Bienvenue à Marwen : Robert Zemeckis est-il vraiment un sous-Spielberg ?

Simon Riaux | 6 janvier 2019
Simon Riaux | 6 janvier 2019

Bienvenue à Marwen vient d’arriver sur les écrans hexagonaux. On a particulièrement apprécié le dernier film de Robert Zemeckis, mais force est de constater qu’entre sa sortie discrète aux Etats-Unis, ses critiques désastreuses outre-Atlantique, et la frilosité avec laquelle ses trois précédents métrages ont été reçus outre-Atlantique, le metteur en scène n’est plus auréolé de la même gloire qu’hier.

Et il n’y a pas à chercher bien loin pour voir un ancien reproche adressé à l’artiste refaire surface : lancé par Spielberg dans les années 80, Robert Zemeckis n’en serait finalement qu’un avatar, un suiveur talentueux techniquement, mais bien loin d’égaler le maître.

Et si tout cela n’était qu’un malentendu, et le cinéaste un des auteurs les plus nécessaires et singuliers de son époque ?

 

photo, Robert ZemeckisRobert Zemeckis

 

LE PARRAINAGE ORIGINEL

On ne prétendra pas qu’une galaxie sépare Robert Zemeckis de Steven Spielberg. Tout d’abord, les deux artistes comptent parmi les architectes majeurs de la pop culture des années 80, comme en témoigne le récent Ready Player One, où Spielberg rendait à César ce qui était à Retour vers le futur. Mais au-delà du compagnonnage esthétique et thématique, de l’influence commune de ces deux créateurs, il existe bien entre eux une collaboration aussi dense que complexe, fructueuse que foisonnante.

Tout ne commence pas idéalement pour autant. Spielberg produit Crazy day premier film et premier four de Zemeckis, quand ce dernier lui écrit 1941, premier échec de la carrière de tonton Steven. Il faudra attendre le succès de À la poursuite du diamant vert pour que le réalisateur qui nous intéresse retrouve la confiance d’un studio (Universal) et puisse filmer l’idée germée dans l’esprit de son complice et co-scénariste, Bob Gale.

Naîtront alors Retour vers le futur puis Qui veut la peau de Roger Rabbit ? deux œuvres cultes qui vont définir l’héritage d’une décennie, mais aussi sceller dans l’esprit du public l’image d’un duo, Spielberg et Zemeckis, faisant, au gré des commentaires et des sensibilités, de l’un le prolongement, ou le disciple de l’autre.

 

Photo Bob Hoskins Qui veut la peau de Roger Rabbit ?

 

LE GRAND DÉFRICHEUR

Pourtant, dès La Mort vous va si bien, difficile de voir dans le travail de Robert Zemeckis celui d’un suiveur. En effet, l’auteur ne s’inquiète guère de suivre le chemin de Spielberg, et s’inquiète d’une question autrement plus philosophique en matière de cinéma.

On l’aura caricaturé volontiers en « réalisateur à effets spéciaux », décrit comme une sorte de prestidigitateur pour ado attardé, mais la problématique qui meut ses travaux est autrement plus philosophique et profonde. Il est question pour le metteur en scène d’expérimenter, de questionner les nouveautés technologiques qui l’entourent pour se demander, sans cesse, comment aiguiser tel outil, et comment en faire un ressort de la narration.

 

Photo Meryl StreepMeryl s'étire

 

En 1992, La Mort vous va si bien anticipe les maquillages numériques qui interviendront plus d’une décade après lui, quand Forrest Gump sera le premier à triturer fiction et archives avec un talent troublant. Puis, viendra le temps de la révolution, et les fantastiques tentatives du Pôle Express, La Légende de Beowulf ou Le Drôle de Noël de Scrooge.

Aujourd’hui techniquement très dépassés, ces trois métrages sont pour beaucoup dans l’actuel règne de la motion capture, et Disney n’amasserait pas des centaines de millions de brousoufs si le grand Robert n’avait pas défriché avec génie et ténacité un domaine aussi novateur et exigeant.

 

Photo Tom Hanks Le Pôle Express

 

Et c’est là une grande différence entre Spielberg et Zemeckis. Non pas que Spielberg ne s’intéresse pas aux effets spéciaux, loin s’en faut, mais l’artiste a toujours cherché une certaine excellence, plus que l’expérimentation, toute sa filmographie en témoigne. Spielberg préféra repenser son découpage et dissimuler le requin des Dents de la mer plutôt que de risquer l’imperfection des effets. Et s’il révolutionne les effets spéciaux avec Jurassic Park, c’est initialement contre sa volonté, Dennis Muren lui tordant littéralement le bras pour pouvoir réaliser des essais en CGI, quand le réalisateur ne voulait pas en entendre parler.

