Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal mérite t-il toute cette haine ?

Créé : 25 mars 2018 - Geoffrey Crété
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Avant Ready Player One, retour sur quelques films grandioses et plus ou moins aimés de Steven Spielberg.

Entre Pentagon Papers sorti en janvier dernier et Ready Player One attendu le 28 mars, il y a un monde : celui de Steven Spielberg, cinéaste incontournable qui règne sur Hollywood depuis des décennies, au-delà des modes et des genres.

Pour fêter son grand retour dans la science-fiction avec un blockbuster événement, Ecran Large revient sur une poignée de films mémorables, plus ou moins aimés, du réalisateur, depuis ses débuts jusqu'à ses succès les plus récents.

 

 

L'ARC PERDU

Les Aventuriers de l'Arche Perdue en 1981, Indiana Jones et le Temple Maudit en 1984, Indiana Jones et la dernière croisade en 1989. L'aventurier incarné par Harrison Ford appartient à une autre époque, révolue pour certains, et loin de correspondre au paysage hollywoodien de 2008, année où sortira un Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal considéré par beaucoup comme un ratage.

Le retour du héros imaginé par George Lucas au début des années 70, puis développé quelques années plus tard avec Steven Spielberg qui rêvait alors de réaliser un James Bond, était pourtant discuté dès les années 90. Avec une intention claire qui a survécu aux années et différentes versions du scénario : rendre hommage aux vieux films de science-fiction.

 

Photo Harrison FordLes Aventuriers de l'arche perdue

 

Il n'y a qu'à lire une des versions du scénario de Jeb Stuart datée de 1995, intitulée Indiana Jones and the Saucer Men from Mars (Indiana Jones et les petits hommes verts de Mars), pour voir combien l'ADN du projet a peu évolué : abandonné par sa future épouse devant l'autel, l'aventurier devait la poursuivre alors qu'elle partait à la demande du gouvernement sur la piste de mystérieux cylindres aliens au Nouveau Mexique. Indiana Jones y affrontait des Russes, des fourmis légionnaires (une idée abandonnée de La Dernière Croisade selon Lucas) et des aliens aux pouvoirs psychiques, survivait à une explosion nucléaire dans un frigo, et se battait sur une rampe d'essai de missile. Soit un résumé grossier d'Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal.

George Lucas engage Jeffrey Boam, scénariste d'Indiana Jones et la dernière croisade, et les versions s'enchaînent sous le regard circonspect de Spielberg et Harrison Ford, peu emballés par la perspective d'un épisode avec des aliens. La sortie d'Independence Day en 1996 donne une raison officielle d'abandonner l'idée.

 

Photo Steven Spielberg, George LucasGeorge Lucas et Steven Spielberg

 

LA NOUVELLE CROISADE

2000. Steven Spielberg repense à Indiana Jones lorsque son fils lui demande quand arrivera un nouvel épisode. Il évoque l'idée avec Harrison Ford, George Lucas, Kathleen Kennedy et Frank Marshall et très vite, la bande retrouve l'enthousiasme. La quête d'un scénariste sera compliquée, avec notamment un essai avec M. Night Shyamalan qui ne donnera rien. Alors présenté comme le nouveau Spielberg suite au succès de Sixième sens, il expliquera en interview à SciFi.com en 2002 : "On m'a demandé, mais ça n'a pas marché... avec tout le monde. C'était quelque chose de très, très compliqué de nous réunir tous les quatre, avec George Lucas, Steven Spielberg et Harrison Ford, et nous mettre d'acord. Je ne pense pas que c'était la chose à faire pour moi."

La situation semble s'arranger avec Frank Darabont en 2002. Le réalisateur et scénariste de La Ligne verte et Les Evadés écrit Indiana Jones and the City of Gods, qui reprend de nombreux éléments des versions des années 90 (des aliens, des fourmis, des agents soviétiques, le frigo), mais avec de nouveaux éléments : le retour de Marion (Karen Allen), les fameux crânes de cristal (qui devaient servir pour un épisode jamais fait de la série Les Aventures du jeune Indiana Jones) ou encore le professeur Oxley.

Lors du climax, un alien proposait aux élus d'exaucer leurs souhaits : celui qui voulait restaurer la grandeur du nazisme voyait son cœur arraché par un faux Hitler, celui qui voulait être craint de tous était transformé en grenouille empoisonnée, et le cerveau de celui qui voulait tout savoir fondait (idée finalement reprise dans le film). Indy, lui, était sauvé par Marion, et réalisait que seul son amour comptait : il détruisait le crâne, provoquant le décollage du vaisseau enfoui et épousait finalement Marion.

 

Photo Karen Allen, Harrison FordHarrison Ford et Karen Allen dans Les Aventuriers de l'Arche Perdue 

 

Spielberg aime, semble prêt à se lancer, mais George Lucas n'est pas de son avis, et les deux hommes ont pour principe de ne pas avancer s'il y a désaccord. Darabont en gardera un souvenir amer, et dira à MTV en 2007 que l'expérience a été douloureuse, et que Lucas est fou.

