Dossier écrivains et réalisateurs

Thomas Messias | 25 mars 2008
Thomas Messias | 25 mars 2008

Après Philippe Claudel et son Il y a longtemps que je t'aime, Samuel Benchetrit est le deuxième écrivain en deux semaines à nous proposer un long-métrage. La sortie de J'ai toujours rêvé d'être un gangster est l'occasion de revenir sur les tentatives plus ou moins réussies de quelques romanciers de passer à la réalisation.

 

 

 

Christophe HonoréDans Paris (2006)

« Prends la peine d'ignorer la tristesse des tiens. » L'adage qui tient lieu de tagline au troisième film d'Honoré est aussi un excellent résumé de cette balade dépouillée et drôlement grave au cœur de Paris. Honoré y confirme son statut de touche-à-tout tendance intello, criblant son film de références littéraires pointues, et montre des prédispositions inattendues pour l'humour, la légèreté et… la comédie musicale, au travers d'une courte scène chantée entre Joana Preiss et Romain Duris. Cette séquence, sans doute la plus belle du film, préfigure la naissance des Chansons d'amour, fantaisie traitant de sujets graves en musique. Injustement décrit par ses détracteurs de cinéaste bobo, Honoré bâtit peu à peu une œuvre équilibrée et passionnante qui transcende le statut même de l'auteur à la française.

 

 

 

Autres films : 17 fois Cécile Cassard, Ma mère.

À lire : L'infamille, Le livre pour enfants.

 

 

 


Stephen KingMaximum overdrive (1986)

Enchaînant les best-sellers et commençant à attirer les metteurs en scène, Stephen King décide en 1986 de passer lui-même derrière la caméra. D'abord parce qu'il n'est pas franchement satisfait des libertés prises par John Carpenter dans son adaptation de Christine et qu'il s'est fâché à mort avec un Stanley Kubrick prêt à tout pour modifier à son gré la fin de Shining. Ensuite parce que c'est le seul moyen qu'il a trouvé pour casser sa routine d'écrivain à succès. Mauvais choix : adaptant l'une de ses nouvelles (et pas la meilleure), King prend rapidement conscience qu'il est plus à l'aise avec un stylo que sur un plateau. Maximum overdrive est un véritable ratage, aussi ennuyeux que mal foutu. Décrit par lui-même comme le Plan 9 from outer space des années 80 (comparaison approximative tant on est loin de l'émouvante nanardise du film d'Ed Wood), le film constitue la seule et unique réalisation de King, qui s'est depuis contenté d'écrire lui-même les adaptations filmiques de quelques-uns de ses romans.

 

 

 

À lire : Misery, Shining, Ça.

 

 

 

 

Christopher FrankL'année des méduses (1984)

Tous les écrivains devenus réalisateurs ne favorisent pas le texte au détriment de l'image. Ainsi, le film le plus marquant de la carrière de cinéaste de Christopher Frank est cette Année des méduses d'une moiteur sans nom, et dont le moteur principal de l'intrigue est la plastique féminine. C'est son attirance physique pour une femme (Caroline Cellier) et sa fille (Valérie Kaprisky), ainsi que son allergie aux méduses, qui perdra Romain Kalides (Bernard Giraudeau). C'est toute la dualité de l'oeuvre de Frank qui s'expriment ici : les femmes sont belles, usent de leurs charmes, et finissent par utiliser leur sex-appeal dévastateur pour punir des mâles qui les ont trop vite reléguées au rang de simples objets. Si la leçon a de quoi convaincre, les primates que nous sommes retiennent surtout de ce film le charme dévastateur de la jeune Kaprisky, 22 ans, torride et animale. Les fréquentes rediffusions du film sur les chaînes hertziennes sont autant de moment d'émotion et de nostalgie. Jusqu'à son cinquième et dernier film (il réalisa également une poignée de téléfilms), le médiocre Elles n'oublient jamais, Frank tentera en vain de renouer avec la réussite de cette Année des méduses.

 

 


 

Autres films : Femmes de personne, Spirale.

À lire : Je ferai comme si je n'étais pas là, La nuit américaine, Josepha.

 

 

 

 

Vincent RavalecCantique de la racaille (1998)

Il est difficile d'émettre une opinion sur l'écrivain Vincent Ravalec tant il est capable de tout, voguant sans prévenir entre lyrisme urbain et vulgarité malsaine. Prix de Flore en 1994, Cantique de la racaille est plutôt à placer dans le haut du panier, le style de l'auteur n'ayant jamais été aussi percutant, direct, et finalement émouvant. On ne peut en dire autant du film qu'en a tiré Ravalec, où seul l'aspect Scarface du pauvre semble avoir été mis en avant. La poésie a quasiment disparu, l'âme aussi. Malgré le jeu d'Yvan Attal et la révélation Virginie Lanoue, dont la fraîcheur teintée de noirceur a été trop peu utilisée depuis, la film est un échec cuisant, et Ravalec de jurer qu'on ne l'y reprendrait plus. À son actif depuis : le scénario d'Un pur moment de rock'n roll, copie conforme de Cantique de la racaille, à peine moins raté mais visiblement plus sincère.

