Ça : "Il" est revenu son statut de film culte ?

Jacques-Henry Poucave | 28 mars 2017 - MAJ : 06/09/2019 15:15
Jacques-Henry Poucave | 28 mars 2017 - MAJ : 06/09/2019 15:15

Alors que la toute première bande-annonce de la nouvelle adaptation de Ça devrait se dévoiler dans quelques heures à peine, l’occasion était trop belle de revenir sur la précédente, demeurée culte pour toute une génération de spectateurs.

En effet, si Ça : "Il" est revenu s’est progressivement imposé comme une référence, une analyse de la version de 1990 permettra de voir à quel point le remake apportera son lot de nouveauté.

Il est aussi l’occasion de découvrir une adaptation peut-être plus fidèle, dont la conception permettra d’explorer d’autres voies, et qui sait, de corriger certains défauts d’une transposition attachante mais parfois un peu gauche.

En effet, on a beau adorer le téléfilm en deux parties produit en 1990, on aurait tort d’y voir une quelconque forme de perfection, et nous en profitons donc pour nous replonger dans les points forts – et les points faibles de cette œuvre. 

 

 

LES POINTS FORTS

 

Tim Curry

Pas évident de reconnaître le fantasque Frank-N-Furter sous le maquillage de Grippe-Sou le Clown. Après lecture du phénoménal roman de Stephen King, on pouvait craindre que personne ne soit véritablement en mesure d’incarner une des plus féroces et cruelles abominations jamais couchées sur le papier.

Mais Tim Curry a prouvé le contraire, avec un impeccable talent. A la fois drôle, implacable, imprévisible et toujours d’une terrifiante sophistication, l’entité diabolique à laquelle il prête ses traits demeurera l'un de ses plus grands rôles (avec celui du Rocky Horror Picture Show). 

La transformation est totale, si radicale, que même la voix de l’artiste en devient méconnaissable, épousant totalement l’esprit retors du monstre boulotteur d’enfants.

 

 

Les séquences cauchemardesques

Ça : "Il" est revenu n’est pas exempt de défauts, mais a su sur quel élément fondamental mettre tous ses atouts. Surtout concernant la construction de ses scènes horrifiques. Sans doute conscient que la matière première inventée par Stephen King était suffisamment puissante pour ne pas avoir à être transformée, le téléfilm les reprend à l'identique et en offre une illustration particulièrement flippante.

 

Stephen King

 

Le résultat final regorge ainsi de passages mémorables. Toutes les apparitions de Grippe-Sou bien sûr, mais aussi la transformation de gâteaux en insectes et morceaux de cadavres animées, des têtes apparaissants dans un réfrigérateur, une énorme bulle de sang éclatant au visage d’une jeune fille… toutes ces scènes aussi abominables qu’inoubliables.

 

Sur le papier comme à l'écran, un sommet de terreur.

 

La durée

L’avantage d’être un téléfilm en deux parties de 1990, c’est qu’on a le temps. Ça : Il est Revenu s’étale tout de même sur 3h12, ce qui permet au récit de conserver l’ambition et la richesse du chef d’œuvre de Stephen King.

On se réjouit ainsi que le métrage respecte la répartition des deux lignes temporelles, et puissent ainsi déployer un très large panel de personnages.

 

 

LES POINTS FAIBLES

 

Le rythme

Certes, Ça : "Il" est revenu a le bon goût de prendre le temps, mais il a en revanche un peu de mal à gérer son rythme. La faute à une partie consacrée aux adultes beaucoup plus faible (exception faite des passages de trouille). Car si le scénario est extrêmement riche, sa mise en scène se fait beaucoup plus plan-plan dès que le scénario enchaîne les tunnels de dialogue.

On a beau être reconnaissant au métrage de conserver la puissance du roman, le résultat est loin d’être toujours à la hauteur, et plusieurs scènes traînent douloureusement en longueur.

 

stephen king roman

Fabuleuses couvertures de la première édition de poche française 

 

Stephen King

"Je ne comprends pas Bobby, j'avais laissé mon charisme juste là, sur cette chaise."

 

Le look

Produit en 1990, Ça : "Il" est revenu est totalement à cheval entre les années 80 et la décennie qui leur a succédées. Sans doute à cause de cette période, mais aussi d’un budget pas toujours à la hauteur du projet, le look du film est souvent un peu pauvre, sitôt Grippe-Sou éloigné du récit.

Entre des costumes franchement moches, des décors urbains trop génériques, des intérieurs qui sentent le studio à 16 000 km et une photo un peu baveuse et totalement oubliable, le film manque souvent de relief, esthétiquement parlant.

 

Stephen King

 À quand le retour de la fashion police de proximité ?

 

La fin

Le dernier tiers du roman de King est d’une puissance inégalée, plongeant dans l’horreur, la poésie, et la mélancolie avec une grâce rare. Malheureusement, en l’état, la fin originale est quasiment inadaptable. D’abord parce qu’une grande partie de la confrontation entre Ça et le Club des Losers se déroule dans l’esprit et l’imagination des protagonistes ce qui en fait un sacré défi visuel.

 

Stephen King

Quand y a pas le budget, y a pas le budget...

