Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal mérite t-il toute cette haine ?

Geoffrey Crété | 15 mars 2021 - MAJ : 04/06/2021 15:19
Geoffrey Crété | 15 mars 2021 - MAJ : 04/06/2021 15:19

Indiana Jones 4 peut-être il réévalué et défendu ?

Les Dents de la mer, E.T. l'extra-terrestre, Rencontres du troisième type, Jurassic Park, La Liste de Schindler, La guerre des mondes, jusqu'aux récents Pentagon Papers et Ready Player One, sortis la même année : Steven Spielberg est incontestablement un demi-dieu hollywoodien, qui a bercé les rêves et cauchemars de générations entières.

Indiana Jones tient une place de premier ordre dans sa carrière... du moins jusqu'au quatrième opus, sorti en 2008. Massivement rejeté, critiqué, moqué, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal mérite t-il d'être réévalué ?

 

 

L'ARC PERDU

Les Aventuriers de l'Arche Perdue en 1981, Indiana Jones et le Temple Maudit en 1984, Indiana Jones et la dernière croisade en 1989. L'aventurier incarné par Harrison Ford appartient à une autre époque, révolue pour certains, et loin de correspondre au paysage hollywoodien de 2008, année où sortira un Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal considéré par beaucoup comme un ratage.

Le retour du héros imaginé par George Lucas au début des années 70, puis développé quelques années plus tard avec Steven Spielberg qui rêvait alors de réaliser un James Bond, était pourtant discuté dès les années 90. Avec une intention claire qui a survécu aux années et différentes versions du scénario : rendre hommage aux vieux films de science-fiction.

 

Photo Harrison FordLes Aventuriers de l'arche perdue

 

Il n'y a qu'à lire une des versions du scénario de Jeb Stuart datée de 1995, intitulée Indiana Jones and the Saucer Men from Mars (Indiana Jones et les petits hommes verts de Mars), pour voir combien l'ADN du projet a peu évolué : abandonné par sa future épouse devant l'autel, l'aventurier devait la poursuivre alors qu'elle partait à la demande du gouvernement sur la piste de mystérieux cylindres aliens au Nouveau Mexique. Indiana Jones y affrontait des Russes, des fourmis légionnaires (une idée abandonnée de La Dernière Croisade selon Lucas) et des aliens aux pouvoirs psychiques, survivait à une explosion nucléaire dans un frigo, et se battait sur une rampe d'essai de missile. Soit un résumé grossier d'Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal.

George Lucas engage Jeffrey Boam, scénariste d'Indiana Jones et la dernière croisade, et les versions s'enchaînent sous le regard circonspect de Spielberg et Harrison Ford, peu emballés par la perspective d'un épisode avec des aliens. La sortie d'Independence Day en 1996 donne une raison officielle d'abandonner l'idée.

 

Photo Steven Spielberg, George LucasGeorge Lucas et Steven Spielberg

 

LA NOUVELLE CROISADE

2000. Steven Spielberg repense à Indiana Jones lorsque son fils lui demande quand arrivera un nouvel épisode. Il évoque l'idée avec Harrison Ford, George Lucas, Kathleen Kennedy et Frank Marshall et très vite, la bande retrouve l'enthousiasme. La quête d'un scénariste sera compliquée, avec notamment un essai avec M. Night Shyamalan qui ne donnera rien. Alors présenté comme le nouveau Spielberg suite au succès de Sixième sens, il expliquera en interview à SciFi.com en 2002 : "On m'a demandé, mais ça n'a pas marché... avec tout le monde. C'était quelque chose de très, très compliqué de nous réunir tous les quatre, avec George Lucas, Steven Spielberg et Harrison Ford, et nous mettre d'acord. Je ne pense pas que c'était la chose à faire pour moi."

La situation semble s'arranger avec Frank Darabont en 2002. Le réalisateur et scénariste de La Ligne verte et Les Evadés écrit Indiana Jones and the City of Gods, qui reprend de nombreux éléments des versions des années 90 (des aliens, des fourmis, des agents soviétiques, le frigo), mais avec de nouveaux éléments : le retour de Marion (Karen Allen), les fameux crânes de cristal (qui devaient servir pour un épisode jamais fait de la série Les Aventures du jeune Indiana Jones) ou encore le professeur Oxley.

Lors du climax, un alien proposait aux élus d'exaucer leurs souhaits : celui qui voulait restaurer la grandeur du nazisme voyait son cœur arraché par un faux Hitler, celui qui voulait être craint de tous était transformé en grenouille empoisonnée, et le cerveau de celui qui voulait tout savoir fondait (idée finalement reprise dans le film). Indy, lui, était sauvé par Marion, et réalisait que seul son amour comptait : il détruisait le crâne, provoquant le décollage du vaisseau enfoui et épousait finalement Marion.