 

 

 

À lire : L'effacement progressif des consignes de sécurité, Le président ne peut pas être un imbécile.

 

 

 

 

Jean VigoZéro de conduite (1933)

Mort à 29 ans, Jean Vigo aura cependant eu le temps de devenir (de façon posthume au moins) l'un des cinéastes emblématiques des années 30. Vigo est un révolté, et doit ce trait de caractère à son père, anarchiste notoire connu sous le nom de Miguel Almereyda. Cette révolte occupe la majeure partie d'une œuvre courte (des recueils de poésie ainsi que quatre films d'une durée totale ne dépassant pas les 3 heures) mais marquante. Aujourd'hui encore, Zéro de conduite est désigné par bon nombre de réalisateurs comme le film qui leur a donné envie de faire ce métier. En 45 minutes, Vigo dépeint la micro-révolution orchestrée par trois collégiens turbulents et l'un de leurs surveillants, plus proche d'eux que du rigorisme des adultes. Et s'attire les foudres des censeurs, qui décident tout bonnement d'interdire la sortie du film, qui n'épargne ni l'armée, ni l'Église, ni l'État. Mais les poètes ont la dent dure : à force d'obstination et de courage, et sans doute aussi "grâce" à sa disparition prématurée, Vigo pourra transmettre son œuvre et ses messages universels dans tout le pays et plus loin encore. Des films comme Les 400 coups ou Les fautes d'orthographe sont des descendants directs de cet indispensable Zéro de conduite.

 

 


 

Autres films : L'Atalante, À propos de Nice.

 

 

 

 

 

Bernard WerberNos amis les terriens (2007)

Visionnaire pour certains, naïf pour d'autres, Bernard Werber a toujours été chahuté entre des fans inconditionnels et de virulents détracteurs considérant que ses productions ne ressemblaient en rien à de la littérature. On peut aussi être plus mesuré et considérer ses romans comme de petits traités d'anthropologie, plus naïfs que scientifiques, brassant des thèmes aussi variés que possibles (des fourmis aux dieux) avec pour constantes une curiosité pour les mystères de la vie et une vraie passion à partager ses idées plus ou moins loufoques. Transposé sur grand écran sous la houlette de Claude Lelouch, l'univers de Werber perd toute crédibilité et plonge dans le ridicule le plus total. La preuve, si nécessaire, que pour réussir au cinéma tout en restant un doux rêveur, il faut un minimum d'exigence formelle ou une étincelle de folie capable de transporter le spectateur… Ici, le spectateur est réduit à observer les comportements les plus ordinaires de l'être humain, et à voir évoluer quelques spécimens considérés comme des rats de laboratoire. Un film-OVNI, dans le mauvais sens du terme, dont l'échec public semble à peine avoir entamé les espoirs de Werber de toucher un public plus large encore.

 

 


 

Romans : Les fourmis, Les thanatonautes, L'empire des dieux.

 

 

 

 

William Peter BlattyL'exorciste 3 (1990)

Tout comme Halloween 3, L'exorciste 3 n'a absolument rien à voir avec les deux films précédents. Et pour cause : William Peter Blatty, auteur du roman L'exorciste, réalise ici un film s'inspirant de Légion, un autre de ses romans. Le film devait au départ porter ce titre, mais des producteurs sans scrupules ont décidé de surfer sur le succès du film de William Friedkin et de sa suite réalisée par John Boorman, et d'appeler L'exorciste 3 un film qui ne parle absolument pas d'exorcisme mais simplement de possession. Seul point commun avec L'exorciste : le personnage du père Karras, possédé par un esprit malin. Pour clarifier les choses, Blatty voit ce film comme le dernier épisode d'une trilogie entamée par Friedkin, et continuée non pas par Boorman (dont le film est basé sur un scénario original), mais par lui-même avec l'excellent La neuvième configuration, son premier long-métrage, dont on aperçoit le héros dans L'exorciste (le cosmonaute à qui la petite Regan dit « Tu vas mourir, là-haut » avant de déverser son flot de pisse). Suite au refus de John Carpenter de réaliser L'exorciste 3, Blatty prit lui-même le choses en main, plus par dépit que par réelle envie. Il s'en tire avec les honneurs, même s'il n'atteint jamais le niveau des précédents films de la trilogie, peinant visiblement à se renouveler et à clore de façon convaincante une série de films que Renny Harlin tentera malheureusement de prolonger en 2004 avec la réussite qu'on connaît. Exemple intéressant d'un auteur tellement habité par son univers qu'il finit par devenir un cinéaste à part entière pour en livrer la vision la plus fidèle. Il s'est ensuite retiré du monde du cinéma, n'ayant pas réalisé de film ni écrit de scénario depuis. À tout juste 80 ans, il est peu probable qu'il s'y remette un jour.