 

Et pour corser encore la chose, le premier affrontement (alors que nos héros sont encore des pré-adolescents), se conclut par une séquence bouleversante, que la censure aurait sans doute beaucoup de mal à tolérer : une initiation sexuelle improvisée dans les égouts, entre les protagonistes, alors en pleine communion transcendantale. Inutile de préciser que la sexualité débridée entre mineurs ne fait pas partie des grands dadas du cinéma américain.

Du coup la conclusion de Ça : "Il" est revenu souffre à la fois d’une représentation très cheap de la forme finale de Grippe-Sou et d’un déficit émotionnel certain, tout en frustrant durablement les fans du roman.

 

Stephen King

Stephen King

Gremlins + Big Ass Spider + cocaïne = Kamoulox

 

S’il a marqué une génération et demeure une des adaptations les plus soignées du roman de Stephen King, Ça, Il est Revenu est bien loin d’avoir épuisé tout ce que l’œuvre originale avait à nous offrir. À quelques heures seulement du dévoilement du premier trailer du nouveau remake, notre impatience est grande.

Tout savoir sur Ça : Il est revenu

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
GG
14/09/2017 à 09:53

@ Thofinn

En fait c'est bien le même doubleur pour le clown dans la version VHS et DVD. C'est un des doubleurs qui a repris son role lors du nouveau doublage.

Copeau
29/03/2017 à 18:54

Bigre la bande-annonce envoie du lourd ! excellent, je bave

Shepard
29/03/2017 à 18:01

@Pieds dans le plat

J'ai lu le livre Ça, que je trouve également grandiose. Mais je ne déteste pas le téléfilm, certaines scènes (au-delà de l'adaptation, des libertés, des trahisons) m'amusent beaucoup, même aujourd'hui.

Et je pense que Shining n'est absolument pas intouchable pour les fans de King. Le film a été souvent attaqué et critiqué pour ça... Notamment King, c'est connu. Donc je serais surpris que tu te fasses plein d'ennemis d'un coup.
Perso, je dirais que je préfère le film, parce que je trouve le roman assez moyen, et clairement l'un des moins puissants et mémorables de King à mes yeux.

Pieds dans le plat
29/03/2017 à 17:31

Quiconque a lu le livre ne peut valider ce téléfilm à la fois fauché et médiocre qui ne vaut que pour l'interprétation de Tim Curry.
Le roman est des meilleurs de King et c'est celui qui a été le plus mal adapté avec Firestarter.
Et Shining.
Je sens que je vais me faire des copains là....

Gina0101
29/03/2017 à 17:10

Super article qui m'a donné envie de lire le bouquin (j'ai kiffé le film). :)

Thofinn
29/03/2017 à 14:18

Ce qu'il y a de très casse c... dans la version de 1990 c'est le doublage français qui n'est pas le même entre la VHS et le dvd... Y compris celle du clown ( sacrilège ) ce qui lui enlève quand même pas mal de charisme...

olivier637
28/03/2017 à 22:29

Les couvertures de l edition poche sont vraiment magnifiques. Les books me faisaient incroyablement envie quand j etais gosse, sur l etagere dans le salon familial.

et j ai devoré les 3 tomes en un été. j avais 12 ans. je l ai relu integralement 2 fois depuis.

Pour ce qui est du telefilm, bon...meme a l epoque j avais ete assez décu, je l'avais vu juste apres le livre en meme temps...

Le film a venir sera forcement meilleur, mais JH Poucave a raison, il y a des passages qui sont tout simplement inadaptables, et je ne parle meme pas de l'incroyable scene d'initiation sexuelle mentionnée par Poucave. Le dernier tiers du film est effectivement dans l esprit des personnages, on peut éventuellement tenter une approche comme dans the Cell (plastiquement tres reussi), ou partir dans un delire numerique total (et laid) a la Blueberry dans son acte final (brrrrrrrrr!).

Le film aura dans tous les cas un fort interet, meme si l evidence aurait ete de faire une serie, sur plusieurs saisons. Il y a une telle mythologie autour de Ca, retranscrite dans le livre, une histoire a travers les siecles racontee de facon tres detaillee par le perso de Mike Hanlon adulte qui enquete sur le sujet.

J espere que le film va me faire decoller, vraiment et qu a la fin...et bien qu a la fin nous flottions tous en bas, Georgie...

put**n vivement le trailer

Snake
28/03/2017 à 21:25

Merci pour cette article interessant ! je pense que le nouveau film a moyen d'etre tres bon, le realisateur n'est pas un simple faiseur ( a defaut de Tommy lee Wallace) et son mama avait de tres bonnes idees,

Towanda
28/03/2017 à 18:24

Complètement d'accord avec Copeau.

Et dans les points positifs il faut aussi rajouter le superbe thème musical de Richard Bellis...vainqueur d'un Emmy pour cette OST cette année-là.

Raiden
28/03/2017 à 16:19

Je l'ai revus récemment et je le trouve toujours aussi génial, bref sa reste un film culte et de très bonne qualité et aussi intemporel même si je pense que la nouvelle adaptation sera meilleure, enfin j’espère ^^

PS : La partie sur les enfants reste la meilleur dans le film.

Plus
votre commentaire