Zemeckis lui, cherche, questionne, au risque de se planter, comme lorsqu’il se lance avec Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, dans deux ans de post-production, afin de dessiner à la main les toons d’un film qui prend alors clairement le risque du plantage total.

 

Image 244889 La Légende de Beowulf

 

SES RÈGLES DU JE

Enfin, ce qui achève de faire de Robert Zemeckis un auteur à part entière, ce sont bien sûr ses thématiques, éminemment cohérentes, éminemment personnelles. Le goût de l’illusion tout d’abord, celle qu’on vend aux autres, celle par laquelle on se laisse intoxiquer. Wilson de Seul au monde, les couvertures des espions de Alliés, le faux salut religieux dans Flight sont autant de rêves que poursuivent et dont s’enivrent les héros Zemeckien.

Héros qui luttent souvent contre un démon, une obsession, ou tout simplement une dépendance. En gros, des êtres qui doivent échapper à une prison mentale ou physique, via une quête du sublime. Des thématiques déjà présentes dans Retour vers le Futur (dépasser et comprendre ses origines), Roger Rabbit (vaincre son alcoolisme et le cachot du deuil pour Eddie Valiant) et qui éclatent littéralement dans ses derniers métrages.

 

Photo Brad Pitt, Marion Cotillard Alliés, ou une grande réflexion sur l'artificialité et sa nécessité

 

Dans The Walk - Rêver plus haut, dans Alliés ou dans Bienvenue à Marwen, avec plus d’insistance, de maestria technique et de grâce qu’il ne l’a jamais fait, Robert Zemeckis ausculte ces protagonistes avec une candeur qui n’appartient qu’à lui, qu’à ses univers. Cette agent double qui espère trouver le salut dans son histoire d’amour, ce funambule de l’extrême et l’artiste mutilé de Bienvenue à Marwen sont autant de preuves de la singularité de Robert Zemeckis, les doubles de cet optimiste inquiet, de ce réalisateur unique, qu’on oublie trop souvent, trop vite.

 

photoBienvenue à Marwen

commentaires

STEVE
08/01/2019 à 22:48

Effectivement relou ces spams avec les pages de publicités qui apparaissent quand on surfe sur ecranlarge.

Zemeckis et Spielberg ont ce point commun:
Une fluidité et une innovation dans les mouvements de caméra.

Sinon content de voir qu'il existe des anti-Marvel comme moi.
Je n'en peux plus des films de super-héros vampirisant tout.

jackmarcheur
08/01/2019 à 21:25

C'est pour ça que je dis bien que titrer "Robert Zemeckis est-il vraiment un sous-Spielberg ?" est vraiment maladroit de la part de l'ami Simon Riaux !

Je considere que Spielberg comme un génie de la réalisation, Ready Player One est une tuerie niveau narration, Minority Report également , et j'ai toujours peur de revoir Jaws qui m'a terrifié lorsque j'étais ado !!
Encore une fois, il ne s'agit pas de dénigrer le travail de Spielberg , qu'on aime ou pas son cinéma, il reste quand meme un des grands réalisateurs libres de faire ce qu'il veut et toujours dans la course meme à son âge.
Et il est quelqu'un de généreux puisqu'il a donné leur chance en tant que producteur, à nombre de réalisateurs à leur débuts (Bob Z bien sûr, mais aussi Joe Dante, Richard Donner, Kevin Reynolds...)

Les 2 réalisateurs sont précieux pour nous les cinéphiles, et encore une fois, les comparer est totalement hors sujet, surtout pour la sortie d'un nouveau film de Bob Z.

J'espere que Simon Riaux n'ira pas titrer lors de la sortie d'Avatar 2 : "James Cameron est-il vraiment un sous-Roger Corman?"


frencesio123 je dirais que tous font avancer le cinéma ! Sans Abyss et Terminator 2, pas de Jurassic Park, Sans Jurassic Park, pas de Gollum, sans Gollum pas de performance capture, sans performance capture pas de Marvel (yeaahhh un monde sans Marvelshit! le pied !) ...

Quisquose
07/01/2019 à 13:13

C'est vrai qu'à lire tous les commentaires, on a l'impression que Spielberg n'a réalisé que de la merde.

LordG
07/01/2019 à 00:40

"frencesio123 06/01/2019 à 18:08 Je suis totalement d'accord avec "jacklemarcheur", comme je l'ai dis dans un précédent commentaire sous un autre article : Robert Zemeckis fait avancer le cinéma."

Et Spielberg le fait reculer c'est ça, sûrement pas vu ou pas compris RPO pour sortir ce genre d'âneries.