 

Photo Karen Allen, Harrison FordHarrison Ford et Karen Allen dans Les Aventuriers de l'Arche Perdue 

 

Spielberg aime, semble prêt à se lancer, mais George Lucas n'est pas de son avis, et les deux hommes ont pour principe de ne pas avancer s'il y a désaccord. Darabont en gardera un souvenir amer, et dira à MTV en 2007 que l'expérience a été douloureuse, et que Lucas est fou.

Spielberg propose d'engager David Koepp, scénariste de Jurassic Park et La Guerre des mondes, et c'est là que l'antagoniste devient une femme, que les Nazis sont remplacés par des Russes, et que le personnage de Mutt Williams arrive. Darabont avait proposé que Marion et Indy aient une fille de 13 ans, mais l'idée avait été écartée. Indiana Jones and the City of Gods devient alors Indiana Jones and the Kingdom of Crystal Skulls

 

Photo Shia LaBeouf Le fils d'Indiana Jones aurait pu être une fille

 

INDY LE MAUDIT

Si Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal a déçu et exaspéré de nombreux fans dès sa sortie, le phénomène a été amplifié par les déclarations de l'équipe. En 2010, Shia LaBeouf partage son ressenti avec The Los Angeles Times, et considère que le public est suffisamment intelligent pour savoir quand un film est raté. Il affirme que Harrison Ford partage son opinion et qu'il est lui aussi mécontent du quatrième opus. LaBeouf assume sa part de responsabilité et l'éventualité d'un coup de fil de Spielberg  suite à ses mots, mais il insiste pour dire que le cinéaste reste un génie, qui devrait donc n'avoir aucun mal à reconnaître l'échec.

Ce à quoi Harrison Ford répondra dans une interview avec Details : "Je pense qu'il a été un sacré idiot. En tant qu'acteur, je pense que c'est mon devoir de défendre un film sans passer pour un abruti. Shia est ambitieux, attentif, talentueux, et il apprend comment gérer une situation unique et compliquée".

En 2011, Spielberg explique à Empire qu'il comprend ceux qui n'ont pas aimé le MacGuffin des crânes de cristal puisque lui-même n'a jamais aimé l'idée. "George et moi avons eu de grandes disputes sur ça. Mais je suis loyal envers mon meilleur ami. Quand il écrit une histoire en laquelle il croit - même si je n'y crois pas - je tourne le film comme il l'a envisagé. J'ajouterai ma petite touche, je choisirai les acteurs, je filmerai comme je veux, mais je serai toujours du côté de George pour l'histoire. Je ne le combattrai jamais sur ça". Et assume au passage sa part dans l'histoire en déclarant que l'idée du héros dans le frigo est de lui. "Blâmez-moi, Ne blâmez pas George. C'était mon idée stupide".

George Lucas, lui, restera à défendre son bébé. A USAToday, après la sortie du film, il dira : "Quand on fait un film comme ça, une suite très attendu, les gens s'attendent à quelque chose d'incroyable. Et ce n'est pas le cas. Ce n'est qu'un film. (...) Comme avec La Menace fantôme, les gens ont tendance à être plus durs. On ne reçoit pas beaucoup d'éloges avec un film comme ça. On ne peut que perdre".

 

Photo Karen Allen, Harrison FordPromenade en famille

 

LA FIN OU PRESQUE

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal est-il donc si affreux, même avec quelques années de recul ? La réponse penche vers le oui. Déjà parce que le quatrième épisode semble bien pâle en terme d'action et d'imagination comparé aux précédents. Hormis une très amusante séquence d'introduction dans le fameux hangar aperçu à la fin des Aventuriers de l'Arche Perdue, le film aligne des scènes bien simplettes (la poursuite entre voiture et moto dans la ville) et des rendez-vous un peu manqués (l'exploration du cimetière qui, hormis quelques gymnastes et scorpions numériques, manque d'idées).

L'idée de ramener Karen Allen pour consolider la vie personnelle du héros est jolie, mais Marion n'a finalement pas grand chose à faire, tout comme le fiston incarné par Shia LaBeouf. Même chose pour Cate Blanchett qui sous ses airs amusants de méchante de BD (perruque, épée, pouvoirs psychiques et accent russe), demeure trop unidimensionnelle et sage pour emballer.