 

 


 

Autre film : La neuvième configuration.

À lire : Légion, L'esprit du mal.

 

 

 

 

Éric-Emmanuel SchmittOdette Toulemonde (2006)

Romans. Théâtre. Cinéma. L'évolution de la carrière d'Éric-Emmanuel Schmitt était relativement prévisible, ses histoires courtes mais fédératrices se prêtant parfaitement à des adaptations cinématographiques pas trop compliquées à effectuer. Considérant que François Dupeyron avait plutôt réussi son coup en adaptant Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran et utilisant son statut d'auteur à la mode, Schmitt a décidé de se lancer. Avant d'être un film, Odette Toulemonde est d'abord le titre d'un recueil de nouvelles, paru de façon opportuniste, c'est-à-dire à peine quelques mois avant la sortie du film. Voilà en tout cas un auteur cohérent : incarné par une Catherine Frot parfaitement dans son élément (qui d'autre aurait pu jouer un tel rôle ?), le film est pleinement à l'image des romans et pièces de son auteur. Sucré, optimiste, plein de bons sentiments et de jolies morales, Odette Toulemonde fait craquer les mamies, et pas qu'elles. On sent que derrière sa caméra, Schmitt jubile rien qu'en pensant à tout le bonheur qu'il va apporter aux gens. Et on devine que c'est également ce qui le motive lorsqu'il se retrouve seul avec lui-même pour écrire. Il en profite d'ailleurs pour régler quelques comptes avec une critique pas toujours très tendre avec lui, puisque le personnage de Balthazar Balsan (Albert Dupontel) est lui aussi un auteur populaire mais raillé par le milieu littéraire, et qui va parvenir à balayer ces reproches d'un revers de la main pour se consacrer aux lecteurs et aux lectrices qui ont besoin de lui. Il paraît que ça en a convaincu plus d'un.

 

 


 

À lire : Oscar et la dame rose, Lorsque j'étais une œuvre d'art.

 

 

 

 

Jean GionoCrésus (1960)

Giono, c'est quand même une trentaine de romans et presque autant d'essais. Bizarrement, il ne semble avoir découvert l'existence du cinématographe que très tardivement, puisque ce n'est qu'à partir de 1958 (il a alors 63 ans) qu'il commence à travailler pour le septième art. Après avoir écrit son Eau vive pour le grand écran, il se décide alors à passer à la réalisation, lui dont les romans ont souvent donné de grands films (notamment Regain et La femme du boulanger). Malgré son indiscutable qualité, Crésus marque tout de même un léger manque d'ambition chez Giono, qu'on aurait préféré voir adapter le beau Un roi sans divertissement (qu'il se contenta de produire trois ans plus tard). Reste que Crésus est l'un des meilleurs films de Fernandel, qui trouve là un rôle à sa mesure, sans que le film soit pour autant une comédie purement grasse servant de simple véhicule à l'acteur. Il y a dans Crésus une certaine âpreté et une nostalgie tenace, ainsi qu'un propos anti-capitaliste presque trop évident. La frustration est surtout due au fait qu'il s'agit du seul et unique film de Giono, qui restera surtout comme l'un des meilleurs écrivains du début du vingtième siècle, lui qui aurait sans doute eu les capacités pour devenir un cinéaste reconnu.

 


 

À lire : Un roi sans divertissement, Les âmes fortes, Le hussard sur le toit.

 

 

 

 

 

 

 

Paul AusterSmoke / Brooklyn boogie (1995)

Avant de sombrer avec ses films suivants, Paul Auster fut un temps considéré comme l'un des grands espoirs du cinéma indépendant américain. Coréalisé avec Wayne Wang, Smoke (que suivra Brooklyn Boogie l'année suivante) est la chronique simple et tendre du quotidien d'un gérant de bureau de tabac. Déclaration d'amour faite à Brooklyn et à ses habitants, le diptyque est l'une des nombreuses pièces du marathon new-yorkais d'Auster, qui livre un film épuré, version minimaliste de ses romans noueux et enchevêtrés. Un véritable enchantement, dans lequel chacun puisera les instants qui lui parlent le plus. Les fumeurs, patentés ou repentis, seront particulièrement marqués par cette scène de Brooklyn boogie, simple mais cruciale, dans laquelle un client interprété par Jim Jarmusch, fermement décidé à arrêter la cigarette, vient fumer sa dernière clope aux côtés du débitant de tabac (Harvey Keitel, sous un nouveau jour).

 

 

 

Autres films : Lulu on the bridge, La vie intérieure de Martin Frost.

