John le Carré le maître de l'espionnage en cinq films et séries cultes

La Rédaction | 16 décembre 2020 - MAJ : 19/12/2020 10:51
La Rédaction | 16 décembre 2020 - MAJ : 19/12/2020 10:51

La Taupe, Little Drummer Girl, L'Espion qui venait du froid, Le Tailleur de Panama... retour sur quelques adaptations de l'oeuvre de John Le Carré.

John le Carré, ou David Crownwell de son vrai nom, est décédé de 12 décembre. Et avec lui, c'est un pan entier du monde de l'espionnage qui s'éteint. Car cet ex-employé des services secrets britanniques, reconverti en écrivain, a passionné de nombreux lecteurs, et spectateurs.

Petit hommage à l'auteur avec une sélection de cinq adaptations marquantes.

 

photoL'espion qui venait du froid, l'incontournable

 

M 15 demande protection (1966)

L'histoire : L'agent Charles Dobbs, officier du MI5, est chargé d'enquêter sur Samuel Fennan, un homme suspecté de sympathiser avec les communistes. Après avoir constaté qu'il s'agissait sans doute d'un malentendu, Dobbs apprend que Fennan s'est suicidé. Toutefois, il est convaincu que son suicide cache surtout un meurtre maquillé et va tout faire pour résoudre cette deadly affair.

L'adaptation : Il s'agit de l'adaptation d'un roman majeur de la vie de John Le Carré puisque M15 demande protection est basé sur L'Appel du mort à savoir le premier roman de l'ancien espion. Ainsi, si les aventures de son héros George Smiley ont déjà eu les honneurs du grand écran avec L'espion qui venait du froid (adaptation de son troisième bouquin), le long-métrage de Sidney Lumet est l'occasion de planter le décor originel du personnage.

Toutefois, un problème de droit aura empêché à George Smiley de vraiment se montrer, obligeant Lumet, avec l'accord de John Le Carré, à renommer le héros en Charles Dobbs. Après Rupert Davies dans la peau de l'espion, c'est cette fois l'éminent James Mason (La mort aux trousses) qui s'immisce dans le rôle. Il est accompagné par un joli casting international puisqu'outre l'oscarisé Maximilian Schell, on y trouve la Française Simone Signoret.

 

Photo James Mason, Simone SignoretSimone Signoret en veuve

 

L'impact : Quasiment aucun publiquement, le film ayant été plutôt apprécié par la critique, mais n'attirant que peu le public américain et français (à peine 160000 entrées chez nous). En revanche, le long-métrage a été particulièrement apprécié par les Britanniques, recevant cinq nominations aux BAFTA, même s'il sera battu par Un Homme pour l'éternité lors de la cérémonie.

Depuis, le long-métrage a largement disparu des écrans radars, d'autant plus qu'il est mineur dans la filmographie de Lumet, sorti au milieu des 12 hommes en colèreLa Colline des hommes perdus ou Le Rendez-vous. Les aventures de George Smiley ne reviendront d'ailleurs plus jamais sur le grand écran avant La Taupe en 2011. 

Pourtant, le film de Lumet est à revoir, petite perle d'espionnage magnifiquement interprété jouissant d'enjeux beaucoup plus sombres que la salve de James Bond qui monopolise le genre à l'époque avec Sean Connery. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas un hasard si l'acteur viendra justement, vingt-quatre ans plus tard, intégrer le cercle fermé des acteurs ayant interprété un personnage issu de l'oeuvre de Le Carré.

 

Photo James MasonJames Mason, espion valeureux, sept ans après l'antagoniste d'Hitchcock

 

La maison Russie (1990)

L'histoire : Sean Connery en éditeur britannique, mêlé malgré lui à une histoire de secrets sur l'URSS à cause d'un manuscrit sur la capacité nucléaire du pays soviétique. Le voilà chargé d'enquêter sur place, où il rencontre une belle et mystérieuse femme russe, qu'il va vouloir protéger à tout prix.

L'adaptation : En 1990, le nom de John Le Carré est bien établi, et le film La Maison Russie sort un an après la publication du livre. Plus établi encore est Sean Connery, qui a un droit de regard sur le casting et sans lequel l'adaptation n'aurait certainement pas été lancée. Pour le James Bond de Bons baisers de Russie, ce sera un retour aux sources.

