Tomb Raider : pourquoi c'est une adaptation ratée de Lara Croft en 8 raisons

Créé : 23 mars 2018 - Geoffrey Crété
Geoffrey Crété | 23 mars 2018
Photo Alicia Vikander
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Retour sur Tomb Raider, la nouvelle adaptation des aventures de Lara Croft menée par Alicia Vikander.

Il y a eu Angelina Jolie, dans Lara Croft : Tomb Raider et Lara Croft : Tomb Raider - Le Berceau de la vie. Il y a désormais Alicia Vikander, qui enchaîne elle aussi son Oscar avec le rôle de Lara Croft dans une nouvelle tentative d'adapter les célèbres jeux vidéo.

Alors que le film est sorti en France depuis le 14 mars, avec un démarrage un peu timide au box-office, retour sur la superproduction de Roar Uthaug. Avec une grande question : pourquoi est-ce une adaptation peu satisfaisante ?

ATTENTION SPOILERS

 

 

L'AMBIANCE

Depuis le tout premier épisode en 1996 jusqu'au récent Rise of the Tomb Raider, les aventures de Lara Croft ont un grand point commun : l'isolement et la solitude. L'aventurière a toujours eu des acolytes plus ou moins présents, des antagonistes plus ou moins collants, mais la saga repose sur une exploration solitaire, écrasée sous le poids du silence des tombeaux, avec des animaux sauvages et autres créatures comme principaux compagnons de route.

Tomb Raider version 2018 échoue pleinement de ce côté. Hormis une fuite à travers la jungle qui se termine en gigantesque reprise du reboot sur consoles de 2013, le film refuse à Lara Croft toute solitude. La faute à une construction de blockbuster basique, qui fournit des personnages secondaires pour offrir dialogues et explications, par peur d'ennuyer le spectateur et devoir assumer la nature même du personnage. Il n'y a qu'à voir Lu Ren et ce groupe de figurants anonymes, ou encore les soldats de Trinity, pour constater que tout ceci relève plus du remplissage (de l'écran, du dialogue), que de l'intérêt dramaturgique.

La séquence de fuite en question est d'ailleurs très parlante puisqu'après avoir échappé à la mort plusieurs fois, Lara Croft passe une première nuit en solo dans la jungle. Le film lui offrira vite un ennemi à taper, puis un père à pourchasser, lequel signera la fin absolue de tout espoir de silence respectueux, attendu par tout fan de la saga. Avec ça, l'impression de voir l'aventurière coincée dans un décor trop peuplé, et trop loin de son âme originale.

 

Photo Alicia Vikander

 

L'EMERVEILLEMENT

Autre signature de la saga : sa capacité à éblouir. L'Atlantide fou de Tomb Raider, le Maria Doria halluciné de Tomb Raider II, la cité perdue de Tinos dans Tomb Raider IIIUnderworld avec son temple en Thaïlande et ses statues immergées dans l'océan Arctique, ou encore la vallée perdue de Rise of the Tomb Raider : chaque épisode aura offert des images sensationnelles, aux dimensions étourdissantes, qui replacent Lara Croft dans une mythologie et un univers fantastiques.

Et si le reboot de 2013 qui a clairement servi de base au film avec Alicia Vikander est parmi les plus sobres de la franchise, il avait néanmoins fourni une vraie dose d'émerveillement autour des pouvoirs de la reine Himiko, notamment capable d'influencer la météo, tout en exploitant le décor unique de l'île de bien des manières. Mais le film de Roar Uthaug échoue à faire de Yamataï un bon décor de film d'aventure : hormis une porte de tombeau et un long couloir de pièges un peu artificiels, Tomb Raider version 2018 se détourne de l'aspect magique et merveilleux pourtant inscrit dans l'ADN des jeux.

 

Underworld

 

LA MUSIQUE

Demandez à un gamer qui aime et connaît Tomb Raider : la musique est indissociable des aventures de Lara Croft et ce depuis ses débuts en 1996. Qui a pu oublier les mélodies de Nathan McCree, comme le thème magique du premier Tomb Raider ? Qui pourrait dire que Peter Connelly, qui l'a remplacé sur La Révélation finale, n'a pas composé de magnifiques morceaux ? Même l'accident industriel L'Ange des ténèbres est doté d'une superbe bande originale, composée par Connelly et Martin Iveson, qui ont pu terminer leur travail en marge des nombreux problèmes de production, et avec des moyens spectaculaires.

