Marché du Film : A Serbian film

Sandy Gillet | 18 mai 2010
Sandy Gillet | 18 mai 2010

C'est bien simple en ce lundi 17 mai et sixième jour du Festival de Cannes 2010, j'avais le choix à 20h d'aller voir soit le Kiarostami présenté en compétition officielle, soit ce truc sorti de nulle part dont la bande-annonce ultra graphique est en ligne sur le site depuis peu et proposé au Marché du Film. A serbian film que cela s'appelle, produit et mis en vente par Jinga Films domicilié à Londres. Bref le genre de métrage qui fait souffler un petit vent de folie parmi les acheteurs potentiels une fois la rumeur propagée.

Question : que peut faire un journaleux cannois face à une salle de 40 places réservée uniquement aux « buyers » ? Et bien préparer le terrain dans l'après-midi en rencontrant le responsable des ventes et lui dire qu'un papier sur Ecran Large cela peut-être aussi bien qu'un potentiel acheteur... Bon ok l'argumentation est limite j'en conviens mais elle fut suffisante pour que je puisse accéder au tout dernier siège vacant au bout du bout du suspens.


Pas peu fier me voilà donc installé dans une salle aux fauteuils branlants et à la climatisation en panne (exprès ?) ruisselant donc déjà avant même le début des hostilités. Là une charmante donzelle (une « publicist » en anglais) prend la peine de nous avertir : « ce film est dérangeant, il comporte des scènes chocs difficilement soutenables. Mais il faut remettre cela dans le contexte. Il s'agit d'une métaphore (Sic !), celle de la Serbie et de son peuple face aux événements tragiques qui l'ont récemment déchiré »... Et d'entendre dans la salle avec un bel accent anglais : « envois la sauce ma biche » ... L'air de dire on s'en branle de ton discours markété, on veut juger sur pièce.

Les lumières s'éteignent alors et un générique « fleur bleue » laisse très vite la place à une bande-son techno hyper agressive. A l'image un couple baise sauvagement dans une allée sombre... Pour se rendre compte qu'il s'agit d'un film de cul qu'un môme de 7 ans mate depuis son canapé. Une porte s'ouvre en arrière-plan. Un couple qui s'avère être le père et la mère, pas plus choqué que cela, met fin à la chose alors que la femme demande gentiment à son mari d'arrêter de laisser trainer ses DVD mettant en scène ses exploits vidéos passés. Le ton est donc donné.


L'histoire, car oui il y en a bien une et celle-ci possède un attrait surprenant, met en scène un ancien hardeur Serbe fauché à qui l'on propose un dernier rôle pour une somme qui permettrait de mettre à l'abri ses proches pour plusieurs générations. Seul inconvénient : il n'y a pas de scripte et l'acteur devra réagir spontanément en fonction des situations proposées.

Bon là il faut vous dire que cinq/six personnes ont déjà dégagé de la salle mais pas le gars de 2 mètres qui est devant moi et qui m'empêche de lire les sous-titres anglais d'un film tourné dans la langue serbe donc. Proche du torticolis et alors que mon tee-shirt est bon à jeter à la poubelle, les premières scènes chocs tant attendues déboulent au rythme d'une musique bucheronne mais étonnamment pas du tout désagréable. Ici on est bien obligé de balancer quelques détails au risque de spoiler. On a donc droit et dans l'ordre à :

-         Une fellation avec les dents et giclage de purée faciale (que du normal en quelque sorte jusqu'ici).

-         Une sodomie à sec concomitante à une décapitation.

-         Une « deep throat » sans dents cette fois-ci (celles-ci ayant été en off caméra toutes retirées à l'aide d'une pince), tellement deep qu'elle va provoquer une mort par étouffement.

-         La sodomie d'un nouveau né alors que la maman qui vient juste d'accoucher se repaît du spectacle (si si je vous jure)

Plus quelques autres babioles d'un même tenant qui aura provoqué la désertion de la moitié du public de la salle. Mais toujours pas le géant devant moi que je me surprends à imaginer sans tête...

C'est qu'entre les scènes en question on se fait pas mal chier quand même. Le récit prenant une tournure justificative un peu nauséeuse (un comble tout de même) au regard de l'Histoire qu'il semble vouloir réviser à sa façon. Et on comprend mieux le discours du début. A serbian film veut montrer que le peuple serbe a atrocement souffert et souffre encore. La nausée vient du fait que s'il y a bien un pays à blâmer du carnage des balkans c'est bien la Serbie. Il suffit juste de constater que la plupart des criminels de guerre arrêtés ou encore en cavale sont serbes... Est-ce à dire qu'ils n'ont pas soufferts ? Bien entendu que non. Est-ce à dire que ce furent les seuls ? Il y a là un pas que le film franchit allègrement. Et si scandale il devait y avoir il serait plus là.

Pour le reste on se rematera Videodrome car en matière de « Snuff movie » non underground on n'a donc toujours pas fait mieux !


 

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