Plaisir coupable : Evil Dead, remake du film culte de Sam Raimi

Geoffrey Crété | 8 octobre 2016
Geoffrey Crété | 8 octobre 2016

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

  

 

"Evil Dead cru 2013 parvient à piquer ses spectateurs au vif dès son entrée en matière" (L'Ecran fantastique) 

"Il manque encore à Alvarez un bon sens du suspense pour arriver à jouer vraiment avec la peur. Mais, question horreur, il a de l'appétit" (Télérama)

"Si ça n'avait pas été pas mon travail de voir le film, je serais probablement sorti de la salle bien avant le moment où un personnage se coupe le bras avec un couteau éléctrique" (New York Post)

  

 

 

LE RESUME EXPRESS

Dans les bois, un papa brûle sa fille un peu possédée, puis un groupe d'amis se retrouve pour aider Mia à se sevrer, parce que la drogue c'est pas bien. Il y a notamment son frère David. Ils s'installent dans la cabane familiale parfaitement sinistre, dans laquelle toute personne ayant vu un film d'horreur refuserait de dormir. 

Suivant une odeur fétide dans la cave, ils découvrent un vieux grimoire. L'abruti à lunettes y voit un sujet de thèse et commence à le lire. Lâché, le Mal s'abat sur Mia, qui en vomit. Elle vole les clés de voiture pour s'enfuir, mais finit dans un marécage avant d'être violée par une racine maléfique.

Un peu possédée, Mia terrifie ses amis et se crame sous la douche. Lorsqu'ils tentent de partir, ils réalisent qu'ils sont bloqués à cause de la montée des eaux.

Mia vomit sur Olivia, qui la jette dans la cave. Olivia improvise un cosplay du Joker, et attaque son petit ami Eric. Eric tue Olivia. Mia mord la main de la copine de David, qui se coupe le membre possédé. Elle attaque David et Eric avec un pistolet à clous, avant d'être abattue. Mia tue Eric. David enterre Mia vivante. Il la ressuscite. Eric tue David, qui fait exploser la maison.

Dépossédée, Mia déchante en voyant une pluie de sang s'abattre sur elle. L'exorciste sort du sol et la poursuit. Mia récupère une tronçonneuse : elle coupe les chevilles de la demoiselle des enfers, mais la bête se venge en lui écrasant la main sous la voiture. Mia en a assez : elle s'arrache la main et découpe cette folle en deux. Le soleil se lève, Mia sourit. Le livre, lui, est toujours là.

 

 

LES COULISSES

Lorsque Rob Tapert, producteur des films originaux, évoque l'idée d'un remake d'Evil Dead avec Sam Raimi et Bruce Campbell, le réalisateur est enthousiaste : son film culte a tout pour être repris et réimaginé par un nouveau réalisateur. L'interprète d'Ash a d'abord des doutes, avant d'apprendre que le film mettra en scène de nouveaux personnages.

Mais le fan est moins dupe : face à la réaction très négative du public, le projet traîne pendant plusieurs années, et est même abandonné. Puis, en 2011, le nouveau Evil Dead est lancé. Remarqué avec son court-métrage Panic Attack en 2009, l'Urugayen Fede Alvarez est choisi pour co-écrire et réaliser le film, qui est autant une suite qu'un remake : l'histoire se déroule 30 ans après le premier Evil Dead, dans le même univers qu'Ash. Sam Raimi évoque même à l'époque une suite à L'Armée des ténèbres, avec Ash et Mia unis face aux monstres - un projet qui prendra une autre forme et deviendra la géniale série Ash vs Evil Dead suite au refus d'Universal.

Diablo Cody, scénariste oscarisée de Juno, repasse sur le scénario pour notamment l'américaniser. Lily Collins est castée dans le premier rôle, avant de se désister et être remplacée par Jane Levy, héroïne du film suivant d'Alverez, Don't Breathe - La maison des ténèbres. Bruce Campbell, lui, fait une apparition à la toute fin du générique.

Fede Alverez refuse d'utiliser des images de synthèse, pour respecter l'esprit du film culte. Le studio refuse un NC-17 (interdit aux moins de 17 ans) et exige un R rating (moins de 17 ans accompagnés par un adulte) pour s'assurer une distribution mainstream.

 

 

LE BOX-OFFICE

Plus de 97 millions de dollars de recettes dans le monde, dont 54 aux USA, pour un budget de 17 millions. Un succès indéniable, qui a pourtant été écrasé par les plus propres Conjuring (318 millions au box-office, 20 de budget), Mama (146 millions pour 15 de budget) ou même Insidious : Chapitre 2 (161 millions pour 5 de budget)

Plusieurs fois évoquée, une version longue sortira enfin pour Halloween, avec notamment une fin alternative.

 

 

LE MEILLEUR

Il n'y a qu'à voir la concurrence : en 2013, Conjuring et Insidious : Chapitre 2 emballés par James Wan, Mama produit par Guillermo Del Toro, ou encore La Dame en noir et Sinister sortis l'année précédente. Dans ce flux de films d'horreur polis, le remake d'Evil Dead fait figure d'enfant turbulent et délicieusement méchant, qui se contrefiche d'être aimable.

C'est donc un festival sanglant de membres déchirés, de peau arrachée et de visages amochés, décorés par des litres d'hémoglobine, que Fede Alverez filme avec un plaisir et une générosité réjouissantes. Le réalisateur ne réinvente aucunement l'histoire ou le genre, mais s'affaire sur le ton, le style, et la dimension iconographique du film. 