"Il prends plusieurs années à faire un film (alors que Spielberg sort pratiquement un film par an, je parle même pas des séries et autres qu'il produit...), "

Spielberg sort un film par an, ah bon ? J'aimerais bien, c'est hallucinant de lire ce genre d'âneries mensongères encore une fois.

"alors que Zemeckis se consacre totalement à ses films, ce qui fait que ce sont des oeuvres complètes et clairement passionnées. Il écrit parfois même ses propres scénarios alors que Spielberg ne fait Que réaliser et peut accepter tout et n'importe quoi (c'est déjà arrivé). "

troisième ânerie et non des moindres, Spielberg a écrit au moins trois de ses films, et il a participé à chacun des scénarios sans se créditer bien sûr, considérant que ses idées n'ont pas d'importance au regard du travail des scénaristes qu'il a engagé pour écrire.

Quand on écrit autant d'âneries en si peu de phrases, toutes débunkées par la vérité, il vaut mieux se taire en fait.

Rilou
06/01/2019 à 20:12

À la rédaction merci pour vôtre réponse qui prouve le sérieux de votre site et qui pour moi reste l'un des meilleur sur le web

aliasniko
06/01/2019 à 19:49

Et sinon Contact, c'est réalisé par qui ?

frencesio123
06/01/2019 à 18:08

Je suis totalement d'accord avec "jacklemarcheur", comme je l'ai dis dans un précédent commentaire sous un autre article : Robert Zemeckis fait avancer le cinéma.
Il prends plusieurs années à faire un film (alors que Spielberg sort pratiquement un film par an, je parle même pas des séries et autres qu'il produit...), alors que Zemeckis se consacre totalement à ses films, ce qui fait que ce sont des oeuvres complètes et clairement passionnées. Il écrit parfois même ses propres scénarios alors que Spielberg ne fait Que réaliser et peut accepter tout et n'importe quoi (c'est déjà arrivé).
Même si on peut pas comparer les deux, je préfère Robert Zemeckis parce que son cinéma est plus personnel et intimiste. Oui, surtout en France, il est vraiment sous-estimé.

jackmarcheur
06/01/2019 à 17:59

Bonjour et Bonne Année à tous.
Je trouve que c'est un peu maladroit de comparer Zemeckis à Spielberg, quand bien même la carrière de Zemeckis est née grâce à Spielberg. L'univers et les thématiques de Zemeckis ne doit pas grand chose à Spielberg. C'est comme si vous vous mettez à comparer RZ à James Cameron ou Spielberg à Cameron , etc... Chacun a une carriere bien differente.
A ce que je sache, Back to the future est le projet de Zemeckis et Bob Gale, mais Spielberg n'est pas intervenu sur le tournage ou le scénar... (enfin je me trompe peut être), toujours est il que passé BTTF, le reste de sa filmo n'a rien à voir avec Spielberg.

Par ailleurs, c'est quand meme grâce aux experimentations de Pole Express, Beowolf et Scrooge que Spielberg a pu faire Tintin voire Ready Player One en 3D !

Enfin, Bob Z a révolutionné l'utilisation du CGI, mais pour moi, c'est justement à cause de lui que la production actuelle des Marvel domine le monde (je suis un féroce anti Marvel)...

C'est pour cela que je suis content que Bob Z revienne à la prise de vue réelle. J'ai hâte de voir Marwen , meme si c'est un flop ce n'est pas grave, du moment que le grand Bob peut continuer à tourner ses films !

Matt
06/01/2019 à 16:29

En complément, il est intéressant de constater que la réalité historique auquel les films de Zemeckis se rattachent passent souvent par le prisme déformant des écrans : les événements de Forrest Gump bien sûr mais aussi dans Crazy Days avec le concert des Beatles camouflés derrière les écrans de caméra, ou encore les rôles qu'interprètent James Woods ou John Hurt basés sur des personnages historiques célèbres.

Enfin pour faire aussi un parallèle intéressant entre Zemeckis et Spielberg, sans les avancés technologiques du Pole Express, du terrible Beowulf ou de Scrooge, il n'y aurait sans doute pas eu Tintin et le Secret de La Licorne.

Zemeckis reste vraiment sous estimé en France, la preuve avec le si peu d'ouvrage consacré à son oeuvre (mis à part et saluons le, Rockyrama qui a sorti il y a peu un No spécial sur le bonhomme).

Blop
06/01/2019 à 16:20

Zemekis est largement superieur à Spielberg à mon sens. L'un est courageux et tente les experimentations, l'autre se complait dans une zone de confort politiquement correcte. L'un arrive à me surprendre, l'autre m'ennuie la plupart du temps. Et les films de Zemekis sont tout simplement bien meilleurs.

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