À lire : La trilogie new-yorkaise, Brooklyn follies, Mr. Vertigo.

 

 

 

 

Marguerite DurasLe camion (1977)

« Marguerite Duras n'a pas écrit que des conneries… elle en a aussi filmé. » Sans aller aussi loin que Pierre Desproges, il faut bien reconnaître que l'auteur d'India song n'aura pas laissé derrière elle une filmographie impérissable. Sauf peut-être pour les intellectuels les plus obtus de la place parisienne. Le camion est sans doute l'exemple le plus criant de l'incapacité de Duras à restituer sur pellicule ce qui fit la force de certaines de ses œuvres. Une heure vingt durant, une écrivain (Duras herself) lit un scénario à son futur interprète (Gérard Depardieu) tandis que le texte évolue et prend forme (c'est le résumé officiel qui le dit) sous les yeux d'un spectateur effaré. Poseur, pompier, méprisant vis-à-vis du public, Le camion est le premier film en voix-off, puisqu'il ne se passe quasiment rien à l'image. Ni Duras ni Depardieu n'apparaissent à l'écran, et seules leurs voix (ainsi que la musique de Beethoven) sont censées captiver. Le camion semblerait presque intéressant par son refus du mot "adaptation". Ce jusqu'auboutisme sauverait presque ce film qu'il convient plutôt de qualifier de texte filmé. Autant lire soi-même les ouvrages de Marguerite Duras.

 

Autres films : Nathalie Granger, Baxter, Vera Baxter.

À lire : L'amant, Hiroshima mon amour, Un barrage contre le Pacifique.

 

 

 

Emmanuel CarrèreLa moustache (2005)

La moustache est de ces romans a priori inadaptables. Sauf qu'Emmanuel Carrère, auteur du bouquin, a de la suite dans les idées et sait parfaitement comment porter à l'écran cette histoire si étrange d'un type dont personne ne remarque qu'il s'est rasé la moustache. De ce point de départ surréaliste, il tire un film plus inquiétant qu'absurde, qui montre qu'il n'y a rien de plus simple que de sombrer dans la folie pure. Noir et baroque, La moustache a de quoi déstabiliser, quitte à s'attirer les railleries d'une partie du public. Voir un auteur adapter son propre roman permet de vérifier la cohérence de son style et de son univers. Qu'on aime son film ou qu'on le déteste, force est de constater que Carrère sait totalement ce qu'il fait et va jusqu'au bout de ses idées.

 

 

 

Autres films : Retour à Kotelnitch.

À lire : L'adversaire, La classe de neige, Un roman russe.

 

 

 

 

Jean CocteauLa belle et la bête (1945)

Comment croire, en voyant La belle et la bête, qu'il s'agit d'un deuxième long-métrage ? Et que le film est l'œuvre d'un homme dont le premier métier n'était pas de faire des images ? Plus de soixante ans après, et pour encore longtemps, le film de Jean Cocteau reste comme un classique parmi les classiques, un monument de magie et de grâce. À peine aidé par son ami René Clément, Cocteau livre un film qui frôle la perfection, tant tous les domaines techniques ou artistiques sont traités avec la même exigence. L'audace est partout, des décors insensés jusqu'à cette histoire, si simple et si belle, assez sombre pour passionner le spectateur adulte, assez féerique pour fasciner les plus jeunes. Cette œuvre immense prend une dimension encore supérieure à la lumière de la relation d'amour intense qui lia Cocteau à Jean Marais, interprète d'une Bête dont l'apparence pour le moins déstabilisante ne saurait faire oublier le grand cœur. Bien que l'histoire de La belle et la bête n'ait pas été créée par Cocteau (elle est née sous la plume de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont au dix-huitième siècle), le film s'intègre parfaitement dans la carrière foisonnante et fascinante d'un poète des mots et des images.

 

 


 

Autres films : Orphée, Les parents terribles.

À lire : Le Potomak, Les enfants terribles.

 

 

 

 

 

Michael CrichtonMondwest (1973)

Avant décrire en 1990 son fameux Parc jurassique (le film de Spielberg a échappé à la traduction française moins classe), Crichton montrait déjà de l'intérêt pour les parcs d'attraction et les conséquences de leurs dérèglements. Ici, ce sont les robots d'un parc à thèmes (Far West, Moyen-Âge, Antiquité) qui vont se mettre à déconner sérieusement, et en particulier un cow-boy encore moins sentimental que le Terminator, qui défouraille à tout va. Dans ce qui est certainement son meilleur film, il livre un spectacle mêlant violence froide et réflexion sur le pouvoir de la création et le capitalisme. Et dépoussière sérieusement le mythe du cow-boy tout en rendant hommage au western. Engager Yul Brynner pour "incarner" l'androïde flingueur relève de l'idée de génie. Michael Crichton s'est montré bien moins inspiré par la suite, finissant par laisser tomber la réalisation à la fin des années 80. Depuis, l'écrivain a un autre dada : superviser les adaptations de ses bouquins, et pousser à bout chacun des réalisateurs avec lesquels il travaille. Demandez donc à Barry Levinson (Sphere), Richard Donner (Prisonniers du temps) et surtout John McTiernan (Le 13ème guerrier) ce qu'ils pensent …

 

 


 

Autres films : Looker, Preuve à l'appui.

