Films

Nicolas Cage dans un conte de Noël : le film dont vous avez besoin pour les fêtes (si, si !)

Par Geoffrey Fouillet
17 décembre 2023
MAJ : 21 décembre 2023
Family Man : photo, Nicolas Cage

Dans Family Man, Nicolas Cage rêve sa meilleure vie et ajoute une jolie pierre à sa filmographie. Et tenez-vous bien, c’est à Brett Ratner qu’il faut dire merci.

Avant de succomber aux pires excentricités capillaires et accessoirement aux pires choix de carrière (Ghost Rider en tête), le neveu de Francis Ford Coppola enchaînait les succès aussi bien artistiques que critiques. Après tout, il est plus facile d’assurer ses arrières quand on tourne pour David Lynch, John Woo, Brian De Palma ou Martin Scorsese en l’espace d’une décennie. De temps à autre, l’acteur acceptait néanmoins de jouer dans des films à priori plus conventionnels, et parfois, le résultat se révélait plus enthousiasmant que prévu.

Avec Family Man, réalisé pourtant par le médiocre Brett Ratner, Nicolas Cage a encore eu du flair. Cumulant plus de 120 millions de recettes au box-office mondial, soit le double de son budget initial, le film est sorti à point nommé, c’est-à-dire durant les fêtes de fin d’année. Et si le quota de bons sentiments est respecté, on a aussi affaire à un vrai conte de Noël existentiel.

 

Family Man : photo, Nicolas Cage, Don CheadleUn seul détient le pouvoir et ce n’est pas celui que vous croyez

 

AU REVOIR PIÉDESTAL

Non, c’est un fait, nous ne croyons plus depuis longtemps au gros bonhomme barbu tout de rouge vêtu. En revanche, on reste toujours de grands enfants à l’approche de Noël et notre excitation monte encore d’un cran lorsque la magie a lieu sur grand écran. Alors quand le caméléon Nicolas Cage, au sommet de sa gloire à l’époque, vient compléter le tableau, après que Hugh Grant ou George Clooney aient été envisagés à sa place dans le rôle principal, on se plaît gentiment à espérer, d’autant que l’intrigue a tout pour séduire.

Alors qu’il choisit de privilégier sa carrière à sa fiancée, Kate (superbe Téa Leoni), Jack quitte New York pour Londres. Treize ans plus tard, le voici revenu à Manhattan et devenu l’un des pontes de Wall Street, accumulant les richesses et les conquêtes à sa guise. Le soir du 24 décembre, il joue les bons samaritains en dissuadant un braqueur dénommé Cash (Don Cheadle) de commettre le pire. Le lendemain matin, il se réveille inexplicablement dans une maison du New Jersey, aux côtés de Kate et de leurs deux enfants. Et là, c’est le drame !

 

Family Man : photo, Nicolas Cage "Pince-moi je rêve !"

 

On pense autant à Un fauteuil pour deux qu’à The Holiday, le principe de déchéance ou d’ascension sociale étant au cœur de Family Man. En dégringolant de son trône, Jack prend le pouls des classes moyennes, nichées dans des banlieues pavillonnaires où l’activité économique se résume à quelques commerces besogneux (typiquement, le magasin de pneus de son beau-père pour lequel il travaille). Il semble alors déjà loin le temps où l’heureux nabab chantait à tue-tête l’air d’opéra La donna è mobile (autre signe culturel de richesse s’il en est) dans son penthouse.

Le décalage comique du film repose ainsi principalement sur les réflexes pavloviens du héros, conditionné à mépriser les petites gens et leur mode de vie. "On va aller manger un cake, ce sera le rayon de soleil de ma semaine", l’entend-on pester en plein centre commercial après avoir dû renoncer à une veste de costume hors de prix. À ce stade, toute est source de frustration pour lui, mais comme l’adage le dit : "petit à petit, l’oiseau fait son nid", et le génie de Cage consiste justement à incarner le rétropédalage éthique du personnage qui, en changeant ses pratiques de consommation, bouleverse ses propres idéaux.

 

Family Man : photo, Nicolas Cage, Téa Leoni, Makenzie VegaComment faire fondre toutes ses économies comme neige au soleil

 

HOME SWEET HOME

Cette mise en crise du héros tout-puissant survient aussi plus directement au sein de la sphère privée. Préparer le petit déjeuner à sa fille, changer les couches de son fils, être d’astreinte la nuit si l’un des deux bambins se réveille en pleurs… bref, que du bonheur ! Et Ratner filme ces petits rituels quotidiens comme autant d’exploits homériques à accomplir pour Jack. Par ailleurs, l’idée cocasse d’associer le personnage à un extraterrestre qui aurait besoin de s’acclimater à son nouvel environnement est particulièrement bien trouvée.  

En ce sens, Family Man explore la notion de "routine" comme Un Jour sans fin vis-à-vis de son concept de boucle temporelle. Le plaisir vient alors moins de la répétition des scènes – le scénario évite de radoter trop longtemps à ce niveau-là, et on lui en sait gré – que des micro-dérèglements qui parasitent peu à peu les habitudes de la famille. Et cela tient parfois à de simples détails, une attention inédite accordée à un mot, un geste. C’est notamment ce que relève Kate lorsqu’elle dit à Jack : "Tu me regardes comme si c’était la première fois que tu me voyais depuis 13 ans".

