Keanu Reeves l'insaisissable

Johan Beyney | 8 février 2005
Johan Beyney | 8 février 2005

Un physique dont il est difficile de déceler l'origine, trop d'endroits où grandir pour être vraiment de quelque part, des rôles trop différents pour être associé à un genre, force est de constater qu'il n'est pas facile de coller une étiquette sur Keanu Reeves. En ne laissant que très peu entrevoir sa vie privée, l'acteur ne nous laisse que ses films pour tenter de le cerner. Or entre films d'auteurs et blockbusters, films d'époque et science-fiction, l'entreprise s'avère compliquée.

Keanu Reeves naît en 1964 à Beyrouth au Liban, avant de partager son enfance entre l'Australie, les Etats-Unis, puis le Canada. Passionné par la comédie, il abandonne ses études et débute des l'âge de 16 ans dans les séries canadiennes Hanging in (1980), puis Going Great (1982). Il débute véritablement au cinéma avec One step away de Robert Fortier, avant de partir à Hollywood. Après une première apparition dans Flying de Paul Lynch (1986), il décroche, grâce à sa passion pour le hockey sur glace, un petit rôle dans Youngblood de Peter Markle (1986) aux côtés de Patrick Swayze et Rob Lowe. Mais la reconnaissance viendra surtout avec River's Edge (Tim Hunter, 1986) et Bill and Ted's Excellent Adventure (Stephen Herek, 1989) qui le sacrent acteur prodige aux Etats-Unis.

 


Il commence alors à tourner avec des réalisateurs reconnus : Ron Howard (Portrait craché d'une famille modèle), Stephen Frears (Les Liaisons dangereuses, où il interprète le jeune Chevalier Danceny) et à étendre sa palette de jeu, notamment avec le rôle d'un tueur psychopathe dans Je t'aime à te tuer de Lawrence Kasdan. Keanu Reeves peut dès lors prétendre aux têtes d'affiche.

Ce sera le cas avec deux films sortis en 1991 et dont l'énorme différence est symptomatique de la filmographie de l'acteur. Point Break (Kathryn Bigelow) le transforme en poster pour chambre d'adolescente, tandis que My Own Private Idaho (Gus Van Sant) – dans lequel il interprète un jeune prostitué homosexuel en compagnie de River Phoenix – fait de lui une icône du cinéma indépendant.
Grâce à ces deux personnages, Keanu Reeves gagne ainsi, en tant qu'acteur, la reconnaissance des réalisateurs et, en tant que sex-symbol bankable, celle des producteurs.

 

 


C'est assez pour lui permettre d'être plus sélectif et de tourner alors avec Francis Ford Coppola (Dracula, 1992), de nouveau Gus Van Sant (Even the Cowgirls get the Blues, 1993), Bernardo Bertollucci (Little Buddha, 1993) ou encore Kenneth Brannagh (Beaucoup de bruit pour rien, 1993). Assez également pour commencer à s'effacer de la mémoire des midinettes du monde entier, moins sensibles à ses charmes sous les traits de Bouddha ou d'un héros shakespearien que sous ceux d'un surfeur du FBI. Qu'à cela ne tienne, il récupèrera ce public grâce à Speed (Jan de Bont, 1994), où il se retrouve bloqué dans un bus sous explosifs avec la très mauvaise Sandra Bullock.

Keanu Reeves serait donc désormais acteur de film d'action ? Rien de moins sûr puisqu'il enchaîne alors avec la science-fiction (Johnny Mnemonic de Robert Longo, 1994), la romance (Les vendanges de feu d'Alfonso Arau, 1995), la comédie (Feeling Minesotta de Steven Bailgelman, 1996 avec Cameron Diaz) et le thriller (Poursuite d'Andrew Davis, 1996). Autant d'échecs commerciaux qui ne l'empêchent pas de refuser de participer à Speed 2 et de préférer partir en tournée avec son groupe de rock Dogstar. « L'argent est le cadet de mes soucis, a-t-il déclaré. Je pourrais survivre pendant des siècles avec ce que j'ai déjà gagné dans ma vie ».

 

 

Il revient ensuite dans L'Associé du diable (1997), où il revisite avec Al Pacino et sous la direction de Taylor Hackford le mythe du Faust. Mais son véritable grand retour, c'est évidemment à la trilogie Matrix qu'il le doit. Avec Matrix (1998), Matrix Reloaded et Matrix Revolutions (2002), Keanu Reeves redevient, en endossant l'imperméable de Neo, un acteur incontournable. Ce chef-d'œuvre d'inventions visuelles est à ses yeux autant une grande saga de science-fiction qu'un film d'auteur délivrant un message philosophique : « Ne soyez pas aliénés par ces nouvelles technologies, ni par les religions ou par l'attente que les choses se fassent à votre place. Comprenez, ayez votre point de vue et de la compassion. Ces films ne sont ni anti-technologie ni contre l'être humain. Ce n'est pas simplement du grand spectacle. C'est de l'humanité à l'état pur dont il s'agit. Ne laissez pas une machine vous voiler la face avec un écran : utilisez cet écran pour y voir plus clair ».

 


Avec Constantine (Francis Lawrence, 2003), dont l'univers semble assez proche de celui de Matrix, on pourrait craindre que Keanu Reeves ait du mal à se débarrasser du costume de Neo. Rappelons cependant qu'il a été depuis tueur en série chez Joe Charbanic (The watcher, 2000), mari violent chez Sam Raimi (Intuitions, 2000) et médecin romantique chez Nancy Meyers (Tout peut arriver, 2003).
On le verra bientôt retrouver l'univers du cinéma indépendant (Thumbsucker de Mike Mills), de l'aventure (Tripoli de Ridley Scott) et du policier (The Night Watchman de Spike Lee).

Et lorsqu'on lui demande s'il n'a pas peur que cette diversité de rôles ne nuise à son image, Keanu Reeves répond : « Nuire à mon image? Qui est-ce que je suis? Un homme politique? Non, je suis un acteur ».
C'était donc ça, tout simplement.

 

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