Last Action Hero : la monumentale erreur de John McTiernan et Arnold Schwarzenegger

Mathieu Jaborska | 26 juin 2021
Mathieu Jaborska | 26 juin 2021

John McTiernan, Arnold Schwarzenegger, et à l'arrivée, un flop. Retour sur le culte Last Action Hero.

L'édition 4K disponible depuis mi-juin 2021 de Last Action Hero ravit les amateurs de cinéma américain. Énorme flop lors de sa sortie en 1993, la comédie d'action est depuis largement revenue en odeur de sainteté, au point de bercer l'enfance d'une génération entière et de trouver grâce aux yeux de ceux qui font et commentent la pop culture aujourd'hui (la passionnante vidéo de MrMea peut en attester). Ecran Large ne déroge pas à la règle, et saute sur l'occasion pour consacrer deux dossiers au blockbuster.

Avant de plonger dans la profondeur de sa mise en abîme, on retrace la genèse complètement hallucinante de ce film voué à s'effondrer sur lui-même.

 

Photo Last Action HeroTo be or not to be ignoré par Ecran Large ?

 

American Bluff

Timidement sur le retour après une traversée du désert dont Last Action Hero a posé les premiers jalons, McTiernan s'est fendu d'un commentaire audio très attendu pour cette nouvelle édition. Et si un enregistrement aussi tardif est souvent l'occasion de se remémorer les meilleurs moments du tournage ou de remercier des collaborateurs, le cinéaste fait voler en éclat l'optimisme propre à l'exercice avec un flegme déjà culte (quoique les légendaires moqueries de Ben Affleck sur celui d'Armageddon restent intouchables). Il passe son temps à s'excuser, comme si son oeuvre était le pire des navetons de ces trente dernières années.

Il suffit de se renseigner très succinctement pour comprendre la ténacité de son désarroi. Car Last Action Hero n'est pas juste le fruit d'une pré-production laborieuse, une conséquence d'un tournage à l'arrache ou une catastrophe marketing. Il est tout ça à la fois, une épreuve de bout en bout, une des pires expériences de la carrière d'un artiste pourtant officiellement vaincu par Hollywood.

 

Photo Austin O'BrienLe roi du pop-corn en déroute

 

Le chemin de croix commence tôt, en 1991. Deux scénaristes à peine sortis de la Fac, Zak Penn et Adam Leff, écrivent une première version d'un script intitulé Extremely Violent, inspirée selon Penn des Simpson. Leur texte, disponible en intégralité sur le net, est d'une ambition presque effrontée pour un coup d'essai. Long de 125 pages, il s'ouvre sur une citation d'Hamlet, et vise à parodier les blockbusters d'action hollywoodiens qui triomphent alors dans les salles obscures. Il y est question d'Arno Slater, le "plus dur, plus fort, plus dur-à-tuer des héros d'action que vous n’avez jamais vus", de Danny, marmot fan de jeux vidéo et de cinéma et d'un projectionniste maléfique (oui).

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commentaires
Hocine
30/06/2021 à 12:05

@pi

On peut toujours essayer d'émettre des hypothèses pour expliquer les échecs commerciaux de certains films et les succès d'autres films: en définitive, les résultats au box-office ne sont pas une science exacte. Même s'il y a bien des éléments qui vont jouer en faveur ou contre les films. Dans le cas de Last Action Hero, la rencontre entre l'offre et la demande n'a tout simplement pas eu lieu dans les salles de cinéma. D'ailleurs, je me souviens surtout de l'édition vidéo du film pour la chaîne de restauration rapide Quick.

Le célèbre exemple de Star Wars est là pour démontrer qu'on ne sait jamais comment le public va réagir face à la sortie d'un film: dans les années 70, rares étaient les personnes qui auraient parié sur le succès d'un tel projet. Beaucoup de studios l'ont rejeté, beaucoup de vedettes de l'époque ont décliné la proposition d'incarner l'un des personnages principaux. En bref, chacun est soumis à ses propres préjugés et ses propres envies, depuis les responsables des studios jusqu'au public, en passant par les acteurs, réalisateurs et producteurs. L'Histoire nous a néanmoins prouvé que prendre des risques pouvait parfois être bénéfique.

Last Action Hero était effectivement une tentative de déconstruction du personnage cinématographique d'Arnold Schwarzenegger. D'un autre côté, le personnage de Jack Slater reste finalement plutôt fidèle à l'image de marque traditionnelle de Schwarzenegger. C'est surtout la prise de distance avec son personnage cinématographique, pour aller jusqu'à l'autocaricature voire l'autodérision, qui fait figure d'originalité dans Last Action Hero. Ce film est par ailleurs bourré de citations et de références cinématographiques. Hélas, l'essentiel a été mis de côté: procurer des émotions fortes liées à l'action et l'aventure. Pour moi, ça reste un film ambitieux mais inégal. Je me demande si son échec commercial n'est pas ce qui l'a rendu intéressant, aux yeux des cinéphiles.

