L'indéfendable : Cowboys & envahisseurs, le gros flop avec Daniel Craig et Harrison Ford

Geoffrey Crété | 19 novembre 2016
Geoffrey Crété | 19 novembre 2016

Parce que le bon sens a ses limites, certains films restent difficiles voire impossibles à défendre. Ecran Large leur consacre donc une rubrique spéciale : les indéfendables. L'occasion de revenir sur des ratages plus ou moins célèbres et controversés, salués par la presse, le public ou les deux.

   

Affiche

 

"Un amusant nanar" (L'Express)

"Pire que catastrophique" (Positif)

"Une faute irréparable : se prendre au sérieux" (Le Nouvel Obs)

"Tout a l'air fait de bouts de films, de bouts de personnages mal mixés" (Les Inrocks)

"Le blockbuster le plus ennuyeux de l'été. Ni un bon western, ni un bon film de science-fiction" (Les Cahiers du cinéma)

  

 

LE RESUME EXPRESS

James Bond se réveille dans un western, amnésique, sans chaussures, mais avec le nom de Jake, ses muscles et un bracelet high tech. Arrivé dans la petite ville d'Absolution, il commence à tabasser des gens et finit en prison. Deus ex machina lorsque le colonel Harrison Ford arrive pour le punir : des vaisseaux spatiaux attaquent la ville, enlèvent des gens, et Jake abat un des engins avec son bracelet magique.

Un groupe part dans le désert pour retrouver la créature qui s'en est échappée. Parmi eux : Ella, une énigmatique et sculpturale femme qui bloque sur Jake. Après un flashback qui révèle qu'il a été marié, ils passent la nuit dans une épave de bateau parfaitement absurde et lugubre. Ils sont attaqués par le monstre, puis par l'ancien gang de Jake, puis par les vaisseaux. Ella est tuée.

Le groupe fait une pause chez les Apaches. Ella ressuscite et spoile en avance Game of Thrones :c'est une gentille alien venue arrêter les méchants aliens, qui veulent évidemment détruite l'humanité. Ivre, Jake se souvient que sa femme a d'ailleurs été enlevée par les aliens, et qu'il s'est échappé de leur vaisseau avec ce fameux bracelet.

Indiens et gentils cowboys et méchants cowboys s'unissent pour lancer un assaut sur le vaisseau des aliens. Les monstres déciment les figurants, Jake libère les prisonniers humains, Ella se sacrifie pour détruire le vaisseau qui s'envole.

Tout est bien qui finit presque bien. Jake reprend sa route.

FIN

 

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LES COULISSES

L'idée de Cowboys & envahisseurs, pitchée par le fan de comics Scott Michell Rosenberg, traîne depuis la fin des années 90 dans les cartons d'Universal et Dreamworks. Steve Oedekerk, réalisateur d'Ace Ventura et Le Professeur Foldingue, est engagé pour écrire et réaliser le film, avant de quitter le projet qui sera récupéré par Columbia, sans pour autant avancer.

Quand Rosenberg publie en 2006 la version comics, Dreamworks et Universal se réveillent : en 2008, Robert Downey Jr. est courtisé pour le premier rôle, et en parle à Jon Favreau, réalisateur des deux premiers Iron Man. En 2009, il est officiellement choisi pour réaliser le blockbuster. En 2010, Downey Jr. quitte le projet pour tourner la suite de Sherlock Holmes, et Daniel Craig est casté. Le rôle a entre temps été réécrit pour lui : nouveau nom plus sérieux, nouvelle identité plus sombre. Harrison Ford est casté à son tour. Daniel Craig suggère Eva Green, sa James Bond girl, mais elle refuse le rôle finalement décroché par Olivia Wilde, qui avait justement passé des essais pour Casino Royale.

  

Photo Daniel Craig, Jon Favreau

  

Steven Spielberg, co-fondateur de Dreamworks, participe à plusieurs réunions de pré-production pour apporter quelques références de western et idées sur le scénario : avoir un alien antagoniste pour personnifier la menace, la tête d'alien explosée par le bracelet ou encore le baiser final durant le climax.

Malgré la pression du studio, Jon Favreau refuse que le film soit tourné ou converti en 3D pour respecter le genre du western. Il collabore à nouveau avec Matthew Libatique, directeur de la photo des deux premiers Iron Man mais aussi de Darren Aronofsky.

Au final, sept scénaristes sont crédités, dont Robert Orci, Alex Kurtzman et Damon Lindelof, les derniers à avoir été engagés après de nombreuses versions. DreamWorks, Universal, Relativity et Reliance sont au générique, avec une quinzaine de producteurs. Sur le papier, c'est pour beaucoup la formule parfaite d'un blockbuster informe.

