaxie 2 ont fait mieux que le premier épisode, et Get Out, ou encore Annabelle 2 ont réalisé des scores planétaires avoisinant les 200 millions de dollars pour des mises de départ ridicules.

 

Photo Vin Diesel

Vin is big in China

 

Si le cinéma ne fait plus l’évènement, c’est peut-être justement parce qu’il s’est fourvoyé en la matière. Et si l’apocalypse industrielle prédite par Spielberg semble plus proche que jamais, diverses productions, plus modestes, sont là pour rappeler au secteur qu’il est toujours capable d’attirer le public et de faire preuve d’une belle rentabilité.

Plus que la fin du grand écran, c’est peut-être la fin des giga-blockbusters qui se dessine. En la matière, les dix-huit prochains mois feront office de juges de paix et montreront si les mastodontes tels que Justice League, Avengers : Infinity War et leurs innombrables décalques ont encore les épaules que requièrent leurs budgets.

 

Tom CruiseSuccès à l’internationale, catastrophe aux USA, une Momie emblématique de la situation

 

Rédacteurs :
Tout savoir sur Le Roi Arthur : La légende d'Excalibur
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maxleresistant

A force de produire de plus en plus de blockbusters et avec des budgets de plus en plus faramineux, ce qui devait se passer s’est passer.

Et ce sera encore pire en 2018

CooperPeaks

Personnellement, je suis assez excité de savoir ce que nous réserve le cinéma américain pour les prochaines années. N’oublions pas qu’il a vécu une période similaire, pour ne pas dire identique, dans les années 60-70, où voyant son succès décliner au profit de la TV (qui commence véritablement à se démocratiser à cette époque) s’est lancé dans des productions aux coûts pharaoniques (l’exemple le plus célèbre étant le Cléopâtre de Mankiewicz). Problème : le box-office n’a jamais vraiment suivi, notamment parce que ces films n’arrivaient pas à être en phase avec leur époque (guerre du Viêt-Nam, tensions raciales, émeutes, etc). La baisse de fréquentation des salles a ainsi permis l’émergence du Nouvel Hollywood qui a su proposer des films audacieux avec un budget relativement confortable lorsque ces derniers ont commencé à avoir du succès.Tout cela vous semble familier ?
Je pense donc que le cinéma américain actuel va probablement nous proposer dans les années à venir des projets beaucoup plus risqués qu’en l’état. On peut même dire que cette évolution a déjà été amorcée avec des films comme Logan qui ont pris le risque de se couper d’une partie du public et qui ont néanmoins eu une large succès autant public que critique.

Keedz

a mon sens l’appât financier que représente la Chine est un danger. En effet si les grands studios se mettent à fabriquer des films en fonction de la censure chinoise il faut pas s’étonner qu’on se retrouve avec des films médiocres qui font fuir les spectateurs occidentaux au profit d’autre films plus libre dans leur écriture

stark45

C’est un article très intéressant, il est vrai que certaines séries, en particulier Got, ont une esthétique tel qu’ils pourraient très bien être diffusées dans une salle obscure tant les effets spéciaux sont travaillés. Même si j’ai très peur que la sortie de la nouvelle série Inhumains au cinéma ne soit pas forcément réussi et serait donc logiquement un argument contre si jamais l’expérience devait être réitérée.

Karev

Ils ont qu’à faire des bons films.