Souviens-toi... l'été dernier 2 : classique de l'horreur ou plaisir coupable ?

Geoffrey Crété | 22 avril 2019
Geoffrey Crété | 22 avril 2019

Nouvelle rubrique, consacrée aux films d'horreur et slashers 100% nostalgie.

Serial killers, monstres, aliens, psychopathes, vengeances, cauchemars : pour l'amateur de films d'horreur, de thrillers et autres slashers, un paquet de films rallument de bons souvenirs régressifs.

Ecran Large revient sur ces petits classiques de l'horreur, pour se demander s'ils méritent leur statut de petit classique ou méritent d'être oubliés. Après Souviens-toi... l'été dernier dans un dossier, place à Souviens-toi... l'été dernier 2, suite de Souviens-toi... l'été dernier réalisée par Danny Cannon, où Jennifer Love Hewitt affronte à nouveau le tueur au crochet.

 

 

SOUVIENS-TOI, LE BUSINESS EST PREMIER

En 1996, Scream de Wes Craven a tout changé. Le succès critique et public (plus de 173 millions au box-office, pour un budget de 15) du premier cauchemar de Sydney Prescott a lancé une vague de films d'horreur type slasher, où un tueur trucide des bandes d'adolescents pour des raisons plus ou moins claires.

Avant d'écrire Scream, le scénariste Kevin Williamson a adapté la nouvelle I Know What You Did Last Summer de Lois Duncan, qui raconte comment quatre amis, un an après avoir accidentellement tué un jeune garçon sur une route, se retrouvent lorsqu'ils réalisent que quelqu'un connaît leur secret. Le succès de Ghostface pousse le studio Columbia à lancer à la hâte la production, après avoir modifié le scénario pour en faire une copie presque conforme.

D'où un tueur avec un crochet et une dynamique de slasher, absolument pas présents dans le livre, qui lui donnent clairement des airs de sous-ScreamSarah Michelle Gellar fait d'ailleurs le lien entre les deux, en ayant l'un des premiers rôles dans Souviens-toi... l'été dernier et en étant une des victimes mémorables de Ghostface dans Scream 2.

Le succès de Souviens-toi... l'été dernier en 1997 (plus de 125 millions pour 17 de budget) appelle bien évidemment une suite. Là encore, dans la précipitation puisqu'il sortira 13 mois après, en novembre 1998. Danny Cannon (Judge Dredd) succède à Jim Gillespie, tandis que Jennifer Love Hewitt et Freddie Prinze Jr. rempilent.

 

Photo Jennifer Love Hewitt Jennifer Love Hewitt dans sa période glorieuse

 

SOUVIENS-TOI DU MAUVAIS 

Le scénario est d'une connerie formidable. Passons sur le plan des méchants psychopathes, qui repose sur le manque de culture des héros en géographie. Passons aussi sur le titre original plus grotesque qu'autre chose ("Je sais toujours ce que tu as fait l'été dernier"). Et passons sur les apparitions bien paresseuses du croquemitaine et les jumpscares de pacotille, si bêtes que tout ça ressemble à une attraction Disney (l'ombre dans la boîte de nuit, la copine qui surgit au coin du mur, ou même Carla qui n'est pas tuée pour d'obscures raisons). 

Les personnages sont d'ailleurs traités comme des marionnettes, sans aucun égard pour leur cohérence, à l'image de la meilleure amie qui a tellement peur dans la laverie qu'elle en oublie qu'elle est arrivée par une porte ouverte, cette serveuse qui quitte le karaoké sans aucune autre raison que celle d'éveiller un faux soupçon, ou ce bon vieux Estes qui attend une heure avant de dire aux héros que Rio n'est pas la capitale du Brésil et que donc, quelque chose cloche. 

 

photo, Brandy Norwood, Mekhi PhiferDes personnages secondaires qu'on a envie de noyer

 

Le regard décalé de Wes Craven sur le genre est bien loin : ici, on est de retour dans le royaume du premier degré. En ça, Souviens-toi... l'été dernier ressemble plus à un Mortelle St-Valentin qu'à Scream. Hormis peut-être cette scène où Brandy saute sur le lit dans une sorte de parenthèse comique-puritaine parfaitement étonnante, même avec le recul.

Ce qui est consternant également, c'est le double twist : non, Ben Willis n'est pas mort dans le premier ; non, il n'a pas digéré et cherche encore à se venger ; oui, il a embarqué son fils pour ne pas le faire seul. Fils qui se fait appeler Will Benson, puisque fils de Ben Willis. Et celui-ci a donc trouvé le temps et les raisons de s'immiscer dans la vie de Julie, devenir son ami, la séduire délicatement, l'amener sur une île avec un faux jeu concours après avoir calé le voyage sur le passage d'un ouragan, pour finalement révéler la supercherie et présenter son papa à la fin. Tout ça pour l'idée formidable d'une vengeance mûrement réfléchie et bien moisie.

 

photo, Souviens-toi... l'été dernier 2En voilà une scène médiocre

 

Que Kevin Williamson, trop occupé par Scream 3The FacultyHalloween : 20 ans après et Mrs. Tingle, ait laissé la place à un autre scénariste (Trey Callaway), n'a probablement pas aidé. Car lui avait un sens certain du suspens, un second degré souvent irrésistible, et un talent pour dessiner des personnages stéréotypés mais solides. Rien de tout ça n'est au menu ici.