 

Family Man : photo, Téa LeoniVotre moitié aussi vous regarde de cette façon ?

 

C’est toute l’intelligence d’un film qui n’impose jamais une vision figée et caricaturale du modèle familial. En récupérant la vie d’un autre, Jack insuffle un vent nouveau au sein de son foyer, et sans qu’il soit question d’attribuer une valeur méliorative à ce changement, il nous est malgré tout signifié que les choses comme les individus sont nécessairement amenés à évoluer. Une lapalissade, n’est-ce pas ? Absolument, mais le film le formule avec une grâce peu commune.

Cela s’étend également aux rapports que le héros entretient avec ses voisins et son cercle d’amis. S’ils s’apparentent peu ou prou à des clichés ambulants au départ, entre l’allié de toujours, Arnie, ou la vamp d’à côté, Evelyn, les personnages secondaires bénéficient d’une caractérisation moins unilatérale que prévu. Encore mieux, ils servent de miroirs réfléchissants à Jack, qui en vient à reconsidérer ses priorités non plus uniquement en comparaison à son ancienne vie, mais à celle de ses proches.

 

Family Man : photo, Nicolas Cage, Makenzie Vega"Tout compte fait, je veux bien être ton papa, alors tope là !"

 

MA VIE FANTÔME

Si l’approche existentielle est à ce point tangible ici, elle est à rapprocher de la dimension magique du film. Et à ce titre, les mélodies féériques de Danny Elfman, qui semble décliner sa partition pour Edward aux mains d’argent (un autre conte de Noël comme par hasard), ainsi que la photographie chatoyante de Dante Spinotti apportent cette couleur onirique nécessaire au projet. Parce que oui, Family Man adopte ni plus ni moins la logique du rêve.

Cela se traduit notamment à travers l’attitude contemplative du héros qui observe régulièrement sa famille à distance (l’affiche du film en est l’illustration parfaite : Jack observe la vitrine d’une boutique derrière laquelle il apparaît, tout sourire, avec sa femme et ses enfants). Ratner orchestre la même scénographie lorsqu’il montre le personnage observer sa maison depuis le jardin, à la façon d’un étranger qui n’aurait ni le droit ni l’envie d’y entrer.

 

Family Man : photo, Nicolas CageTempête (de neige) sous un crâne

 

Jack évoque alors un certain Ebenezer Scrooge, le vieux grigou d’Un chant de Noël de Charles Dickens auquel on offre un "aperçu", et il y a évidemment un caractère mortifère à déambuler dans cette existence inconnue, comme un visiteur quelconque viendrait se balader pour la première fois à l’intérieur d’un musée, à la découverte d’anciens vestiges (les photos de famille, la vidéo d’anniversaire de Kate…). De fait, le personnage hante son foyer plutôt qu’il ne l’investit pleinement, soit l’apanage des fantômes.

Et dans ce registre, on n’oublie pas le fameux esprit de Noël, incarnation du destin censée ouvrir les chakras du héros. Au fond, tout y est, mais avec ce supplément d’âme qui fait cruellement défaut aux productions actuelles du même genre. Oui, le cynisme ambiant a eu raison de l’époque, et on regrette que Cage ait suivi cette pente en acceptant certains rôles indignes de son talent. Mais il croulait encore sous les dettes il y a peu, et il faut bien payer ses impôts, alors on veut bien se montrer charitables (c’est aussi ça l’esprit de Noël).

 

Family Man : photo, Nicolas CageL’étrange Noël de (Monsieur) Jack

 

Bien mieux que la bluette charmante à laquelle certains ont pu le cantonner, Family Man reste une ode poignante aux leçons que la vie nous enseigne. Il demeure aussi à ce jour le sommet de la carrière de Brett Ratner, et ce n’est pas difficile au vu du reste de sa filmographie, partagée entre une trilogie Rush Hour tout juste passable et des grosses machines sans saveur (X-Men : L’Affrontement final, ou Hercule avec Dwayne Johnson). Savoir que le film va très probablement être adapté en comédie musicale nous réjouit au plus haut point, mais en attendant, il serait dommage de ne pas passer Noël en compagnie de Nicolas Cage !

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sentenza

Oulalala j’ai trouvé ce film particulièrement mauvais et niais personnellement et qui a très mal vieilli…. On va plutôt revoir La Vie est belle de Capra à cette période de l’année !

Altaïr Demantia

C’est un film de Noël comme seuls les Américains en faisaient. Je dis « en faisaient » parce qu’il y a une certaine sincérité dans ce type de films qu’on ne trouve plus dans les productions ces dernières années. Peut-être parce que les USA se sont réveillées, non pas dans une réalité alternative plus simple et pleine de valeurs morales sur lesquelles ce pays a basé son storytelling des Pères fondateurs et des valeurs de la méritocratie, mais dans une réalité inverse où le « american way of life » est un mensonge. En tous cas ça fonctionne, Cage et Léoni sont justes et excellents, et je n’aurais pas vu ni Grant ni Clooney dans le rôle de Jack.