Par la suite, Troels Brun Folmann (Legend, Anniversary) et Colin O'Malley (Underworld) ont apporté leur pierre à l'édifice Tomb Raider avec des thèmes particulièrement épiques, notamment sur Underworld qui recelle de morceaux grandioses.

Le nouveau film Tomb Raider se rapproche du reboot sur consoles de 2013, où le compositeur Jason Graves avait livré une bande originale plus discrète, et très loin d'avoir une place au premier plan comme dans les précédents épisodes. Sauf que le rendu est encore plus faible, puisque noyé dans une bande originale ou outrageusement mise en avant (les tristement ordinaires morceaux pop dans les scènes à Londres), ou clairement releguée au second plan. C'est d'autant plus triste que Junkie XL avait su insufler une belle dose d'épique dans la musique de Mad Max : Fury Road, ou offrir de belles mélodies à Batman v Superman : L'Aube de la justice (en collaboration avec Hans Zimmer).

 

1996 Lara Croft

 

LE SURNATUREL

Là encore, le film a oublié que Tomb Raider a toujours entretenu un rapport étroit avec le fantastique, sous une forme ou une autre. Le Scion, la dague de Xian, les météorites mystérieuses, la libération de Seth, le Nephilim, l'épée du roi Arthur, le marteau de Thor : chaque épisode aura rejoué la rencontre entre Lara Croft et une forme de magie.

Le nouveau film Tomb Raider reprend les grandes lignes du jeu de 2013, avec une île mystérieuse où a été enterrée Himiko, une reine mythique aux pouvoirs immenses. Suggéré régulièrement dans l'aventure, le caractère fantastique de l'île et Himiko était frontalement montré dans le climax. Dans le film avec Alicia Vikander, l'idée est reprise pour mieux être tordue à la fin : Lara Croft comprend que Himiko n'est ni une sorcière, ni une méchante, mais une pauvre femme porteuse d'une terrible maladie. Un mal qui est parfaitement surnaturel par sa violence, mais qui est clairement présenté par les personnages comme l'anti-magie, avec une série de dialogues sur la frontière entre le surnaturel et le réel. Qu'un personnage pointe du doigt le mécanisme derrière le sursaut attendu de Himiko, le confirme.

Ce choix de revenir sur les sentiers de la raison, plutôt que du fantastique comme assumé par Lara Croft : Tomb Raider et Lara Croft : Tomb Raider - Le Berceau de la vie, pousse Tomb Raider 2018 vers des territoires plus classiques, et loin de s'inscrire dans l'héritage de la franchise.

 

Photo Alicia VikanderLa couleur de la vie, la couleur de l'ennui

 

L'ACTION

Si Tomb Raider de Roar Uthaug marque bien quelques points, c'est dans son vif désir d'offrir de la tombe, des pièges, et des frissons indissociables des aventures de Lara Croft - et trop absents des précédents films. Le film consacre ainsi son troisième acte à l'exploration du tombeau de Himiko, à coup d'énigmes, pièces meurtrières et passages dangereux - chose que même le jeu de 2013 avait du mal à assumer.
 
L'intention est louable, mais ce couloir obscur se résume finalement à une suite de décors artificiels, mal reliés entre eux, et aux difficultés toutes relatives. De quoi se placer très loin de l'héritage des jeux, qui auront offert une somme affolante de séquences spectaculaires et montées d'adrénaline mémorables.
 
A côté de ça, le désir de coller au plus près du reboot de 2013 est à double tranchant tant le film se révèle scolaire. Au-delà de l'amusante séquence où Lara Croft fuit dans un passage qui remixe la rivière, l'avion et le parachute, les passages où elle s'infiltre, utilise son arc et se bat manquent d'ampleur. Sans oublier quelques moments un brin ridicules, comme lorsque Lara effectue un saut au dessus du gouffre pour se positionner face à Vogel, prête à se battre, alors qu'un simple coup dans l'échelle aurait éliminé son ennemi. Niveau action et sensations fortes, Tomb Raider se place donc comme une pâle proposition.
 