À lire : Le 13ème guerrier (également tiré Les mangeurs de morts ou Le royaume de Rothgar), Soleil levant.

 

 

 

Yann MoixPodium (2004)

Comment faire d'un livre indigent  un spectacle tous publics de qualité ? C'est l'étrange exploit réussi par Yann Moix, qui montre que derrière un écrivain bancal peut se cacher un réalisateur de qualité.  Au départ, Podium est pensé par Moix comme un film ; seulement, aucun producteur ne souhaite confier à un quasi-inconnu les rênes d'une production de cette envergure. Moix décide alors de passer par la case roman ; étrangement, son style inconfortable et médiocre convainc les lecteurs, qui lui offrent sans le savoir la renommée suffisante pour pouvoir en faire un film. Bien aidé par un Benoît Poelvoorde plus impliqué que jamais, transcendé par une mise en scène fluide et habile, Podium est un spectacle coloré et émouvant, qui dessine la médiocrité et la beauferie de l'homme mieux que bien des films de Fabien Onteniente.

 

 

 

Autres films : Cinéman (à venir).

À lire : Partouz, Les cimetières sont des champs de fleurs.

 

 

 

 

Cyril CollardLes nuits fauves (1992)

Si Les nuits fauves est le seul film de Cyril Collard, ce n'est hélas pas pour les mêmes raisons que la plupart des autres écrivains - réalisateurs cités dans ce dossier. Mort du sida à l'âge de 35 ans, à peine quelques mois après la sortie de son film, Collard laisse derrière lui une œuvre courte mais relativement intense. Adaptation de son deuxième roman, Les nuits fauves est une histoire d'amour au temps du HIV. Il interprète également le rôle principal de son film, un choix audacieux mais tellement évident puisque Les nuits fauves n'est rien d'autre que son autobiographie. Celle d'un homme qui, à, trop vouloir profiter de la vie, a fini par se brûler les ailes. Le film est à l'image des livres de Collard : écorché, intense, souvent poétique, mais également excessif. Mais peut-on réellement reprocher à un auteur se sachant condamné d'avoir voulu tout mettre, absolument tout, dans son premier film ? Quinze ans après sa sortie, Les nuits fauves reste l'un des seuls films à traiter sans détour et sans fausse pudeur des ravages du sida. Même N'oublie pas que tu vas mourir et Les témoins ne possèdent pas la rage de cette œuvre en forme de testament, couronnée de quatre César, révélant une Romane Bohringer qui a rarement été aussi juste depuis.

 

 


 

À lire : Condamné amour, L'ange sauvage, L'animal.

 

 

 

 

Dalton TrumboJohnny s'en va-t-en guerre (1971)

Comme Cyril Collard, si Dalton Trumbo n'a réalisé qu'un film, c'est parce que la mort s'en est mêlée. Peu après le tournage de Johnny got his gun, il apprit qu'il était atteint d'un cancer du poumon. Le plus gros fumeur de l'histoire (en moyenne six paquets par jours) passa l'arme à gauche en 1976, laissant derrière lui une ribambelle de romans et de scénarii, et un seul et unique film. Mais quel film : Johnny s'en va-t-en guerre est tout simplement l'un des pamphlets anti-militaristes les plus brillanst qui soient. Le thème pouvait pourtant laisser craindre le pire : après avoir combattu pour l'armée américaine durant la première guerre mondiale, un soldat perd ses quatre membres ainsi que quatre de ses cinq sens. Ne lui reste pour ne pas être totalement coupé du monde que la sensibilité de la peau de son torse. Ce qui aurait pu être un mélo larmoyant et racoleur avec gros plans sur mutilations est en fait un brûlot subversif et absolument bouleversant, démontrant de façon incontestable l'absurdité de toutes les guerres. Comme dans son roman, paru deux jours avant le début de la guerre 39-45, Trumbo n'utilise la terrible condition de son héros que pour appuyer son propos et offrir un nouveau regard sur le monde. Un chef d'œuvre absolu pour un artiste méconnu (surtout en France, où ses autres romans n'ont jamais été publiés) mais proprement prodigieux.

 

 


 

À lire : Chronicle of a litteral man, The time out of the toad.