En matière de déconstruction d'un personnage ou d'un mythe, Clint Eastwood reste l'un des grands champions, avec Tom Cruise. Parmi les acteurs américains toujours en activité, ils sont probablement ceux qui ont le mieux compris ce qu'ils représentent aux yeux du public et ce que le public attend d'eux. Ainsi, ils ont su se renouveler à travers le temps. Cela expliquerait en partie, la longévité exceptionnelle qu'ils connaissent. Dans cette catégorie, je mettrais également Tom Hanks et Denzel Washington.

Julien H
29/06/2021 à 01:36

Theprout est une bombe !
Qu'il fasse encore deployer des explications autour de ce film montre qu'il n'y a plus de culture collective. Les gens qui l'ont vu à l'époque ont bien compris ce qu'il était. Mince on explique pas les Monty python, donc pourquoi expliquer LAH ?
Dans la critique je me souviens que j'ai eu du mal avec le rôle du projectionniste. Ce principe un peu Cinéma Paradisio ne marche pas avec les dialogues du personnage. Lui c'est vraiment un contre sens par rapport à tous les autres. Le Ticket d'or de la chocolaterie ne fonctionne pas et n'apporte rien. Il y avait bien plus facile (plus drôle ou plus intéressant) à faire pour réunir les 2 mondes ... Bref c'est devenu culte et c'est bien ça l'essentiel.

Anderton
28/06/2021 à 16:45

Film inoubliable, notamment pour un gars comme moi qui a vu ce film au cinéma à l'âge de 10 ans (et découvert T2, 2 ans auparavant, également au cinéma).
En réalité, ce film reste très bon, si on fait abstraction de la tentative d'en faire une anthologie du film d'action qui n'a d'ailleurs pas été vendu comme tel ! C'aurait pu être, pour Schwarzy, une occasion d'opérer un véritable changement de carrière et de donner une nouvelle dimension à son statut d'action star, mais malheureusement il n'en a rien été...
On peut même dire que Schwarzy s'est planté et n'a pas assumé d'être le "dernier héro d'action" (donc celui mettant un terme aux action movies so 80's) car réitérera 3 ans plus tard, via "The Eraser", une espèce de resucée des films d'action bourrin avec un héro seul contre tous (on se rappelle encore de l'affiche avec Schwarzy et ses 2 gros flingues qui ne représente au final qu'une scéne de moins d'une minute; d'ailleurs comparer cette affiche avec celles de "Commando" ou "Raw Deal" ou encore "Predator" ou même "Terminator" est assez intéressant...).
C'est finalement avant la toute fin de la décennie 90, que Schawary tente d'amorçer ce changement plus ou moins annoncé en 93 mais c'est déjà trop tard : "The End of Days" arrive 4 ans trop tard après "Seven", Stallone a déjà tenté cette amorce quelques années plus tôt avec "Copland" ou "Daylight" mais sans succès, JCVD, Seagal & Co sont passés en 2nde zone, Bruce Willis en a définitivement (du moins à l'époque...) fini avec McClane (avec l'apothéose "Die Hard 3" du déjà et encore excellent McTiernan) et s'est trouvé une bouffée d'air frais avec M. Night Shyamalan.
Bref, "Last Action Heror" reste un film ovni mais arrivé trop tôt, à une époque où le changement de registre et de ton n'était pas accepté, et n'a surtout pas été assumé avec un statut de film d'avant-garde. Perso, je le regarde pour ce qu'il est (une oeuvre à la mise en scène très bien maîtrisée avec une équipe au top du film d'action) et aussi pour ce qu'il aurait pu être et qu'il devient avec le temps : un film culte à décourvrir aussi bien pour le meilleur que pour le pire !

Kyle Reese
28/06/2021 à 13:39

Revu hier soir pour le coup, c'était finalement seulement la deuxième vision.
Ben, franchement bof, le début est prometteur, c'est bien filmé mais c'est long, lourd.
Le gamin est énervant, aucune empathie pour lui, l'humour est tellement ENAURME, les enjeux ... ? quels enjeux, on vibre pour personne. On sait que c'est faux. Et lors de la seconde partie dans la vie réelle vue que Slater n'est juste qu'un perso imaginaire de film ... on s'en fou. J'ai du même accélérer tellement j'ai trouvé ça ennuyeux comme à l'époque. Le seul intérêt le méchant que j'ai bien apprécié.
Mc Tiernan a voulu faire du méta, façon Spielberg ou Zemeckis mais ce n'est pas son cinéma.
Le film est devenu culte pour ses ambitions raté et son échec, pas pour ses qualités.
C'est dommage toute cette énergie, talent, car Mc Tiernan fait des plans de fou, et argent, pour ce ratage quasi complet. J'ai voulu y croire à l'époque et quelques décennies plus tard je me suis dis que je pouvais avoir changé de sensibilité avec ce film "culte" d'un de mes réal préférés de l'époque. Ben non ... définitivement not to be ! :)

pi
27/06/2021 à 14:32

Quand je parle de contexte, je veux parler de l'époque pré-internet, pré-réseaux sociaux, pré-previews de presse. C'était avant ce marketing auquel nous avons droit aujourd'hui où nous suivons un film de son annonce de projet, à son entrée en production, à son entrée en tournage, puis à son entréee en promo avec tout le matériel dont nous abreuvent studios, réseaux sociaux, sites web spé, teasers, trailer , 1, 2 et final, etc...