Impossible évidemment de ne pas s'attarder sur le couloir d'action au milieu du film, où les héros fuient dans la jungle, poursuivis par les méchants russes. Véhicules lancés à toute vitesse, combats à mains nues ou à l'épée, passage serré sur une falaise, sauvetage à base de lianes, rencontre peu ragoûtante avec une armée de fourmis féroces, conclusion épique sur un tronc bien pratique : sur le papier, c'est du pur Indiana Jones, aussi drôle qu'épique, qui rappelle La dernière croisade. En réalité, c'est une marée d'images de synthèse plus ou moins laides, qui transforme ce moment de bravoure en gêne estampillée Hollywood.

 

Photo Cate BlanchettCate Blanchett en antagoniste pas bien mémorable 

 

Le climax est à l'image de cette longue scène. D'un côté, une débauche d'effets spéciaux : des pierres et trésors qui s'envolent dans un tourbillon surnaturel, une Cate Blanchett qui s'évanouit dans un éclair de lumière, une pyramide qui s'écroule, un vaisseau qui décolle, un raz-de-marée qui remplit une cuvette. De l'autre côté, une bien maigre réalité : les héros sautent à travers une porte, attendent sur des marches, se pressent dans un couloir, remontent avec de l'eau et tombent sur le sol sans trop d'inquiétude. La fin du Royaume du Crâne de Cristal souffre d'une mollesse certaine.

Le premier plan du film, avec la bestiole numérique et futur running gag qui entretient la tradition du clin d'œil au logo Paramount, annonçait la couleur numérique du blockbuster, qui se confirmera donc par la suite. C'est d'autant plus dommage que le film a la bonne idée d'assumer clairement l'âge de Harrison Ford dans les dialogues, et notamment dans la scène dans le hangar (Indy qui évoque le temps qui a passé, se loupe lorsqu'il veut atterrir dans la voiture d'Irina).

Il y a aussi une petite boutade sur la nature même de la superproduction, lorsque le héros demande à Mac, le traître ridicule incarné par Ray Winstone, les raisons de son retournement de veste. "Qu'est-ce que je peux dire... Je suis capitaliste, et ils paient", rétorque t-il, en montrant du doigt les Russes... mais aussi l'écran. De là à y voir un message sur l'industrie, il n'y a qu'un pas.

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal a donc logiquement déçu, moins parce qu'il est un mauvais blockbuster (le spectacle reste assuré, dira t-on) qu'un mauvais Indiana Jones. Avec un cinquième film prévu pour juillet 2020 (enfin, 2022 maintenant), le public et les fans peuvent donc patienter, emplis de peur et d'excitation, mais avec la jurisprudence Crâne de Cristal pour se prépaprer à l'épreuve.

 

Affiche

Tout savoir sur Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal

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commentaires
Lepetitbreton
16/07/2021 à 21:50

J'ai toujours aimé et défendu ce film qui promettait une trilogie de la science après une trilogie du mystique. Comme tout le monde je regrette certains choix artistique (la photo du film est a mon sens ratée), mais l'ensemble a son charme a condition d'oublier les FX numériques trop présents. PS: ya une coquille dans le titre de l'article :p

Ethan
22/03/2021 à 17:08

@SimaoDoBrasil @Kyle
C'est carrément ça !

Au fond un nouvel Indy avec Ford on a envie d'y croire mais le 4 et ce film qui traîne depuis 5 ans fait que ça sent pas bon. Le réalisateur de Le Mans 66 a l'air pourtant pas mal.

Quand je dis qu'on pourra plus voir dans le style d'antan, je pense qu'il faut pas compter sur James Mangold qui fait des films avec avec les effets numériques

Kyle Reese
17/03/2021 à 18:42

Revu le premier tier, pas tenu ensuite car fatigué. Bref j’aime bcq le début en fait jusqu’à l’arrivée de Marion. Les bémols, le rendu de la photo. Je ne sais pas si le film a été tourné en numérique mais je trouve l’étalonnage bizarre.
Les hautes lumières sur la peau sont teintés rose. Pas raccord du tout avec les superbes photos des précédents. Ensuite, la différence flagrante entre les mouvements vif du cascadeurs et ceux de Ford. On voit bien que ce n’est pas lui et on dirait 2 personnages différents, c’est limites choquant et ça ne fonctionne pas. Les cascades auraient dû être un peu mieux adaptés à l’âge supposé du personnage. La musique, qui ne me semble pas avoir évolué.
Je trouve que Shia Leboeuf est pas mal.
Je ne peux parler de la suite mais de souvenir ça dégénère pas mal niveau sfx, humour etc même si le thème des ET est pas si mal amené ainsi que leur influence psychiques.

Pat Rick
16/03/2021 à 12:16

A revoir, mais j'ai toujours trouvé que ce 4ème opus se fait méchamment défoncer.

caribou
16/03/2021 à 11:48

D'acccord avec Tuk
Au moins celui ci assume son délire fantaisiste.