C'est une belle équipe qui se forme, avec Michelle Pfeiffer, le réalisateur Fred Schepisi (Un cri dans la nuit), et le dramaturge Tom Stoppard au scénario. Le tournage sera moins doré, puisque La Maison Russie est l'un des premiers gros films hollywoodiens qui peut poser ses caméras sur les terres soviétiques. L'équipe découvre alors un pays dans un sale état, et c'est le choc des civilisations entre les Américains bien nourris aux frais du studio, et la population locale en quasi-famine.

 

photoBons baisers de Russie - Part II

 

L'impact : Pas de grand succès pour La Maison Russie, qui se plante gentiment à sa sortie (budget d'environ 20 millions, et à peu près autant au box-office). Ce non-succès calmera bien du monde, puisqu'il faudra attendre une décennie avant qu'un roman de John Le Carré ne soit à nouveau adapté au cinéma, avec The Tailor of Panama.

Vraie gagnante de l'histoire : Michelle Pfeiffer. Elle qui avait préféré ce film au Bûcher des vanités de Brian De Palma (qui sera le bide retentissant de l'année) décroche une nomination aux Golden Globes, et une pluie d'éloges. Dans le même mouvement que sa nomination aux Oscars pour Les Liaisons dangereuses, et Susie et les Baker Boys, elle décolle, et décrochera juste après le rôle de Catwoman dans Batman, le défi.

Signe un peu magique : c'est pendant le tournage que le mur de Berlin tombera.

 

photoLes années 90, au top du top

 

The Constant Gardener (2006)

L'histoire : Justin Quayle (Ralph Fiennes) est un diplomate britannique qui décide d'enquêter sur la mort mystérieuse de sa femme Tessa (Rachel Weisz), militante qui préparait un dossier sur les pratiques de l'industrie pharmaceutique au Kenya.

L'adaptation : Basé sur le véritable scandale d'essais pharmaceutiques illégaux au Nigéria, The Constant Gardener est un livre dont l'adaptation a d'abord été offerte à Mike Newell, qui a décliné l'offre au profit d'Harry Potter et la Coupe de feu. Fernando Meirelles, sortant du succès de son film coup de poing La Cité de Dieu, s'est révélé être un choix pertinent pour une oeuvre qui aurait pu facilement ressembler à une pub touristique pour les pays du Tiers-Monde. Le cinéaste a justement manipulé une photographie doucereuse dans ses premiers instants, avant d'utiliser une caméra à l'épaule âpre pour plonger dans les méandres d'une Afrique victime des magouilles de ceux qui prétendent l'aider.

L'impact : The Constant Gardener a fait forte impression à sa sortie, remportant de multiples récompenses aux Golden Globes et aux Oscars. Par les performances habitées de Ralph Fiennes et Rachel Wiesz, le film déploie avec intelligence l'intimité de personnages pris dans une spirale infernale. Si certains de ces partis-paris peuvent paraître déroutants, notamment en ce qui concerne la naïveté du protagoniste, c'est parce que The Constant Gardener joue avec des ruptures de ton pour développer un récit cauchemardesque et désespéré, qui a prouvé toute l'efficacité du style de Meirelles. Un projet risqué, mais une adaptation pertinente du roman de John Le Carré.

 

photo"Jusqu'à ce que la mort nous sépare, hein..."

 

La Taupe (2011)

L'histoire : 1973, en pleine guerre froide, George Smiley (Gary Oldman), un lieutenant du MI6, doit débusquer une Taupe, un agent double soviétique, qui serait infiltrée dans le service, parmi cinq suspects, dont il fait partie.    

L'adaptation : Adapté du roman Tinker, Tailor, Soldier, Spy, cinquième volet des aventures consacrées à l'espion George Smiley, La Taupe est sans aucun doute l'adaptation qui relate le plus fidèlement possible l'expérience de John Le Carré durant ses années de loyaux services au MI6, qui se sont terminées lorsque sa couverture fut compromise par un agent du KGB qui avait infiltré le MI5. 

Pour cette seconde adaptation du roman, le cinéaste suédois Tomas Alfredson, réalisateur de Morse, vise à reconstituer le plus fidèlement possible l'atmosphère des services secrets telle qu'elle est décrite dans le roman, dans ce qui ressemble plus à l'antithèse d'un James Bond, où le cinéaste privilégie la lenteur à l'action, peu présente dans l'oeuvre de l'auteur. Et cela donne un film d'espionnage extrêmement sobre et élégant, très apprécié encore aujourd'hui par les cinéphiles.