 

Photo Alicia Vikander, Daniel Wu Le fameux arc, finalement peu utilisé

 

L'HUMOUR

Certes, Lara Croft a toujours eu un certain humour incisif, prête à dégaîner une petite phrase cinglante, entre mépris déguisé et second degré amusé. Chose illustrée dès sa première apparition dans la cinématique d'intro du premier jeu, où elle s'amuse de la bêtise de Larson.
 
Mais dans le film, l'humour n'est ni drôle, ni équilibré. Il n'y a qu'à voir les deux scènes avec Nick Frost pour constater qu'il y a un problème d'harmonie au sein du film, de toute évidence lancé dans une opération de séduction vers le public le plus large possible, qui pourrait éventuellement ne pas supporter l'absence de rires gras et bas du front dans un film d'aventure. Autant dire que ces quelques tentatives de rire sont au mieux oubliables, au pire ridicules, et capables de court-circuiter le film.
 
 

Tomb Raider II Lara Croft Dernière petite blague meta de Lara dans Tomb Raider II

 

L'UNIVERS

Si le film de 2018 a donc bien utilisé le jeu de 2013 comme base, contrairement aux deux films avec Angelina Jolie qui n'adaptaient aucune histoire de la saga, c'est aussi pour y puiser des choses problématiques. Parmi elles : la place de Trinity, cette obscure organisation évoquée dans Tomb Raider, omniprésente dans Rise of the Tomb Raider, et qui sera vraisemblablement de retour dans Shadow of the Tomb Raider, annoncé pour septembre prochain.
 
Sans surprise, le nouveau film utilise Trinity comme un effet d'annonce pour une éventuelle suite, et recycle le personnage d'Ana, belle-mère de Lara aux intentions troubles (incarnée par Kristin Scott Thomas). L'idée n'est pas forcément gênante, sauf qu'elle pompe trop d'énergie à l'histoire, et crée une diversion pas nécessaire dans la dernière partie, qui prend ainsi le temps d'installer de nouveaux éléments sans les traiter un seul instant. Pour un film qui aura tant rechigné à creuser la mythologie de Yamati et Himiko, et offrir une vraie dimension à son aventure, le joker Trinity semble très précoce.
 
 

Photo Alicia VikanderAlicia Vikander face à la compta de Trinity

 

LARA CROFT ELLE-MÊME

Passons la pseudo-polémique sur le choix d'Alicia Vikander qui, en plus d'être une solide actrice, correspond à la Lara Croft nouvelle. Si Angelina Jolie était une incarnation idéale de l'héroïne-fantasme version années 90, Vikander en est le miroir parfait adapté aux derniers jeux vidéo où Lara Croft est devenue une femme plus fine, athlétique et réaliste.

En revanche, la question de sa personnalité se pose. Que le film choisisse de lourdement insister sur la vie de Lara à Londres, où elle est coursière à vélo puisqu'elle refuse l'héritage de son père, est compréhensible au vu des codes classiques hollywoodiens. En revanche, la place donnée à son père, interprété par Dominic West, interroge. Fallait-il à ce point créer la célèbre héroïne par rapport à une figure paternelle qui n'aura jamais été si présente dans les jeux ?
 
 

Photo Angelina JolieLara Croft version Angelina Jolie

 
Les parents de Lara Croft ont bien sûr été importants dans son histoire, au fil des réécritures, de la biographie dans le livret du premier jeu jusqu'à la quête de sa mère dans Legend et Underworld. Richard Croft était d'ailleurs au coeur de Rise of the Tomb Raider, puisque Lara poursuivait ses travaux et découvrait la vérité sur sa disparition. Mais le film choisit de faire du père un personnage à part entière, qui domine l'existence et les choix de l'aventurière, lui dicte ses instincts, et contre lequel elle lutte pour se trouver et s'accepter. Un parti pris bien simpliste qui n'est pas loin du contre-sens face aux versions sur consoles.
 
