Un Doigt dans le Culte : Tango & Cash

Christophe Foltzer | 29 avril 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 29 avril 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Avec Un Doigt dans le Culte, la rédaction profite de son temps libre, de son salaire mirobolant et de sa mégalomanie galopante pour partager avec vous des œuvres importantes, cultes, adorées, en dehors de toute actualité. Films, séries, livres, bandes-dessinées, sculptures en crottes de nez, tout va y passer. Aujourd'hui, pour célébrer la sortie des Gardiens de la Galaxie 2, on vous parle de Tango & Cash, déjà avec Kurt Russell et Sylvester Stallone.

Bien qu'ils ne partagent aucune scène ensemble, Les Gardiens de la Galaxie 2 a des allures de grandes retrouvailles pour les fans de Stallone et Kurt Russell. Parce que voyez-vous, il y a 27 ans, ils étaient à l'affiche de l'un des meilleurs buddy-movies de tous les temps, le légendaire Tango & Cash d'Andrei Konchalovsky

 

Photo Tango & Cash

 

"RAMBO, C'EST UNE PEDALE"

Ray Tango et Gabriel Cash sont les deux meilleurs flics de Los Angeles et se battent avec acharnement pour dépasser l'autre. Tous les oppose : l'un boursicote et se fringue en costume Versace dans les beaux quartiers tandis que l'autre est plus à la cool, avec son jean et ses pizzas. Pourtant, ils énervent tous les deux au même point Yves Perret qui veut se débarrasser d'eux avant un important arrivage. Pas question de les éliminer cependant, cela en ferait des martyrs, il vaut mieux les discréditer. Lancés sur la même affaire, ils se font piéger et mettre en prison chez les droits communs. Obligés de s'allier pour survivre, ils vont devoir s'évader et retrouver les auteurs du traquenard pour redorer leur blason et être innocentés.

 

Photo Tango & Cash

 

Les années 80, c'est l'âge d'or du buddy-movie façon Joel Silver, avec entre autres 48 heures, Le Flic de Beverly Hills, L'Arme fatale évidemment et aussi des teams un peu plus bizarres comme le légendaire Turner & Hooch. Autant dire que réunir devant la même caméra l'une des plus grosses stars d'action d'Hollywood et l'un des acteurs les plus sympathiques était une idée de génie. Une idée qui a fait saliver les producteurs Jon Peters et Peter Gruber qui ont réussi à réunir 55 millions de dollars pour se payer le packaging de leurs rêves.

Glorieux représentant des années 80, de yuppies et autres golden boys gavés par la pensée Reagan, Tango & Cash aborde donc son public avec un second degré jouissif qui contrebalance avec la faiblesse de ses grosses scènes d'action. C'est un véritable bonheur de voir Rambo et Snake Plissken se chercher des poux comme des gamins juste pour savoir "cékikidomine". Cela dit, en coulisses, le tableau n'est pas aussi rose.

 

Photo Tango & Cash

 

"TU CONNAIS CAPITAINE COUILLE-MOLLE ? - AH OUI, J'VOUS AI ADORE DANS CONAN LE BARBARE !"

En effet, à l'époque, Sylvester Stallone a comme qui dirait quelques petits problèmes d'égo et se prend pas mal pour le roi du monde. Une image de soi qui aura des répercussions multiples sur le tournage, dans le positif comme le négatif. Le positif, c'est que son narcissisme est à ce point avancé qu'il se permet d'envoyer quelques crottes de nez aux collègues. Entre la vanne sur Arnold Schwarzenegger qui ouvre ce paragraphe, et une petite pique adressée à son ex-femme Brigitte Nielsen, le comédien est tellement sûr de son statut qu'il se permet même de se moquer de lui-même avec la fameuse réplique "Rambo, c'est une pédale." Si la relation entre Tango et Cash tourne essentiellement au concours de celui qui a la plus grosse durant 1h40, et elle le fait très bien, Stallone a aussi eu une incidence bien moins lumineuse sur la fabrication.

 

Photo Teri Hatcher

 

Très investi dans le tournage, à défaut d'être l'un des producteurs, Stallone s'accorde avec la vision de Konchalovsky qui souhaite donner une tournure très sombre au film, se mettant ainsi en porte-à-faux avec ses producteurs qui comptent davantage sur un film d'action explosif et léger à la limite de la parodie plutôt que sur un gros polar hard-boiled à la Piège de cristal. Leurs héros sont invincibles, les méchants sont en carton, il y a même des gadgets pourris (genre, le chien mécanique ou la manipulation des bandes audios, sans parler du véhicule à la fin) et Tango & Cash se définit comme un concentré de tout ce que la décennie a connu de plus grand en matière de suspension d'incrédulité.

Le réalisateur n'y survivra pas puisqu'il sera viré au bout de trois mois, remplacé au pied levé par Albert Magnoli (Purple Rain), qui ne sera pas crédité. Mais Stallone sera directement responsable du renvoi d'un autre membre de l'équipe, le directeur de la photographie Barry Sonnenfeld, car il se trouvait mal éclairé. Ca donne un idée de l'ambiance.