 

photo, Gary OldmanUne esthétique très... seventies

 

L'impact : Malgré un succès commercial plus que respectable (plus de 80 millions de dollars au box-office mondial), La Taupe est plus un succès critique que public, notamment en France, où il dépasse à peine les 630 000 d'entrées malgré des critiques presses très élogieuses. Le film reçoit en revanche un grand succès au Royaume-Uni, dépassant les deux millions d'entrées et récoltant des nominations et des récompenses aux British Academy Film Awards, en plus de ses deux nominations aux Oscars, dans la catégorie meilleur scénario adapté et meilleur acteur pour Gary Oldman.

La Taupe est encore considéré aujourd'hui comme une des adaptations les plus respectées de l'oeuvre de John Le Carré, de par sa fidélité au matériau d'origine, mais aussi pour son statut d'objet cinéphile qui puise dans les codes du cinéma d'espionnage des années 70, dont les principales références visuelles sont Conversation secrète de Francis Ford Coppola (1974) et Le Conformiste de Bernardo Bertolucci (1971). Du bel ouvrage.

 

photo, Gary OldmanGary Oldman

 

The Little Drummer Girl (2018)

L'histoire : Charlie est une jeune comédienne britannique, militante pro-palestinienne. Elle est approchée par le MOSSAD, qui souhaite utiliser sa renommée croissante et ses talents d’improvisation pour confondre Khalil, suspecté d’organiser de nombreux attentats contre des ressortissants israéliens.  

L'adaptation : Le roman éponyme de Le Carré, en plus d’être son unique à mettre au premier plan une femme, n’est ni le plus lu ni le plus commenté. Le réalisateur choisi pour l’adapter, le très côté Park Chan-wook, a donc toute latitude pour y imprimer sa marque, tout en attirant l’attention des cinéphiles de par le monde. Le casting est au diapason, puisqu’on y trouve aussi bien des comédiens renommés et installés, Michael Shannon ou Charles Dance, que des dieux nordiques (Alexander Skarsgård), emmenés par une jeune comédienne parmi les plus scrutées de ces dernières années, la magnétique Florence Pugh. 

Tous les ingrédients sont réunis pour un carton plein, et si la mini-série restera cantonnée aux cercles plutôt cinéphiles, ne parvenant pas à percer du côté du grand public, elle recevra à l’international un accueil critique très enthousiaste. 

 

photo, Florence Pugh, Alexander SkarsgårdAmour ou couverture ?

 

L'impact : La mini-série constitue peut-être la première adaptation de John Le Carré à s’émanciper tout à fait de la figure tutélaire de son auteur. La géopolitique et l’espionnage ne sont pas à proprement parler des thèmes récurrents du réalisateur d’Old Boy, et c’est sans complexe qu’il s’empare de l’héritage de l’écrivain pour le conjuguer à sa propre grammaire visuelle, qui se pare ici  d'une pâtine pop particulièrement élégante.

Et le résultat s’avère passionnant. Si le récit ne s’affranchit jamais de son ADN de roman d’espionnage, il l’amène vers une réflexion un peu plus méta, vers un dédale visuel, un labyrinthe de couleurs et de textures, qui tire volontiers vers l’abstraction. La Taupe contenait en son sein certaines de ses ambitions, mais demeurait tenu par le programme de l’auteur. The Little Drummer Girl témoigne de la concordance de son œuvre avec le 7e Art, tant la mini-série en propose ici une mise en abîme malicieuse et entêtante. 

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commentaires

Faurefrc
15/12/2020 à 09:01

La Taupe : super film d’espionnage avec une real et une direction artistique à tomber. L’épilogue rythmé au son de « la Mer » de Trenet (une reprise de Julio Iglesias, non, non, je ne deconne pas) est sublime.

Tiramisu
15/12/2020 à 01:26

Ah oui le pompage de tenet viens de là

alulu
14/12/2020 à 20:42

Bien aimé The constante Gardener et sa BO, un peu moins La maison Russie et c'est vrai que l'image blafarde résume assez bien la Russie de l'époque. Pas du tout aimé The Tailor of Panama malgré la présence de Jamie Lee Curtis et Brosnan. The night manager c'est ni mauvais ni bon, mais un peu déçu, je m'attendais à un truc comme Lord of war.

Kyle Reese
14/12/2020 à 19:03

J'avais beaucoup aimé The constante Gardner à l'époque, assez terrible comme film avec un coté très mélancolique si je ne m'abuse. Pas vu les autres. Complètement zappé La Taupe (j'avais cru l'avoir vu mais non donc rattrapage prochain) et très intéressé par The Little Drummer Girl.

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