Rien de tout ça en 1993.

A l'époque, une bande-annonce en salle, des critiques dans quelques magazines spécialisés après la sortie du film, le bouche-à-oreille et c'est tout.

Schwarzy avait fait des films comiques où son jeu limité fonctionnait mais Last action hero n'est pas un film déconnant où un grand gars trop musclé qui a la souplesse d'une armoire normande se retrouve dans un duo avec Dany Devito et avec des gamins à la maternelle.

Avant LAH, il y a 13 films dont deux à connotations comiques déclarées et pas très subtiles. Tout le reste c'est du gros film d'action tout biceps et cigare dehors sur fond d'explosion et de punchlines emballés 1er degré. Le film juste avant c'est Terminator 2, un énAUrme succès où il balance du "asta la vista baby", certe mais le ton du film est sérieux.

Et puis, là, tout d'un coup, un film hybride méta où le personnage récurrent joué habituellement par Schwarzy est déconstruit.

Aujourd'hui, on préparerait les esprits à ce genre de bifurcation dans la carrière d'une méga star à grand coup d'annonces. Ou plutôt, une méga star ne ferait jamais ça, car ça représenterait un risque pour l'acteur et le studio.

La plupart des films qui sont devenus cultes et qui n'ont pas marché à leur sortie dans le monde pré-réseaux sociaux sont des films dont la star principale est connue pour interpréter un type de rôle et qui tout d'un coup fait autre chose, comme Harrison Ford qui fait Blade runner alors qu'il était méga connu pour Han Solo et Indiana Jones.

Donc aujourd'hui, nous pouvons blâmer le manque d'ouverture d'esprit du public de l'époque mais n'oublions pas qu'il s'agissait d'oeuvre grand public qui a d'abord été vendue n'importe comment au public.

Et le film méta joué par une méga star dans des films sanbs subtilité qui tout d'un coup fait du film à différents niveau de lecture, ça a pris les gens par surprise. Le public de Schwarzy de l'époque c'est un public d'ados. Même chose pour Harrison Ford. Quand tout d'un coup un acteur change de cible par la tonalité plus matûre de son film, ça ne fonctionne pas.

Andarioch1
27/06/2021 à 12:26

@pi
Pas d'accord. le second degré était clair et limite bourrin. Les fringues de Slater toutes identiques, le tueur dans le placard, la découverte de la douleur du monde réel en défonçant une vitre à coup de poing, et j'en passe une centaine d'autres. Quand j'entends que c'est un film d'action comme les autres je bondis. D'autant plus quand on se replace dans le contexte de l'époque, où il faisait figure d'exception de par son ton décalé. Le public était en capacité de le comprendre. Mais on dirait qu'il ne le voulait pas.

pi
27/06/2021 à 11:09

Il est facile d'avoir une compréhension après coup d'une oeuvre une fois que le contexte de sa première diffusion a été oublié. Ce film aujourd'hui serait mieux compris par le public mais à l'époque c'était plus compliqué.

Andarioch1
27/06/2021 à 10:31

@TofVW

D'accord avec toi (et d'autre) sur le caractère incompris du film. La dimension ironique est pourtant évidente et, même, au cœur du film. Mais le public est vite trop premier degré.
C'est comme starship trooper, vu selon les cas comme un gros divertissement ou un film facho alors qu'on était sur une dénonciation d'un système et une analyse sur la capacité des images à imposer un ordre moral à des fins politiques.
On parle de films malades, mais c'est le public qui est malade

Hocine
27/06/2021 à 03:02

Last Action Hero reste l’un des derniers bons films avec Arnold Schwarzenegger. Son dernier bon film étant probablement True Lies, sorti en 1994.
Last Action Hero est peut-être l’exemple du film méta qui finit par exaspérer une partie du public, à trop vouloir montrer l’envers du décor ou à trop se vouloir futé, sophistiqué, conscient de ce qu’il est.
Peut-être que le public s’attendait à un divertissement similaire à ceux auxquels Schwarzenegger l’avait habitué. Aujourd’hui, c’est une sorte de film malade que les cinéphiles ou nostalgiques aiment revoir ou redécouvrir, sans le contexte de sa sortie en salles à l’époque.
Certains ont noté le fait que Sylvester Stallone avait eu du succès avec Cliffhanger, malgré la sortie de Jurassic Park. Je dirais également que Le Fugitif avec Harrison Ford avait très bien marché. Quant à la Columbia, elle a pu compenser l’échec de Last Action Hero avec le succès de Dans la Ligne de Mire avec Clint Eastwood.

Pi
27/06/2021 à 01:46

Deux choses:

Le doublage français.
Le gamin insupportable.

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