Lancée au Comic Con alors que le film était encore en tournage, la promo n'a pas été de tout repos, Favreau et l'équipe multipliant les apparitions dans une tentative de créer l'événement autour du film. Le studio mettra en place des tonnes de partenariats pour inonder le marché. Interrogé par Ain't It Cool News, Harrison Ford expliquera qu'il a lu le scénario après avoir dit à son agent qu'il voulait tourner un gros film mainstream. Il avouera avoir abandonné après 30 pages, incapable de comprendre, avant de finalement terminer et rencontrer le réalisateur.

 

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LE BOX-OFFICE

Cowboys & envahisseurs a coûté plus de 160 millions, et en a rapporté environ 174 dans le monde, dont une centaine aux Etats-Unis. Dans le langage blockbuster, c'est un échec. L'omniprésence des aliens en 2011 (Transformers, Super 8, Battle : Los Angeles, The Darkest Hour, Paul et le méga-flop Milo sur Mars) n'a certainement pas aidé Cowboys et envahisseurs à intéresser le public.

Jon Favreau se défendra et défendra son film, affirmant que c'était plus un non-succès qu'un échec. Convaincu que le titre du film était "trompeur", il parlera du grand écart entre un film à gros budget avec des stars, naturellement perçu comme un mastodonte, et l'impression qu'il avait d'être un outsider avec cette histoire décalée (impression qu'il prétend avoir eu en tournant Iron Man à l'époque). Il avouera néanmoins : "Le concept était si intéressant que tout le monde a pensé que c'était une comédie, et peut-être que ça aurait mieux marché avec une vision différente".

Quelques mois après la sortie, Ron Meyer d'Universal sera plus clair : "Oubliez tous les gens intelligents impliqués: le film n'était simplement pas assez bon. Toutes ces petites créatures qui sautillaient partout, c'était naze. Je pensais que c'était un film médiocre, et on a tous fait un travail médiocre". Et de conclure : "Cowboys et envahisseurs ne méritait pas mieux. Ca a été une grosse perte financière".

En 2015, Brian Grazer, l'un des producteurs, expliquera :"J'ai accepté de faire partie d'un film nommé Cowboys et envahisseurs. Je n'aime pas les cowboys... ni les aliens ! Mais il y avait des superstars impliquées - Ron Howard, Steven Spielberg et le réalisateur d'Iron Man, Jon FavreauA une réunion, j'ai demandé 'On ne va pas vraiment appeler ça Cowboys et Aliens, si ?'. Ils m'ont répondu, 'Si, bien sûr !'. Je me suis dit que je ne comprenais rien à tout ça... Nous savons ce qu'est l'excellence. Nous savons différencier la bonne nourriture de la malbouffe. Mais il y a un processus qui repose sur la rationnalisation : 'C'est suffisamment bon'. Chaque fois qu'on dit ça, c'est de la merde !"

 

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LE PIRE

De son casting à sa promo, Cowboys & envahisseurs a montré son hésitation entre le premier et le second degré vis-à-vis de son pitch absurde. Quand Daniel Craig est casté pour remplacer Robert Downey Jr., le héros nommé Zeke Jackson devient un pseudo-bad guy du nom de Jake Lonergan, et Jon Favreau vante son côté brut et sérieux à la Jason Bourne. Le casting de Harrison Ford va dans ce sens : apporter au film une tonalité sérieuse avec des acteurs peu associés à la comédie.

Mais face à la réaction du public, qui voit surtout une grosse blague dans le pitch, le studio tente de rectifier le tir : la première bande-annonce (en tête de l'article) promettait un spectacle épique, sombre, effrayant même, tandis que la deuxième (ci-dessous) vendait un divertissement cool et léger, bercé par Gasoline d'Audioslave. Le scénariste Roberto Orci confirmera que la balance entre le sérieux et le léger a été l'un des grands enjeux de la production : "La première version était plutôt rigolote puis ça a été trop sérieux. On va d'un extrême à l'autre jusqu'à ce qu'on trouve le ton exact où un western et un film de SF peuvent vraiment fonctionner ensemble. Imaginez que vous regardez Impitoyable et que des aliens arrivent". Des moments humoristiques aperçus dans la promo ont d'ailleurs été coupés du film, preuve que la balance entre les genres a été au coeur de la post-production.

  

 

Ce qui donne au final un film profondément bancal, coincé dans une posture artificielle de divertissement cool et léger, mais qui ne mérite jamais vraiment cette appellation tant le spectacle manque de nerfs, d'idées et d'envergure. Enfermé dans une intrigue cousue de fil blanc qui manque terriblement d'énergie et de second degré, Cowboys & envahisseurs accumule les clichés grossiers sans les remettre en perspective ou s'en amuser.

