Spider-Man : pourquoi la trilogie de Sam Raimi demeure un monument imprenable

Mise à jour : 23/09/2017 15:08 - Créé : 13 juillet 2017 - Jacques-Henry Poucave
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Spider-Man : Homecoming est sur les écrans et bien sûr, cinéphiles, curieux, nostalgiques et journalistes le comparent à la trilogie de Sam Raimi.

Un réflexe logique, les trois films du réalisateur ayant défini la « charte » du cinéma contemporain de super-héros, qui amène à un constat un peu désespérant. Car si comme nous l’écrivons dans notre critique, le film de Jon Watts n’a rien de fondamentalement désagréable, il  ne peut se mesurer un instant aux trois œuvres qui ont immortalisé le Tisseur sur grand écran.

Oui, mais une fois cette opinion exprimée, reste encore à comprendre pourquoi les aventures de l’Homme-Araignée made in Raimi demeurent des monuments inattaquables.

 

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Un couple parfaitement assorti 

 

PARCE QUE TOUT LE MONDE LES COPIE ENCORE

S’il ne fallait qu’un seul argument pour assoir la valeur de la trilogie de Sam Raimi, ce serait probablement celui-là. Si l’on peut toujours discuter du sens ou de l’influence d’un succès, la capacité d’une œuvre à en inspirer d’autres, tant en termes d’esthétique, de conception, de production, que de logique industrielle, est éclairante.

Ce n’est pas un hasard si Marvel a depuis dupliqué à l’infini la structure du premier Spider-Man au sein de ses « origin stories » maison, pas un hasard non plus si la photographie du film, lumineuse et positive, a été maintes fois copiée.

D’ailleurs une des seules séquences spectaculaires de Spider-Man Homecoming recycle quantité d’images issues du Spider-Man 2 de Sam Raimi, justement parce que le réalisateur a établi un mètre étalon, que suis successeurs ne peuvent que, consciemment ou non, répéter, mais toujours pas dépasser.

 

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The Boy Next Door

 

PARCE QUE LA MISE EN SCENE DE SAM RAIMI

Ce n’est pas franchement un scoop, en faisant de la caméra le personnage principal de chacun de ses films, Sam Raimi a construit un univers visuel à part, où l’image se fait soudain projection mentale simultanée du cinéaste et de ses personnages. Un concept qui lui aura valu d’être parfois réduit à ses plans impossibles et terriblement spectaculaire, ou l’objectif plonge au sein de l’action, voltige dans un ballet apparemment chaotique.

Un point de départ parfait pour s’attaquer à l’aérien Tisseur, mais le talent de Raimi ne s’arrête pas là. Les scènes d’action de Spider-Man 2 l’ont rappelé avec évidence, Raimi est également un monteur de génie, doublé d’un maître absolu du tempo, capable de penser des séquences telles que celle du métro aérien, d’une puissance symbolique, iconique et spectaculaire toujours inégalé.

 

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Un baiser devenu légendaire 

 

Le metteur en scène est enfin d’un efficacité redoutable dès lors que son récit respire et s’aventure sur le terrain de la pure émotion. Qu’il s’agisse de la naissance des pouvoirs de Peter dans le premier épisode, des tourments d’Octopus dans le deuxième ou de la douloureuse naissance de Sandman dans son dernier chapitre, Raimi enchaîne aussi bien morceaux de bravoure technologiques que déflagrations poétiques.

 

PARCE QUE DES PERSONNAGES COMPLEXES

Si cette trilogie originelle paraît à certains indépassables, c’est aussi grâce à ses personnages. Si leurs motivations sont toujours simples, voire classiques, aucun protagoniste n’est jamais laissé de côté, dénué d’enjeux, d’arcs narratifs, de conflits à régler. Par conséquent, la dynamique du récit est instantanément plaisante, d’autant plus que le réalisateur s’est amusé, sous ses airs de divertissement pop et léger, à transformer progressivement sa saga en tragédie.

 

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La scène la plus virtuose de la carrière de Raimi... Et du cinéma de super-héros ? 

 

Non seulement il a disséminé de réelles problématiques adultes dans les questionnements de ses personnages (Mary-Jane, son rapport à la réussite, sa profession et le regard des autres est une immense réussite en termes de caractérisation), mais il a veillé à leur assurer une destinée cohérente tout le long de sa trilogie.

