It Follows : on décrypte le terrifiant film d'horreur

Simon Riaux | 4 janvier 2015
Simon Riaux | 4 janvier 2015

À quelques jours de sa sortie le 4 février prochain, le 22ème Festival de Gérardmer a choisi de projeter l'un des chocs du dernier Festival de Cannes : It Follows, de David Robert Mitchell. L'occasion de revenir sur un immense film.

 

 

VOUS REPRENDREZ BIEN UN PEU DE PEUR ?

 

Commençons par l'essentiel. It Follows est un film fantastique tirant sur l'effroi puis l'horreur pure. Atteint-il ici son but premier, à savoir vous ficher une vilaine trouille ? Mille fois oui. N'ayant recours que très rarement aux jump scares (effets de montage artificiels visant à provoquer le sursaut du spectateur) le film opte pour une terreur beaucoup plus diffuse, qui se propage dans toutes les images du film.

 

En effet, un seul des personnages à la fois étant capable de distinguer l'entité qui les menace et cette dernière pouvant revêtir l'apparence de n'importe quel quidam, le spectateur comprend rapidement que la menace est permanente. On se surprend ainsi à scruter en permanence le cadre du film, à chercher dans l'image tout mouvement inhabituel, toute silhouette inquiétante. Chaque séquence se transforme ainsi en succession de sueurs froides quasiment irrépressibles.

 

 

DE GLORIEUX AINES

 

Si le film de David Robert Mitchell contient une foule d'excellentes idées et de trouvailles telles que certains réalisateurs n'en dénichent pas autant en une carrière entière, le film doit aussi beaucoup à deux metteurs en scène majeurs.

Le premier est bien sûr John Carpenter, dont on retrouve le goût pour les décors génériques des suburbs américains, ici décrépits et à l'abandon (le film a été tourné à Detroit). La caméra y promène un spleen enivrant, qui n'est pas sans rappeler les longs travellings et panoramiques de Carpenter (Assaut, Halloween, New York 1997) directement issus de la tradition du western.

Tourneur est aussi à l'honneur. Le père de La Féline est fréquemment cité dans le formidable travail autour des clairs-obscurs, son héritage s'anime alors que la photographie se joue des couleurs, des teintes, manipulant avec sensualité les carnations des personnages.

 

 

LES NOUVEAUX ADOS

 

La perte de l'innocence, la rébellion, le désœuvrement, autant de thèmes rebattus et régulièrement sanctifiés par des artistes de la trempe d'Araki, Gus Van Sant ou Larry Clark.

It Follows leur empreinte logiquement quelques thématiques, mais ne s'attarde pas sur ces archétypes. Le film préfère creuser un sillon plus délicat et rare.

Tout d'abord en posant l'idée que l'innocence n'existe tout simplement pas. Il n'est pas question ici de la broyer ou de la contrarier, mais de constater que la jeunesse actuelle ne l'a tout simplement pas connue.

Une idée parfaitement exprimée par l'une des premières scènes du film, ou une étreinte supposée torride entre une jeune femme et son compagnon tourne à l'autopsie désenchantée d'une relation déjà avortée.

De même, Mitchell se penche intelligemment sur l'ego adolescent. Ce sentiment diffus, irrationnel mais irrépressible d'être le centre du monde. C'est à cela que répond, le monstre, l'entité invincible de It Follows qui vient faucher nos héros. Elle est l'illustration de cette illusion, celle de pouvoir à tout moment et sans raison, être l'objet de l'attention.

 

 

 

CERCLE VICIEUX

 

Certains verront dans le métrage une représentation de la propagation du MST, plus précisément du SIDA. Une interprétation valable, mais sans doute pas la plus intéressante.

À y regarder de plus près, le film se garde bien de culpabiliser ou d'encourager à toute forme de prudence sexuelle ou affective. Pas de puritanisme en vue.

Non, ce que symbolise It Follows, c'est la diabolique ronde du viol, la sinistre ritournelle qui fait de la victime un bourreau. Qu'est cette curieuse malédiction sexuellement transmissible, sinon l'impérieuse nécessité de faire subir à son prochain ce que l'on a soi-même enduré, pour espérer s'en débarrasser ?

Cette créature qui traque les personnages en revêtant l'apparence d'un proche, c'est le retour du refoulé, l'horreur de la faute passée, image encore renforcée par la quasi-absence des adultes du film, qu'ils soient démissionnaires ou simplement relégués au hors champ.

 

 

UN FILM QUI TOURNE EN ROND ? 

 

Le panoramique circulaire, qui permet de balayer un espace à 360° aura rarement été utilisé avec autant de pertinence.

Il incarne à la fois l'obligation des héros de scruter tout, tout le temps, partout, pour espérer anticiper les assauts de leur ennemi et le rappel de cette condition désespérée.

Car faire ainsi défiler l'image latéralement, c'est apporter à chaque instant de nouvelles informations aux héros et au spectateur, lui permettant de maîtriser l'espace, mais c'est également en faire disparaître une partie, évacuée hors champ.

Pour chaque centimètre de terrain gagné par l'image et devenu un espace hospitalier, une surface équivalente devient invisible, capable d'abriter cette Chose qui inlassablement, avance vers nous.

 

 

 

LA MELODIE DU BONHEUR

 

Impossible enfin de ne pas dire un mot sur la musique. Composée par Rich Vreeland, ses synthès invasifs évoqueront également les travaux de Big John Carpenter.

N'oublions pas que ce jeune compositeur fut également à l'œuvre sur un jeux vidéo culte, Fez et qu'il faut voir là (plus que dans la sonorité très année 80 de la bande-originale), la dimension hypnotique d'un score à double-tranchent.

Agressive et référentielle à la première écoute, cette participation devient rapidement entraînante et inclassable.

 

Terrifiant, fort d'une richesse thématique rarissime et d'une beauté plastique sidérante It Follows est un classique instantané, appelé à hanter durablement nos mémoires.

 

Tout savoir sur It Follows

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commentaires
ezekile olubodun
16/12/2015 à 17:18

vous etes tres bell

Thoreau
07/02/2015 à 18:20

Enfin un bon film d'épouvante qui repose essentiellement sur la peur à l'état brut. Le réalisateur nous prouve que l'utilisation amovible de la caméra est un moyen redoutable pour susciter l'effroi et l'appréhension du danger. A contrario des films "populaires" sur la même thématique, l'œuvre disperse une angoisse permanente et créer un sentiment de répulsion vis à vis du groupe qui est pour moi d'une originalité implacable.

sylvinception
02/02/2015 à 10:27

Bien fait pour cette bande de sal++++, z'avaient qu'à pas coucher avant l'mariage.
Non mais.

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