Souviens-toi... l'été dernier 2 est donc une petite promenade bien facile et ridicule dans le monde des slashers, avec ses personnages secondaires minables, ses mises à mort intercalées pour garder le spectateur éveillé, et un film qui ne semble jamais très sûr de lui (de Julie qui perdrait la tête à Estes et son vaudon, bien des pistes laissés en suspens).

Notons d'ailleurs qu'une suite, intitulée I'll Always Know What You Did Last Summer ("Je saurai toujours ce que tu as fait l'été dernier"), a un temps été lancée, avec les acteurs principaux. Tout sera finalement abandonné et remplacé par Souviens-toi... l'été dernier 3, un vieux DTV dont tout le monde se fout.

 

Photo Jennifer Love Hewitt, Brandy Norwood Avoir peur oui, mais avec des seins

 

SOUVIENS-TOI DU BON 

Souviens-toi... l'été dernier 2 n'est pas le premier et encore moins le dernier slasher à briller par sa bêtise et ses grosses ficelles. Ce n'est donc pas une raison de le bouder, du moins pour tout amateur du genre.

Le plaisir vient ici du cadre de huis clos en plein, sur une île en pleine tempête, qui créé un climat réjouissant digne d'un Cluedo sanglant. L'idée de sortir des habituelles maisons et rues de petites villes américaines donne un souffle bienvenu au genre, et rend le cauchemar bien plus ludique et exotique. La tempête qui arrive, les isole et rend les lieux déserts est la cerise sur le gâteau pervers et un brin grotesque.

 

photoLe grand méchant Hook

 

Il y a aussi quelques scènes très amusantes, comme celle de la cabine à UV (une idée que Destination finale 3 reprendra), la verrière ou l'irrésistible "Non, ce n'est pas ma main que tu tiens". Le scénario étant naze, et les personnages creux, le seul intérêt réside dans le petit plaisir pris avec le décor. Et Danny Cannon s'en sort bien. Une fois la lumière éteinte et la pluie lancée, l'ambiance est particulièrement amusante, et donne à l'île des air de maison hantée. Et si la mise en scène des meurtres est d'une banalité qui semble hilarante avec le recul, le réalisateur sait filmer et emballer la chose avec un minimum de savoir-faire.

Il y a quelque chose de touchant également à voir Jennifer Love Hewitt jouer cette pauvre Julie James au premier degré, comme Neve Campbell dans la série des Scream. A fleur de peau, assumée dans ce rôle de petite chose fragile, l'actrice correspond parfaitement au stéréotype de la demoiselle en détresse mais pas trop des années 90, ultra-sensible mais aussi ultra-coriace lorsque le cauchemar lui tombe dessus, encore et encore. Avec la bande originale très nineties, elle est une passerelle vers la nostalgie pure.

Enfin, dernière raison : la présence absurde et digne du Saturday Night Live de Jack Black en dealer à dread, et son "C'est tout boooonnn..." en VF. 

 

photo, Brandy Norwood, Jennifer Love Hewitt Trois filles et une hache

 

VERDICT

Souviens-toi... l'été dernier 2 n'est donc pas vraiment un bon film, loin de là. C'est même un slasher très moyen, pas bien malin ou inventif ou généreux. Pâle copie de Scream conçue pour de mauvaises raisons dans de mauvaises conditions, pâle copie d'un Souviens-toi... l'été dernier qui n'était déjà pas bien solide, cette suite penche vers le plaisir bien coupable.

Il n'y aura que le un doux parfum nostalgique, pour quiconque a écarquillé les yeux et frissonné devant les slashers des années 90, pour sauver le film. 

 

Affiche

commentaires

Maurice Escargot
22/04/2019 à 19:19

C'est vrai que ce twist, sérieux... Et la façon dont l'acteur le déclame en séparant bien les syllabes ("Benson... Ben... SON !!!").
Palme du twist le plus teubé du genre, haut la main.

Sharko
22/04/2019 à 18:04

Jennifer Love Hewitt est une mauvaise actrice mais ses yeux de biche, son jolie minois, sa petite hauteur, sa taille fine et sa sublime poitrine généreuse ont fait qu'il était impossible d’être objectif.

Zanta
22/04/2019 à 14:28

L'affiche qui éclaire tous les visages des protagonistes, sauf pour l'héroine, qui a droit à un plan "large". ..
C'est quand meme bien fichu, le marketing.

TheJoker
22/04/2019 à 13:10

Ils auraient vraiment dû s'arrêter au premier.

jorgio69
22/04/2019 à 12:01

Tout ce que je me rappelle de ces films était la ravissante poitrine de Jennifer Love Hewitt.
C'est dommage pour cette actrice que la grande majorité des rôles de sa carrière qu'on ait voulu lui proposer soient en rapport avec son physique aussi charmant soit-il.

zetagundam
22/04/2019 à 11:59

"Jennifer Love Hewitt est une plaie"

Cela dépend à quel point de vue ^^'

Decker
22/04/2019 à 10:58

Jennifer Love Hewitt est une plaie, son seul fait d'arme est d'avoir campé un personnage si risible dans Souviens toi... qu'il inspira celui d'Anna Faris dans Scary Movie, à peine plus surjoué que l'original.

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