 

PARCE QUE C’EST UNE VRAIE INTERPRETATION

Sam Raimi aura su transposer intelligemment plusieurs éléments clefs des comics et donner, pour la première fois depuis Superman de Richard Donner (les Batman de Tim Burton étant sublimes, mais très éloignés des œuvres originales) l’illusion de voir les pages d’une bande-dessinée s’animer.

Pour autant, sa déférence envers le matériau d’origine ne l’empêcha pas de mettre en œuvre une véritable adaptation, et il n’hésita pas à enrichir Spider-Man de thématiques, d’images et de réseaux symboliques propres à son univers.

 

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Du coup on vous en remet un peu 

 

On songe bien sûr à l’éveil de Doc Oc dans Spider-Man 2, tout droit sorti de l’horreur survoltée d’un Evil Dead, mais aussi aux toiles jaillissant des poignets de Peter Parker. Fabriqués par ses lance-toiles dans les comics, comme les reboots qui prient la suite de Raimi, l’artiste use ici de toute sa malice pour symboliser la jeunesse maladroite de Peter.

En effet, que sont ses jaillissements de matière blanchâtre, synonyme de mutation, sinon une métaphore de la puberté et de la maturité sexuelle passant par d’embarrassantes et encombrantes éjaculations précoces ? Voilà une idée étonnante, qui fait immédiatement sens, transforme Spider-Man en un super-héros plus organique Marvel ne l’a jamais imaginé (et nous fait gentiment marrer).

 

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 Quand Spidey n'était pas encore inétgralement numérique...

 

PARCE QUE VOUS DECONNEZ AVEC LE 3. SERIEUX

C’est une ritournelle entendue mille fois : il faudrait tempérer un peu son ardeur sur les deux premiers Spidey de Raimi, sous prétexte que le troisième serait un énorme ratage. Bon. Alors déjà c’est un raisonnement parfaitement absurde (personne ne songe vous condamner à l’exil sous-prétexte que votre petit cousin a les pieds palmés).

Mais surtout, la sinistre réputation de Spider-Man 3 tient largement du fantasme collectif, et il est grand temps de réhabiliter le film. Oui, il est bien trop long. Certes, il croule sous un trop plein de personnages (dont le studio est responsable, ayant imposé au cinéaste un Venom dont il ne voulait pas). Bien sûr, certaines séquences tombent complètement à l’eau. Ouais, la danse de Tobey Maguire sent le pâté. Ok, le costume noir n'est pas aussi beau qu'espéré.

 

Photo Spider-Man 3

Le Tisseur broie du noir 

 

Pas de discussions là-dessus. Sauf que comme les deux chapitres précédents, le métrage est d’une générosité folle, que ses effets spéciaux mettent assez régulièrement la pâtée à la doublure numérique rigide de Tom Holland dans Spider-Man : Homecoming, que ses séquences spectaculaires demeurent encore aujourd’hui de délirantes leçons de mise en scène et de gestion de l’espace, que tous ses interprètes envoient le bois.

Autant de qualité que la plupart des productions Marvel sont tout bonnement incapables de dupliquer, et qu’on aurait aimé retrouver dans le nouveau reboot signé Disney. Bref, bien qu’étant le volet le plus faible de la trilogie, on voit mal comment la production super-héroïque actuelle peut être adulée quand ce dernier est encore traîné dans la boue.

 

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 Une des poursuites les plus inventives du genre

 

commentaires

Kennedy 18/07/2017 à 08:39

Ok, et sinon une bonne journée ! ^^

corleone 17/07/2017 à 23:29

@Kennedy T'es qu'un gros con ignare et surement l'un des morveux qui se palucchent devant Homecoming. On parle du créateur de Spideman au cinéma ici. Le créateur de films de super-heros modernes et surtout l'un des meilleurs réalisateurs encore vivants, donc pour toi, ce sera MONSIEUR SAM RAIMI. Allez, écrase.

Kennedy 17/07/2017 à 11:12

Au sujet de Spider-Man 3 et de Venom.
Vous semblez vouloir disculper Raimi en disant que ce personnage lui a été imposé.
Sauf que c'était lui le réal, il était donc pleinement responsable. C'est même un de vos collègues qui me l'a rappelé il n'y a pas longtemps au sujet de M. Bay. ;-p

Pour moi, Sam Raimi a cessé d'avoir la moindre crédibilité dès l'instant où Venom est allé se coller sur la mobylette de Parker. Suicidé, le film.