 

 

 

 

Marcel PagnolLa femme du boulanger (1938)

La genèse de La femme du boulanger est assez révélatrice de la personnalité de Marcel Pagnol. Il avait écrit une historiette intitulée Le boulanger Amable, ou comment un boulanger ivrogne est sauvé de la déchéance par l'amour d'une servante d'auberge, qui devient sa boulangère. Tombant sur une nouvelle de Jean Giono, La femme du boulanger, il met son texte à la poubelle et décide de porter à l'écran le texte de Giono plutôt que le sien. En résulte un classique tellement empreint du style Pagnol qu'on en oublierait presque que le matériau d'origine n'est pas de lui. Sous une facilité de façade (accent provençal, chat qui ronronne, Raimu aussi affable que d'habitude) se cache un film délicat et émouvant sur l'importance capitale de la femme dans la vie de l'homme. Ce boulanger bourru et un peu machiste est finalement contraint de ravaler sa fierté lorsque sa belle le quitte. Une bonne leçon à méditer pour les plus misogynes d'entre nous, et un message universel mais pas dupe, du genre « même les boulangers ont du vague à l'âme ». Un très beau film qui a certes vieilli mais qui conserve un indéniable cachet et un savoureux côté pittoresque.

 

 


 

Autres films : Manon des sources, Le schpountz.

À lire : La gloire de mon père, Le temps des amours.

 

 

 

 

 

 

 

Alexandre JardinLe prof (1999)

Mettre l'imagination au pouvoir. Telle est l'ambition du prof joué par Jean-Hugues Anglade dans le dernier des trois films d'Alexandre Jardin. Et c'est un peu le credo de l'auteur lui-même, qui se considère comme un apôtre de la singularité et de la fantaisie alors qu'il n'est qu'une sorte de Francis Lalanne de la littérature et du cinéma, l'aspect rigolo / ridicule en moins. Le prof est une sorte de condensé de toutes les facettes de l'animal : son idéalisme mièvre, sa façon de s'émerveiller devant la moindre petit détail de sa vie, sa remise en cause permanente des institutions et des bases de notre société (insupportable chez lui car complètement schématique). Mieux vaut sans doute revoir la série La philo selon Philippe plutôt que ce pensum téléfilmique qui aligne les phrases faussement cultes comme pour s'en faire un collier. « Ce que je sais, c'est que je ne sais rien », disait ce bon vieux Socrate. Sur l'affiche de son film, Jardin n'a conservé que les quatre derniers mots de cette phrase. Non, il ne sait rien, et surtout pas filmer. Le bide sans nom du Prof semble avoir refroidi ses aspirations cinématographiques (il imaginait sincèrement avoir pondu un petit traité de subversion qui allait révolutionner nos modes de pensée), et voilà près de dix ans que ce bon vieux Alexandre n'est pas revenu au septième art.

 

 


 

Autres films : Fanfan, Oui.

À lire : Le roman des Jardin, Le zèbre.

 

 

 

 

José GiovanniLa scoumoune (1972)

Avant d'être écrivain, José Giovanni fut taulard. Et même condamné à mort en 1948 pour une affaire de racket, avant que sa peine soit réduite à vingt ans de travaux forcés. Après avoir finalement purgé onze années de prison, Giovanni sort et décide de s'adonner à la passion qui lui a permis de supporter son emprisonnement : l'écriture. Ses trois premiers romans se nomment Le trou, Le deuxième souffle et Classe tous risques. Trois livres adaptés avec succès par trois grands metteurs français entre 1960 et 1966. De quoi donner envie au franco-suisso-corse de se lancer lui aussi. Dès lors, on n'arrête plus Giovanni, puisque La scoumoune est son sixième film en six ans. Comme beaucoup de ses œuvres précédentes, le film se déroule dans le milieu de la pègre marseillaise. On suit deux frères (Jean-Paul Belmondo & Aldo Bufi Landi) connaissant des fortunes diverses et devant faire face non seulement à ce qu'on pourra appeler la gestion de leur carrière, mais également à l'approche de la seconde guerre mondiale. Inspiré de son roman L'excommunié (comme Un nommé La Rocca, film de Jean Becker sorti en 1961, qui ne le satisfaisait pas), La scoumoune est l'un des tous meilleurs films de Giovanni, sans doute celui qui se rapproche le plus de l'univers du maître Jean-Pierre Melville.

Autres films : Deux hommes dans la ville, Le ruffian.

À lire : Le trou, Le deuxième souffle.