En délaissant la peur pure pour plonger le spectateur dans un tunnel ensanglanté digne d'un torture porn, le cinéaste s'arme d'une radicalité et d'une énergie irrésistibles pour emballer une boucherie flamboyante. Marchant humblement dans les pas de Sam Raimi, en restant sagement dans le cadre des films cultes, Alverez emballe un train fantôme de 90 minutes d'une clarté sans équivoque. Conscient des limites de l'exercice du remake, il s'en donne à coeur joie pour multiplier les séquences grand guignolesques, répondant aux plus bas instincts du spectateur avec une perversité complice.

Le réalisateur affirme dans les meilleurs moments un vrai talent de mise en scène, avec un montage et un découpage souvent adroits. Il parvient également à instaurer une belle ambiance en quelques plans, d'une vue aérienne inversée de la forêt à l'envers à ce vestige motorisé baigné dans une lumière iréelle. Et plutôt que de souffrir de l'exercice du remake, en baissant les yeux face au statut d'oeuvre culte du film de Sam Raimi, il s'arme d'une vivacité qui impose un certain respect, et qui est certainement le meilleur moyen de se placer en humble héritier.

 

  

LE PIRE

Evil Dead reste, en fin de ligne, un simple remake. Un remake de ce nouveau genre, qui oscille entre pure reproduction et suite à peine assumée, et fonctionne en miroir avec le film d'origine.

Peu de surprise donc, hormis au rayon boucherie. Fede Alverez délaisse l'humour pour foncer dans le premier degré extrême, avec une écriture qui malheureusement ne se montre pas aussi inventive et réjouissante que la partie gore. Malgré l'intéressante idée du sevrage, le scénario se contente de recycler les stéréotypes du genre, au lieu de les remuer avec la même énergie que dans les scènes sanglantes. Résultat : une architecture trop classique, des personnages trop carrés, qui auraient mérités une relecture plus folle, plus brutale.

La pluie d'hémoglobine ressemble donc à une manière de camoufler les coutures d'une production un brin limitée, qui crie beaucoup pour masquer sa nature trop classique.

 

  

SCENE CULTE

Parce que l'occasion était trop belle pour ne pas revoir ce grand moment d'Evil Dead II.

 

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

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commentaires
lt
02/04/2018 à 20:01

déjà il part avec un défaut c'est un remake

PipoBazinga
11/10/2016 à 07:35

Sympa comme analyse EL!
Pour ma part je n'ai pas vu les films originaux mais ce remake m'a bien plu en tant que film. (étant donné que je n'ai pas de point de comparaison avec les films de Raimi je ne parlerai pas de remake). On m'a présenté ce film à sa sortie comme un vrai film d'horreur. Il réunit tout les critères et clichés du genre : la bande de jeune (le mec à lunettes, l'héroïne, la meuf bonne, le mec "mystérieux"), la forêt, la cabane, la météo pourrie. Et des fois on a pas besoin de plus, quand on veut voit un film d'horreur/gore ça nous suffit. Même si j'ai une préférence pour les films d'épouvante du genre Conjuring ou Insidious qui peuvent faire flipper sans être gores, un bon film gore de temps en temps c'est bon à prendre quand c'est bien fait.

Weekly
10/10/2016 à 22:11

Suis-je le seul à trouver que le premier Evil Dead de Sam Raimi se prend quand même pas mal au sérieux dans le ton, et ce malgré l'aspect "délirant" qui apparaissait déjà (mais bien plus poussé dans le 2) ?

Holly Body
09/10/2016 à 22:13

@Choco

Ils parlent bien de changement radical de ton, de l'humour moins présent, du premier degré. Un remake qui aurait tenté de reproduire l'esprit de l'original n'aurait pu être qu'inférieur, et encore plus vain. En tirer un film si différent a au moins le mérite de ressembler à un essai, un pari. C'est bien plus que beaucoup d'autres remakes

Kiddo
09/10/2016 à 05:30

D'accord avec Locutus.
Sauf que je ne dirai pas supérieur, loin de la mais si différent qu'il est vain de vouloir les comparer.
Oui le titre est le meme, un bouquin maléfique et des gamins ds une cabane au fond des bois.
Comme un bon millier de slasher/survival/horror movies qu'il y avait deja a l'egoque.si on echange le bouquin avec une urban legend or whatever.
Evil dead l'original restera un bijou ds le genre avec toute son inventivité et particularité qui allait avec et le seul remake qui n'en est pas un et qui vient d'être fait reste la série et quelle série!
Par ailleurs, ce jeune real vient de confirmer qu'il maitrise doucement mais surement son sujet avec le très très tendu Don't breathe...

dark locutus
08/10/2016 à 20:15

je suis fan de la version de Raimi ( comme tous ceux qui ont du goût pour le genre ). Mais la version d'Alvarez est pour moi supérieur. Je pense pour ma part qu'il a très bien compris l'esprit du film de Raimi, il a tout simplement voulu aller dans un autre registre.
La " folie 3 de Raimi est absente de ce film, mais tout le reste y est ! Il n'y a que noirceur, peur et horreur. Et c'est fait avec talent. Ce film mérite son PG -16, et il me satisfait pleinement pour un film d'horreur et de survie.
Je le recommande à ceux qui l'ont loupé. Très bon moment !

choco
08/10/2016 à 19:49

Oui, voila, l'extrait d'Evil Dead 2 que vous mettez à la fin résume à la perfection l'esprit du film de Raimi. Fede Alvarez lui, n'a absolument rien capté de ce fameux esprit. Étrange de ne pas en avoir fait mention une seule fois dans votre critique.

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