Max 16/07/2017 à 10:03

Le premier épisode de Sam Raimi (peu cité dans cet article) reste pour moi le maître étalon du film de super héros, un "origin story" tout simplement parfait. Bien qu'il ait vieillit visuellement, sa mise en scène, la caractérisation de ses personnages et la cohérence de son univers en font une oeuvre sublime. La tristesse puis la colère jaillissant de Peter Parker lorsqu'il découvre son oncle assassiné, accompagnées d'une musique virevoltante lors de la première scène de poursuite, est tout simplement sublime. Le meilleur moment issu de ma jeunesse concernant un film de super héros.
Une fin magistrale, qui traduit le paradoxe caractérisant l'essence même du tisseur : entre don et malédiction, son pouvoir opposé a ses convictions, l'amenant à rejeter celle qu'il aime, par sacrifice et par devoir. Du pur génie, jamais réédité à ce niveau là depuis. Sam Raimi est clairement un fan absolu de spidey, et a réussit l'exploit d'adapter à l'écran un personnage emblématique de notre culture pop tout en y ajoutant son talent hors norme de metteur en scène, mettant au jour un véritable film d'auteur de super héros.

Cédric 15/07/2017 à 02:22

Vu hier soir

Je suis un fan de l'homme araignée depuis la trilogie de Raimi. Et là je comprends pas. non plus l'enthousiasme démesuré des critiques (93% sur rotten, des critiques français aussi sous le charme). Pourtant quasiment rien n'a trouvé grâce à mes yeux si ce n'est Tom Holland qui je trouve fait un bon Peter Parker.

1/ Je trouve que la ville de New York passe au second plan là où elle était un personnage à part entière des premiers films. ça m'a manqué
2/ Trop d'Iron Man et de référence aux avengers
3/ Séquences d'actions vraiment pas spectaculaires. Sam Raimi faisait beaucoup mieux (le train dans Spider man 2, les rencontres avec l'Homme sable dans le 3, le sauvetage de Gwen Stacy dans le 3 ...)
4/ Seconds rôle sans grand intérêt
5/ Tante May qui ne sert à rien ... on lui a donné un coup de jeune mais la voir se faire draguer dans un restaurant (awkward) ou se faire qualifier de chaude par Stark bof
6/ Je n'ai pas beaucoup ri lors des passages supposés être drôles

Je suis dur mais je ne parviens à trouver aucun élément fort faisant sortir ce film du lot. Ah si le personnage de Keaton n'est pas mal, mais là encore dans les films précédents on a vu mieux.

J'en suis rendu à un tel point que j'ai même préféré les deux films avec Andrew Garfield.

Et là ce qui m'énerve le plus c'est l'absence de sens critique des journalistes qui sont en pâmoison devant ce film et qui île font passer pour un chef d'oeuvre du genre. Qu'on m'explique.

Keyser 14/07/2017 à 19:45

C'est bien de rétablir l'honneur sur le 3ème film en effet, il a beaucoup de bons côtés, quand aux mauvais... vous saviez que Sam Raimi s'était "excusé" pour ce film ?
Il le qualifie lui-même de "mauvais et horrible" !
Bizarre que vous en ayez pas fait mention.
Article :
http://www.programme.tv/news/cinema/126765-spider-man-3-sam-raimi-flingue-son-propre-film/

King 14/07/2017 à 17:32

Vraiment magistral cette trilogie. Perso j'ai toujours rêvé de voir ce que donnerais un James Bond entre les mains de Monsieur Sam Raimi.

piteuw pakeuw 14/07/2017 à 15:03

Perso j'adore le second opus, par contre je suis pas un grand fan du premier, ni du dernier.

Le premier à cause du bouffon vert, que je trouve inabouti malgré quelques pistes qui prouvent que Raimi avait parfaitement compris la relation Parker/Osborne (j'aurai adoré que la trilogie se focalise sur cette relation). Et aussi à cause du choix de zapper Gwen Stacy.
Et le dernier à cause d'à peu près tout ce qu'il y a dans le film (même le caméo de Bruce Campbell semble forcé).

Par contre le 2 ne vieillit pas et même, se bonifie avec le temps. D'autant plus qu'il se tient très bien, seul, sans tenir compte des deux films qui l'entourent.

StarLord 14/07/2017 à 14:57

L'article est excellent est très pertinent. Merci!

Mais bon sang relisez-vous avant de publier, encore un enième article bourré de fautes de frappes...

SPIDER. MAN 14/07/2017 à 13:54

MAL EN POINT

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