Que le film emprunte cette ficelle paternelle au premier Lara Croft : Tomb Raider avec Angelina Jolie, où elle donnait la réplique à son propre père Jon Voight pour trouver l'aventure et finalement la solution, témoigne bien du côté old school de ce Tomb Raider tout neuf, qui laisse un arrière-goût de renfermé. En somme, encore une déception pour de nombreux fans.
 
 

Affiche

commentaires

Xatharius
12/10/2018 à 04:16

Perso, j'ai pas beaucoup joué au jeux. Meme si je connais un peu cette univers. J'ai vue le film et je l'ai trouver un peu vide, je trouve le scénario un peu trop simple. Apparemment il n'ont pas prévue de 2eme opus et sa se comprend. Mais si jamais il en font un autre, sa sera pas la meme actrice. Et c'est sa qui casse un peu l'univers de lara croft. Il faut gardé toujours le meme acteurs pour ce genre de personnages mythique. Il y a eu de l'action, mais c'est tout, Entre lara et son pere, et il parle d'une organisation dont personne ne connais les employer, ni le patron, en gros c'est un peut raté. Si vous voulez faire un film de ce genre, faite le serieusement.

p'titjean
10/07/2018 à 11:09

perso, m'en fous du jeu. Je ne joue pas je n'aime pas les jeux.

Mais j'ai pas mal apprécié ce film qui me fait penser à la série Indiana Jones (même si je préfère les Indiana Jones).

Qualopec
09/07/2018 à 17:06

@Manon

Oh mince, j'ai joué au(x) jeu(x) un paquet de fois, et je trouve ce film mauvais. On fait quoi du coup ? On fait un combat de qui est le vrai gamer, ou t'acceptes juste "franchement" qu'on peut aimer le dernier jeu et trouver l'adaptation moisie ?

Manon
09/07/2018 à 14:04

Franchement ceux que n’aime pas le film vous avez pas joué au dernier jeu parce que elle reprend le jeu parfaitement et puis Alicia Vikander et génial dans ce film elle ressemble beaucoup à la Lara des nouveaux jeux. Perso j’ai adorée le film et j’espere vivement qu’il y aura une suite

Xav
27/06/2018 à 22:20

Perso ayant fait le jeu , jai adoré ce film et je l ai trouvé similaire au jeu dans les scene d action manquait plus que la manette , pour l actrice pour moi elle est au top et ressemblante au dernier personnage du jeu, apres chacun ses gouts.

MERDE
23/06/2018 à 08:04

Les gars qui ragent contre ce film arretez de raler contre on sen fout du lien avec les jeux
SRX pour moi c'est un tres bon film et vous vous dites " oh ouais, elle a pas une poitrine tres voluptueuse" STOP allez vous enfermez dans votre chambre et REGARDEZ DES PTN DE FILMS
DONC ON VA SE CALMER OK

chazarius
06/04/2018 à 12:31

Je n'ai pas vu le film, et je ne sais pas si je le verrais, car je trouve que le choix de l'actrice ne correspond pas du tout à l’héroïne du jeu. Le coté fantasmagorique sexuelle de Lara croft n'est pas la. (Poitrine non voluptueuse, silhouette trop sportive et musclée, visage enfantin).
Angélina Jolie et Rhona Mitra correspondaient vraiment à lara croft. Dommage que les 2 précédents film soient si décevant)

Tomb killer
29/03/2018 à 01:55

J’ai adorer le film ceux qui ne l’aime ne dois pas jouer au jeux vidéo souvent

Jimmy_84921
26/03/2018 à 22:32

j ai bien aimer le nouveaux tombe raider

MassLunar
26/03/2018 à 12:59

Quel dommage ce film... mais quel dommage... Le seul point positif, c'est l'interprétation de Vikander, mal desservie par un scénario jouant la carte inutile et cliché de la figure paternelle et une technique beaucoup trop superficielle. Cela dit, je trouve que cette remarquable actrice a, par sa volonté, poser les bases d'une adaptation demeurant prometteuse malgré tout.

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