Zombie : et si c'était la meilleure BO du monde des morts ?

Mathieu Jaborska | 27 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Mathieu Jaborska | 27 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Comptant parmi les grands films d'horreur de l'histoire, le Zombie de George A. Romero déploie sa puissance évocatrice sur tous les niveaux, y compris la musique, pourtant au coeur d'un processus complexe.

Porté aux nues, édité et réédité pour le plus grand plaisir des amateurs de tripaille et de commentaires sociaux au vitriol, Zombie est pourtant un objet étrange, atypique même, qui doit aussi sa singularité à un contexte de production très particulier. Et le symbole retenu de son exploitation schizophrénique reste sa bande originale, composée par le légendaire groupe Goblin... mais pas que.

 

Photo Zombie"Parait qu'il y a du bon son par ici ?"

 

QUI A FAIT ÇA ?

Question complexe. À l'origine, Zombie est une co-production avec Dario Argento. Un partenariat nécessaire à l'indépendance du cinéaste et a priori orgasmique pour les amateurs de cinéma d'horreur. Néanmoins, le contrat stipule que le film doit être exploité par la firme Laurel Productions aux États-Unis et par la société d'Argento partout en Europe. Cela signifie que chacun est libre de le distribuer et de l'altérer au gré de ses désirs. C'est ainsi que plusieurs versions de Zombie voient le jour, développées à partir d'un premier montage.

Dans le montage européen, la bande originale est entièrement prise en charge par Goblin, ayant déjà collaboré avec l'auteur des Frissons de l'angoisse à plusieurs reprises. Dans le montage américain adoubé par le réalisateur, elle pioche majoritairement dans une banque de son, en plus d'emprunter quelques morceaux au groupe italien. Deux visions donc, qui ont toutes les deux connu une distribution sur disque, puisqu'en plus du score de Goblin, une compilation des musiques de stock utilisées dans le premier montage jamais diffusé (vous suivez ?) est également sortie.

Il existe donc techniquement deux bandes originales pour Zombie. Mais les Européens que nous sommes, biberonnés à la partition plus sombre du mythique groupe, préférerons s'attarder sur celui-ci. Néanmoins, il faut souligner que les musiques sélectionnées par Romero donnent une tout autre orientation au long-métrage, qui échappe par instants à l'horreur pour lorgner sur le burlesque. Et si l'écoute de la compilation ne reste pas en tête, il faut reconnaître que l'utilisation de pistes volontairement génériques correspond bien au discours de la satire. Dans un supermarché, on écoute de la musique de supermarché. Les deux approches sont donc intéressantes, autant qu'elles différencient les deux cinéastes, aux univers finalement très éloignés.

 

photoUn film un peu tarte à la crème

 

Highway to hell

Si les morceaux de Goblin ne s'amusent pas des personnages et des zombies avec la même ironie, ils s'imposent comme un tour de force thématique inouï. Car ils gardent la diversité du premier montage, qu'ils unifient dans une enveloppe particulière, comme pour appuyer le mélange des genres qui se terre dans le long-métrage, sans pour autant renier sa nature profondément horrifique. Ainsi, les morceaux Safari, Tirassegno ou Forte in faccia, tous aux antipodes les uns des autres, contrastent évidemment avec l'ambiance globale. Ils s'accordent étrangement bien avec l'artificialité faussement joviale et culturellement absurde qui caractérise les temples de la consommation moderne.

Au contraire, certains morceaux n'hésitent pas à jouer de guitares électriques ou de rythmes atypiques pour souligner la brutalité des scènes d'action... et le ridicule des bikers en leur sein. Une dualité qu'on retrouve par exemple dans Zaratozom, sorte de parodie de parade rock comportant une envolée mémorable, et même carrément épique. De l'autre côté du spectre, Risveglio se laisse carrément aller au simple piano, tranchant avec la frénésie des synthétiseurs du thème principal.

 

photoQuand la ligne de basse tape

 

Le score de Goblin est à l'image du film qu'il illustre : complètement anarchique, subtilement illuminé. On retient souvent du groupe ses grands thèmes. Mais c'est en creusant dans les deuxièmes parties d'album qu'on retrouve des lignes rythmiques audacieuses ou des expérimentations cauchemardesques (la très dérangeante prise alternative de Ai Margini della Follia, entendue sur l'édition de WaxWork), prouvant sa capacité à embrasser une oeuvre dans sa totalité et à lui coller une identité qu'on ne lui enlèvera jamais.

Un petit exploit qui parait évident à la vision du film, et pour cause : la musique prend bien soin d'insérer entre chaque interlude délirant des rappels à son thème, rappels qui passent bien sûr par les synthétiseurs, dont les sons atypiques évoquent les pistes principales. Ainsi, le très atmosphérique et flippant Ai Margini della Follia laisse transparaître un jeu de percussions et de synthétiseurs graves liant le tout. De même que La Caccia, sous ses airs d'envolée légère, rappelle une noirceur sous-jacente.