SimaoDoBrasil
16/03/2021 à 11:40

Sans être une bouse immonde, ce n'est vraiment pas bon. Presque 20 ans après la Dernière Croisade, la magie n'opère plus vraiment et malgré quelques tentatives (certaines réussies) de faire revivre l'ambiance des opus précédents, ben on n'est plus à fond dedans.
Je rejoins ceux qui contestent que c'est la faute au numérique et aux fonds verts. C'est plus selon moi la faute au manque de scènes impactantes, à trop de clins d’œil inutiles aux précédents opus et à des personnages non charismatiques. Mais il est clair les SFX desservent complètement le film, à vouloir trop en faire pour être "au niveau" des autres superproductions. Avatar sorti l'année d'après me fait un peu mentir, mais un décors numérique avec de vrais bonhommes dedans se ressent. Cela peut être des fois très bien fait, mais là ce n'est pas le cas, on voit des polygones, pas un décors. Et c'est trop propre. Le côté "sale" du tournage en vrai décors participait énormément à l'ambiance des autres. Et puis ces scènes de lianes et de fourmis, ah là là...
Concernant la fameuse scène du frigo, bah elle n'est là que pour faire écho à Retour vers le Futur (prod. Spielberg) qui avait à la base un frigo comme machine à voyager dans le temps. Par contre, elle pose problème car le fait de demander au spectateur d'accepter que le héros échappe à une explosion nucléaire grâce à ça rend le reste du film insipide, on se dit que rien de grave ne peut arriver, et l'action rebondit sur le spectateur sans jamais l'imprégner. On regarde sans être impliqué. Et c'est triste.
Le tout début du film fonctionne plutôt bien, l'intro de Ford en ombre qui remet son chapeau a foutu la banane à tous les fans. Mais l'exposition de la Guerre Froide et des Russes comme nouvel ennemi est un peu rentrée au chausse-pied, il aurait pu peut-être y avoir à la place un groupuscule Nazi encore en activité, on aurait été dans la continuité du 1 et 3 (avec Marion dans l'histoire en plus). Après on enchaine les scènes sitôt vues sitôt oubliées, jusqu'à un dénouement final bof bof. L'ajout de Marion reste anecdotique, tout comme son fils, qui ne reprend même pas le flambeau. On est loin du duo Ford / Connery hélas.
Le fait d'avoir comme intrigue la quête des aliens et leur savoir de l'univers, ça n'a pas non plus dû aider. Sur le papier pourquoi pas, le fantastique fait partie de la saga. Mais là, on n'est plus sur une légende obscure avec la relique trouvée à la fin, ils ont la relique (le crâne) assez rapidement dans le film et le fait de voir les aliens à la fin aussi directement est une erreur selon moi, ça casse le mystère. C'est comme s'ils avaient fait apparaître le Christ à la fin de la Dernière Croisade.
Je suis juste reconnaissant au film, après m'avoir cassé le moral peu à peu, de m'avoir provoqué un fou rire final, avec cette délicieuse tirade de l'"espace entre les espaces" !

Oui bon
16/03/2021 à 09:41

Oui juste oui. Ce film est une daube. Pour moi il n’y a que trois films de cette franchise . Celui-ci n’existe pas.

Baretta
16/03/2021 à 06:51

Le problème des fan c'est suis veulent toujours revoir le même film. Certes ce film est nul c'est un fait. Mais pas pour les raisons invoquer fond vert sfx etc.
Avec ce genre de raisonnement disney va vous refaire un remake de l'arche perdue pour le 5 comme ils ont déjà fait pour star wars.
Lucas fait des choix terrible c'est vrai mais au moins il ose des trucs.

Lestat1886
16/03/2021 à 02:04

Personnellement je n’ai jamais été un grand fan de la saga, peut-être parce que je l’ai vu tardivement et a la même période. Désolé mais pour moi le 4eme est en effet sous-évalué dans le sens ou tout ce qu’on lui reproche est présent dans la trilogie originale! La scène du frigo ou de la poursuite dans la jungle en lianes sont ridicules ? La scène du crash d’avion dans le temple maudit est encore pire... La fin surnaturelle ? Revoyez le 1....
C’est peut-être pas le meilleur de la saga (pour moi c’est le 3) mais su c’est un nanar, il faut revoir la saga d’origine sans les visieres de la nostalgie. Je suis persuadé que si le 4 avait été sorti peu après le 3, il n’aurait pas eu cette réputation.

Beurk
16/03/2021 à 01:58

Y'a beaucoup de fonds-vertophobes dans les commentaires. J'en suis.

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