Daniel Craig a beau avoir relancé avec brio la machine James Bond, il se révèle incapable de composer un héros engageant, peu aidé par un scénario faiblard. Harrison Ford semble être en pilotage automatique, comme trop souvent dans la deuxième partie de sa filmo. Et Sam Rockwell a beau rappeler son talent en arrière-plan, l'aventure manque cruellement de chair et de vie. Même chose du côté des aliens, difficilement mémorables et écrasés sous les CGI en pleine lumière dans le climax. Par ailleurs, l'affrontement entre les deux camps, pourtant traité au premier degré, peine à créer un sens de la menace tangible et excitant.

Mais le vrai problème, en plus de la traduction française hautement inutile, est l'ennui. Le film est cher, spectaculaire, coloré, avec des effets spéciaux, des acteurs charismatiques et des proportions épiques, et pourtant il demeure fade. Jamais il n'emporte vraiment dans ce grand huit ridicule et réjouissant promis par le pitch. En ça, il n'est pas un plaisir coupable, malgré une formule idéale sur le papier : comme une version mainstream et hors de prix d'un plaisir coupable poussé à l'extrême, mais qui aurait perdu toute sa valeur régressive en cours de route.

 

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LE MOINS PIRE

Celui qui voudra, pourra. Avec de la bonne volonté, Cowboys & envahisseurs pourra se consommer comme un film bête et sympathique, notamment parce qu'il reste un film bête éminemment cher, et donc attachant dans le pari absurde qu'il représente. Il y a donc un plaisir presque sadique à voir un studio hollywoodien et des acteurs de premier plan s'amuser dans un blockbuster un brin ridicule, qui a tout d'une erreur du système - ou d'un calcul proprement froid et déconnecté de la réalité.

Il y a notamment quelques moments excitants et délicieusement amusants, comme cette attaque nocturne d'aliens dans la petite ville. Le premier tiers du film reste le meilleur, réunissant les éléments classiques du genre avec suffisamment de mystère et d'allure pour intriguer. La direction artistique et la palette de couleurs est globalement agréable, et offre quelques séquences presque amusantes. Un plaisir qui reste dans tous les cas mineur vu les dimensions pharaoniques de l'entreprise, et ses ambitions/références appuyées.

 

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SCENES CULTES

 


 

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commentaires

Eric
13/06/2019 à 13:31

Loin d’être un tel désastre... ça se laisse regarder. Daniel Craig est même bon.

LC
15/04/2019 à 01:05

J'ai beaucoup aimé ce film.
Il reste un bon divertissement qui aurait pu être mieux accompli c'est sur, mais il existe bien pire,
Il reste parmi ceux que je continuerai à défendre.

Erick Molly
22/05/2018 à 01:21

J'ai 49 ans, fan de Fantastiques, et jusqu'à mon dernier souffle je défendrai ce film qui est pour moi une référence dans le mélange des genres...

The Aurelio
20/11/2016 à 02:54

Le problème, c'est qu'au départ le pitch est ridicule. Donc faut en faire une comédie sous peine de passer pour des fumistes. Or ce n'est pas une comédie. Et le casting ne sait clairement pas ce qu'il fout là parce qu'il n'y a pas vraiment de scénario, ni de rythme, ni d'enjeux dramatiques.

Bref, il manque un peu tout ce qui faut pour faire un film honorable (puis Daniel Craig démontre encore que sorti d'un truc tout fait sur mesure, il est nullisime)

KibuK
19/11/2016 à 15:09

Aaaaaahhhh, s'ils avaient ajouté du gore partout comme dans Starship Troopers, et qu'ils avaient progressivement fait des indiens les héros au détriment des cowboy bourrins, ça aurait peut-être été plus fun !!

LambdaZero
19/11/2016 à 14:06

Comment faire un film aussi ennuyeux avec un pitch et un casting aussi fun ?

bart
19/11/2016 à 13:14

beaucoup aimé ce film

garde
19/11/2016 à 13:11

un bon western et un bon film de science-fiction!!

Stridy
19/11/2016 à 12:59

Le pitch me donnait beaucoup mais belle déception. Film molasson et le cul entre deux chaises avec d'un coté la volonté de faire un film pas trop fun alors que le pitch le poussait en ce sens...

Zanta
19/11/2016 à 12:32

Favreau s'est clairement senti pousser des ailes après l'accueil critique d'Iron Man. Mais le bonhomme pouvait alors s'appuyer sur un univers homogène et un univers balisé.
C'est aussi ce qui en fera l'homme de la situation pour son très bon Jungle Book.
Mais pour un projet aussi casse-gueule que Cowboys & Aliens, ça nécessite un réal avec une vraie vision, et un ton original et fort... Ce qu'il n'est pas.
...
Il aurait dû appeler Barry Sonnenfeld, il lui aurait parlé d'un certain Wild Wild West.

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