L'intégralité de la partition s'articule donc autour de ses morceaux phares, lesquels n'ont pas volé leur culte, notamment grâce à leur rythme effréné. L'incroyable Zombi, qui a clairement influencé tout un pan de l'électro moderne, en est un bel exemple, alternant trois variations de son rythme pour incarner une richesse souvent reniée quand on évoque les débuts des bandes originales synthétiques. En résulte quatre minutes de plaisir, dans le film ou à l'écoute seule.

 

photoL'équipe d'Ecran Large devant des vinyles de la B.O de Zombie

 

S’IL NE FALLAIT EN GARDER QU’UNE

On ne l'avait pas encore mentionnée, vous l'attendiez : impossible de ne pas s'étendre sur L'alba dei morti viventi, résonnant pour beaucoup comme le thème par excellence de Zombie, et l'hymne du cinéma de Romero. En général, les thèmes les plus cultes du 7e art ont une dimension grandiloquente, des revendications orchestrales ou un rythme particulièrement rapide. Rien de tout ça dans ce morceau, finalement très à l'aise sur l'étiquette "rock progressif" qu'on a apposé sur Goblin. Et pourtant, il est resté bien plus célèbre que Zombi, deuxième piste bien plus bourrin.

Peut-être est-ce dû au fait qu'à l'image de l'album qu'il ouvre, il colle parfaitement au long-métrage, l'enveloppant directement d'une lourde nappe atmosphérique signifiant la présence perpétuelle des morts vivants, avant d'y insérer un petit air insidieux. Un air qui annonce l'ambiguïté du mal se terrant dans ce supermarché. Enfin, le morceau se développe à grands coups de synthétiseurs de plus en plus rentre-dedans, anticipant le virage très action à venir.

L'alba dei morti viventi, malgré son statut de simple introduction, résonne avec l'ensemble de cette bande originale, lui donne son ton, son atmosphère, lesquels persisteront en dépit de l'anarchie en son sein. Une sorte de guide en somme, un modèle musical. Et donc un sommet de la carrière de Goblin.

 

 

IL EN RESTE QUOI ?

Il reste une fraction du culte absolu suscité par Goblin, sacré d'ailleurs en Europe comme le seul véritable compositeur de cette bande originale. Le groupe et Romero sont désormais de véritables icônes du cinéma de genre des années 1970 et 1980, et Zombie restera, malgré la réalité décrite plus haut, comme leur seule collaboration.

Certains morceaux seront utilisés dans d'autres oeuvres, aussi bien par pur opportunisme que par hommage. D'un côté, le roi du bis crapoteux, le maître des stock-shots et de la récupération maligne Bruno Mattei, leur empruntera le thème pour sa parodie délirante Virus. C'est de bonne guerre, puisque les artistes ont déjà collaboré à quelques reprises, sur le film de nonnesploitation L'Autre enfer par exemple. De l'autre, même le cinéma hong-kongais s'en emparera, dans L'enfer des armes de Tsui Hark, lequel comporte un pot-pourri de la musique synthétique des années 1970, puisqu'on y trouve aussi du Jean Michel Jarre, du Vangelis ou du Jerry Goldsmith.

Car comme John Carpenter, Goblin restera dans les annales pour beaucoup comme un symbole des scores horrifiques forts en synthés. Et leur influence dépassera largement le champ du cinéma, puisque des groupes comme Justice s'en inspireront et les sampleront allégrement. On appelle ça des pionniers.

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commentaires
Pat Rick
28/02/2021 à 20:09

Excellente B.O. des Goblins.

Electro
28/02/2021 à 10:31

Tout à fait d’accord avec Trooper ! Vu à 14 ou 15 ans en VHS louée (que c’est loin), la musique m’avait bien marqué voire même plus que le film qui reste mon film de zomblard préféré. Le générique n’est pas fini mais la tension instaurée dans le studio tv par la musique te fait flipper alors que tu ne sais encore rien de l’histoire. Très fort !

Dario 2 Palma
27/02/2021 à 20:13

La musique de Goblin contribue en effet en bonne partie à l'efficacité et à l'énergie de ZOMBIE.
Mais ma bande-originale préférée de Goblin reste celle de NON HO SONNO/LE SANG DES INNOCENTS, d'une puissance incroyable!
Celle de PHENOMENA est très belle aussi même si le meilleur morceau "Valley" n'est pas de Goblin.
Quant à SUSPIRIA...une grande réussite encore de la musique de film mais j'ai du mal à l'écouter en dehors des images inoubliables d'Argento tellement elle est stressante!

Karev
27/02/2021 à 13:19

J'adore le film, dans mon top 20 all time facile mais bizarrement, j'ai toujours eu du mal avec la musique, peut-être importante pour l'ambiance du film mais assez fatigante sans les images.

Cooper
27/02/2021 à 13:07

Mon film d’horreur préféré, et la BO est énorme. Ça fais quelques temps que je ne l ai pas vu et je pense souvent à la scène d intro dans les studios tv avec cette musique ! T es pas censé savoir ce qu’il se passe mais ça te fais déjà trop peur...

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