 

 

 

 

 

Clive BarkerHellraiser (1988)

Avant même de devenir un auteur fantastique renommé, Clive Barker avait séduit le monde en réalisant à 36 ans cet Hellraiser qui s'inspire de sa nouvelle The hellbound heart. Si vingt ans après les effets spéciaux n'ont plus le même impact sur le spectateur, Hellraiser reste un film important par sa façon de parler de la religion sous couvert de fantastique. Barker est parvenu à monter sa propre mythologie à partir de trois fois rien, et ses personnages (dont le fameux Pinhead, qui a longtemps hanté les cauchemars du mouflet que je fus) sont désormais ancrés dans l'inconscient collectif. Il n'est pas interdit de penser que c'est le film qui a permis à Barker de se lâcher totalement dans l'univers littéraire, ayant constaté que les images nées de ses cauchemars se révélaient parlantes pour une audience conséquente. Les sept suites qui surfèrent sur le succès de Hellraiser montrèrent à quel point l'univers de Barker était difficile à mettre en valeur sans tomber dans le ridicule le plus total. Pour le remake qu'ils préparent actuellement, Julien Maury et Alexandre Bustillo se montreront-ils à la hauteur de leur illustre aîné ?

 

 

 

Autre film : Le maître des illusions

À lire : Livres de sang, Imajica, Le voleur d'éternité.

 

 

 

 

Virginie DespentesBaise-moi (2000)

Avoir coréalisé Baise-moi à ce moment de sa carrière constitue sans doute une erreur pour Virginie Despentes, alors au début de sa carrière d'écrivain, et qui fut subitement cataloguée comme un ersatz d'artiste trash adepte de la provoc gratuite (voir le titre) et éructant sa détestation du genre humain. Ceux qui ne se sont pas arrêtés aux apparences ont compris depuis que l'univers de Despentes était bien plus complexe que cela. Avec le recul, Baise-moi est un film relativement courageux, qui efface tout net la frontière entre deux cinémas habituellement compartimentés : le X et le traditionnel. Ça donne un film de genre rugueux, mal foutu, sombrant parfois dans le ridicule, mais qui fait preuve d'un rare courage dans sa façon de décrire les rapports hommes/femmes. Après avoir laissé Gilles Paquet-Brenner et Olivier de Plas adapter ses romans, Despentes devrait se remettre à la réalisation en réalisant elle-même Bye bye Blondie. L'occasion rêvée de montrer qu'en huit ans, la jeune romancière hargneuse a gagné en maturité, en style et en profondeur. Suffisamment en tout cas pour livrer un bon film.

 

 


 

À lire : Teen spirit, King Kong théorie.

 

 

 

 

Pierre SchoendoerfferLa 317ème section (1965)

Si Pierre Schoendoerffer a réalisé des films avant que ses premiers romans ne soient publiés, ses deux casquettes semblent indissociables. Particulièrement marqué par la guerre d'Indochine (il a notamment participé à la bataille de Diên Biên Phu en tant que cinéaste aux armées), il en tira un premier roman paru en 1963. Son quatrième film est une adaptation de ce roman : La 317ème section est la chronique impitoyable et humaine de la fin d'un bataillon français durant la guerre d'Indochine. Visuellement exigeant (le cadre, caméra à l'épaule, est impeccable), le film de Schoendoerffer bénéficie également d'une grande rigueur narrative. C'est la noirceur qui l'emporte, et le spectateur est littéralement emporté dans cette guerre aussi impitoyable que les autres. La 317ème section décrit à merveille les cicatrices laissées par la guerre, individuelles et collectives, influant sur le psychisme des survivants et précipitant la mort des uns et influant à jamais sur le psychisme des autres. Un quart de siècle plus tard, Schoendoerffer livrera un Diên Biên Phu globalement moins convaincant mais offrant un complément assez intéressant sur une guerre qu'il est à peu près le seul à avoir abordé.

 

 


 

Autres films : Le crabe-tambour, L'honneur d'un capitaine.

À lire : Là-haut, L'adieu au roi.

 

 

 

 

 

 

Bernard-Henri LévyLe jour et la nuit (1996)

Aussi connu pour ses prises de positions que pour la couple qu'il forme avec Arielle Dombasle (la pie qui chante) et ses déboires avec l'entarteur Noël Godin, BHL est pourtant un véritable homme de lettres et un philosophe d'envergure qui serait certainement plus crédible s'il n'était estampillé people. Quoi de mieux, pour prouver au grand public qu'on est un véritable intellectuel, que de le montrer à travers un film ? Quand c'est réussi, en effet, c'est la bonne solution. Quand c'est raté, en revanche… Le jour et la nuit est malheureusement un navet complet au casting improbable (Karl Zéro entre Arielle Dombasle et Alain Delon, ça fait une sacrée brochette), où se croisent des motards, une montgolfière qui pète, et Lauren Bacall. Même au millième degré et avec beaucoup de compassion, le film de Lévy est une purge comme on n'en voit pas tous les jours. Résultat : à l'opposé de ses objectifs, BHL ne fut jamais autant raillé qu'en ce début d'année 1997 où le film est sorti (avant d'être rapidement retiré de l'affiche). Depuis, il s'est remis aux essais et aux talk-shows : ça donne l'air moins ridicule.

 

 

 

À lire : Le diable en tête, Qui a tué Daniel Pearl ?, Ce grand cadavre à la renverse.