 

Photo Kurt Russell, Sylvester Stallone

 

"T'AS FAIT BOUM-BOUM AVEC MA SOEUR ?" 

Dans leur volonté de livrer un produit calibré satisfaisant tous les publics, les producteurs vont également mettre le holà sur la violence du film, demandant ainsi au monteur Stuart Baird de reprendre intégralement le film pour éviter une classification handicapante. Résultat, les fusillades perdent en lisibilité et l'accent est encore plus mis sur l'aspect comique de l'histoire.

Cependant, malgré toutes ces péripéties et complications, et le retard du début de la production qui a conduit Patrick Swayze à partir sur le tournage de Road House, se faisant remplacer par Kurt Russell, Tango & Cash a connu un joli succès à sa sortie. Pas un gros carton certes, mais il a remboursé largement sa mise de départ en amassant pas moins de 65 millions de dollars au box-office. Pas suffisant cependant pour mettre en route une suite qui semblait logique.

 

Photo Tango & Cash

 

Tango & Cash est un monument du film d'action humoristique des années 80. Encore plus quand on le revoit aujourd'hui. L'insouciance de ses personnages, son intrigue en mousse, l'alchimie entre les comédiens, le racisme joyeux-joyeux et ses héros beaufs mais heureux de l'être, tout nous rappelle avec bonheur une Amérique déjà bien "great". Et c'est aussi un véritable défilé de seconds rôles emblématiques comme les regrettés Brion James (le légendaire Requin) et Robert Z'Dar, Michael J. Pollard dans son rôle habituel d'original, Jack Palance en grand méchant (juste après Batman) et surtout la découverte de Teri Hatcher dans un premier rôle inoubliable au cinéma.

Bref, Tango & Cash c'est bon, c'est con et c'est culte, on le regarde tous les trimestres avec le même bonheur, on lui dédie des soirées pizzas-bières avec les potes et, pour une fois, c'est un film que l'on regardera exclusivement en version française. Parfaite de bout en bout, elle fait partie de cette période bénie de la fin des années 80 - début 90 où les doublages et la traduction en français augmentaient encore le potentiel du film. Qu'il s'agisse des expressions, des tons de voix ou encore de l'énergie des comédiens, on frôle la perfection, au même titre que Retour vers le futur et Demolition Man.

 

Oubliez Citizen Kane et 2001 pendant 1h40. Tango & Cash parvient à faire ce qu'aucun film d'action actuel n'arrive à atteindre aujourd'hui (bisous Agents presque secrets) et nous rappelle qu'à l'époque on savait faire de vrais films bourrins, stupides et jouissifs, en flattant notre côté beauf tout en ne nous prenant pas pour des abrutis. On en pleurerait presque tellement c'est bon. 

 

Photo Tango & Cash

 

 

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commentaires
Dicraig
18/09/2019 à 22:40

Une question sans réponse : ce film est-il le dernier vestige d'un script des eighties, tout comme l'a été le "Volte face" de John Woo, destiné à rassembler Sly et Schwarzy sur la même affiche ? Il y a eu cette rumeur du polar ou les deux musclors devaient mener une enquête déguisés en femme ... et comme Kurt Russel s'extirpe du club travesti, forcément, je me la pose encore. Si quelqu'un a la réponse, trente ans après, je suis preneur

Pat
17/09/2019 à 20:45

Revu avec grand plaisir ce film récemment.

sylvinception
03/05/2017 à 15:18

Quel dommage que la dernière partie du film soit complètement foirée - Konchalovsky s'étant barré avant la fin du tournage - ça gâche un peu le plaisir quand même...

Svreign
01/05/2017 à 22:49

Mon film culte. Inégalable.

Benzek
01/05/2017 à 21:33

Demolition Man ça c'est du film. Simon a dit ..

Azzawolf
01/05/2017 à 11:00

Sans oublier l'excellent BO du film composée par le non moins génial Harold Faltermeyer. Et il aura fallu que j'attende 17 ans pour la trouver en CD.

New Age
30/04/2017 à 19:35

Eh les vieux ?? C'est pour quand le remake ?

Rorov94
30/04/2017 à 18:32

ENORME apparition de Robert ZDarr(maniac cop)en taulard.
Et les dialogues:«caaash!j'vais t'mettre ma grosse saucisse dans le cul!!!»
De la dramaturgie pure,du Shakespeare.

King
29/04/2017 à 20:48

Film culte, époque culte, acteurs cultissimes !!!! Impressionnant la maniere qu'avait Stallone de jouer avec son poids à l'epoque . Il est bien amaigri dans Tango Et Cash pourtant il sortait tout juste du tournage de Rambo 3 ou il y affichait une musculature formidable! Dire que de nos jours, certains acteurs pour font tout un tapage pour 5kg perdus d'un tournage à l'autre.

Snake
29/04/2017 à 14:51

hahaha tres bonne critique qui donne qu'une envie c'est de le revoir tout de suite

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