 

 

 

 

Alain Robbe-GrilletC'est Gradiva qui vous appelle (2007)

S'il a vraisemblablement abandonné toute envie de réaliser un nouveau film, BHL a continué à produire ceux des copains. C'est le cas de C'est Gradiva qui vous appelle, le film que réalisa Alain Robbe-Grillet un an avant sa mort. Incroyable coïncidence : l'un des rôles principaux y est interprété par… Arielle Dombasle. L'écrivain confirme son goût pour une certaine idée du bondage et montre à qui veut l'entendre que les fantasmes n'ont pas d'âge. Comme un complément à Un roman sentimental, son dernier livre sorti en fin d'année dernière, ouvrage laconique et vicieux, comme si Nabokov avait orchestré la séquestration de Lolita par Humbert Humbert. Rarement cinéma et littérature auront été si inextricablement liés. Alain Robbe-Grillet était et demeurera toujours un personnage fascinant et ambigu, vieux dégueulasse et chantre du Nouveau Roman, être délicat et délicieusement pervers.

 

 


 

Autre film : L'homme qui ment, Le jeu avec le feu, La belle captive.

À lire : Les gommes, Pour un nouveau roman, Le voyeur.

 

 

 

 

Dai SijieBalzac et la petite tailleuse chinoise (2002)

Adaptant son propre roman, énième variation sur le thème des "amours contrariées en temps de révolution", Dai Sijie livre un film assez bien pensant et loin de la subversion que l'on pouvait attendre d'un tel sujet. Pour sa défense, un tel scénario fut déjà suffisamment dur à faire valider par les autorités chinoises, peu favorables à l'esprit d'anti-communisme véhiculé par certains des personnages. Ce qui peut être assimilé ici à une romance sans réel propos politique est considéré en Chine comme un véritable brûlot. Plus que pour la qualité de ses travaux, c'est pour son refus de se laisser influencer par les censeurs que le réalisateur doit être salué et encouragé. Prôner l'éducation par les livres et le refus de la propagande est un véritable acte de courage que peu d'artistes chinois ont la possibilité de faire.

 

 


 

Autres films : Tang le onzième, Les filles du botaniste.

À lire : Le complexe de Di, Par une nuit où la lune ne s'est pas levée.

 

 

 

 

Philippe ClaudelIl y a longtemps que je t'aime (2008)

Écrivain apprécié pour sa finesse et sa façon de raconter les choses "autrement", Philippe Claudel semble posséder depuis le début de sa carrière une vision cinématographique des situations qu'il crée. Il était tout naturel que lui prenne l'envie de passer derrière la caméra, d'autant que l'adaptation de ses Âmes grises par Yves Angelo ne l'avait guère satisfait. Claudel choisit de porter à l'écran une histoire originale, lui dont qu'on aurait bien vu adapter Le rapport de Brodeck, son dernier roman en date. Il y a longtremps que je t'aime plonge allègrement dans le mélodrame, créant une vive émotion chez certains et la consternation chez d'autres. Il y a de toute façon de quoi être frustré, tant on sent de bout en bout que le Claudel écrivain n'a pas fait la jonction avec le Claudel cinéaste. Son expérience d'auteur ne semble guère lui avoir servi pour bâtir ce premier film. Or, l'intéressant chez les artistes multi-facettes, c'est lorsqu'ils mêlent leurs différents talents (ou talents supposés) au service de chaque art. Au vu du relatif succès de ce film, il est fort probable que Philippe Claudel remette le couvert d'ici quelques temps ; espérons que son deuxième film lui permettra de montrer son vrai visage.

 

 


 

À lire : La petite fille de Monsieur Linh, J'abandonne.

 

 

 

 

 

 

Michel HouellebecqLa possibilité d'une île (sortie en octobre)

Pas d'affolement : personne n'a encore pu voir La possibilité d'une île, le premier long réalisé par Michel Houellebecq. La sortie du film devrait en tout cas constituer l'un des évènements de la rentrée, puisque la grandiloquence métaphysique du livre a de quoi fasciner. Baudruche mystique ou chef d'œuvre ultime ? Il faudra encore quelques mois avant de trancher ; en tout cas, les membres de l'équipe ne cessent de saluer la détermination de Houellebecq et son désir de grand cinéma. De quoi faire mieux que les adaptations correctes mais peut-être pas assez houellebecquiennes d'Oskar Roehler (Les particules élémentaires) et Philippe Harel (Extension du domaine de la lutte).

 

 


 

À lire : Plateforme, Lanzarote.

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commentaires
Traxler
24/05/2019 à 13:52

Merci !

Une mise à jour de cet article serait intéressante :

- Emmanuel Carrère prépare "Le quai de Ouistreham" pour 2020.
- Frédéric Beigbeder a fait deux films.
- Marc Dugain
- Atiq Rahimi
- David Foenkinos
- Delphine de Vigan

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