Spielberg propose d'engager David Koepp, scénariste de Jurassic Park et La Guerre des mondes, et c'est là que l'antagoniste devient une femme, que les Nazis sont remplacés par des Russes, et que le personnage de Mutt Williams arrive. Darabont avait proposé que Marion et Indy aient une fille de 13 ans, mais l'idée avait été écartée. Indiana Jones and the City of Gods devient alors Indiana Jones and the Kingdom of Crystal Skulls

 

Photo Shia LaBeouf Le fils d'Indiana Jones aurait pu être une fille

 

INDY LE MAUDIT

Si Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal a déçu et exaspéré de nombreux fans dès sa sortie, le phénomène a été amplifié par les déclarations de l'équipe. En 2010, Shia LaBeouf partage son ressenti avec The Los Angeles Times, et considère que le public est suffisamment intelligent pour savoir quand un film est raté. Il affirme que Harrison Ford partage son opinion et qu'il est lui aussi mécontent du quatrième opus. LaBeouf assume sa part de responsabilité et l'éventualité d'un coup de fil de Spielberg  suite à ses mots, mais il insiste pour dire que le cinéaste reste un génie, qui devrait donc n'avoir aucun mal à reconnaître l'échec.

Ce à quoi Harrison Ford répondra dans une interview avec Details : "Je pense qu'il a été un sacré idiot. En tant qu'acteur, je pense que c'est mon devoir de défendre un film sans passer pour un abruti. Shia est ambitieux, attentif, talentueux, et il apprend comment gérer une situation unique et compliquée".

En 2011, Spielberg explique à Empire qu'il comprend ceux qui n'ont pas aimé le MacGuffin des crânes de cristal puisque lui-même n'a jamais aimé l'idée. "George et moi avons eu de grandes disputes sur ça. Mais je suis loyal envers mon meilleur ami. Quand il écrit une histoire en laquelle il croit - même si je n'y crois pas - je tourne le film comme il l'a envisagé. J'ajouterai ma petite touche, je choisirai les acteurs, je filmerai comme je veux, mais je serai toujours du côté de George pour l'histoire. Je ne le combattrai jamais sur ça". Et assume au passage sa part dans l'histoire en déclarant que l'idée du héros dans le frigo est de lui. "Blâmez-moi, Ne blâmez pas George. C'était mon idée stupide".

George Lucas, lui, restera à défendre son bébé. A USAToday, après la sortie du film, il dira : "Quand on fait un film comme ça, une suite très attendu, les gens s'attendent à quelque chose d'incroyable. Et ce n'est pas le cas. Ce n'est qu'un film. (...) Comme avec La Menace fantôme, les gens ont tendance à être plus durs. On ne reçoit pas beaucoup d'éloges avec un film comme ça. On ne peut que perdre".

 

Photo Karen Allen, Harrison FordPromenade en famille

 

LA FIN OU PRESQUE

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal est-il donc si affreux, même avec quelques années de recul ? La réponse penche vers le oui. Déjà parce que le quatrième épisode semble bien pâle en terme d'action et d'imagination comparé aux précédents. Hormis une très amusante séquence d'introduction dans le fameux hangar aperçu à la fin des Aventuriers de l'Arche Perdue, le film aligne des scènes bien simplettes (la poursuite entre voiture et moto dans la ville) et des rendez-vous un peu manqués (l'exploration du cimetière qui, hormis quelques gymnastes et scorpions numériques, manque d'idées).

L'idée de ramener Karen Allen pour consolider la vie personnelle du héros est jolie, mais Marion n'a finalement pas grand chose à faire, tout comme le fiston incarné par Shia LaBeouf. Même chose pour Cate Blanchett qui sous ses airs amusants de méchante de BD (perruque, épée, pouvoirs psychiques et accent russe), demeure trop unidimensionnelle et sage pour emballer.

Impossible évidemment de ne pas s'attarder sur le couloir d'action au milieu du film, où les héros fuient dans la jungle, poursuivis par les méchants Russes. Véhicules lancés à toute vitesse, combats à mains nues ou à l'épée, passage serré sur une falaise, sauvetage à base de lianes, rencontre peu ragoûtante avec une armée de fourmis féroces, conclusion épique sur un tronc bien pratique : sur le papier, c'est du pur Indiana Jones, aussi drôle qu'épique, qui rappelle La dernière croisade. En réalité, c'est une marée d'images de synthèse plus ou moins laides, qui transforme ce moment de bravoure en gêne estampillée Hollywood.

 

Image 282850Cate Blanchett en antagoniste pas bien mémorable 

 

Le climax est à l'image de cette longue scène. D'un côté, une débauche d'effets spéciaux : des pierres et trésors qui s'envolent dans un tourbillon surnaturel, une Cate Blanchett qui s'évanouit dans un éclair de lumière, une pyramide qui s'écroule, un vaisseau qui décolle, un raz-de-marée qui remplit une cuvette. De l'autre côté, une bien maigre réalité : les héros sautent à travers une porte, attendent sur des marches, se pressent dans un couloir, remontent avec de l'eau et tombent sur le sol sans trop d'inquiétude. La fin du Royaume du Crâne de Cristal souffre d'une mollesse certaine.

Le premier plan du film, avec la bestiole numérique et futur running gag qui entretient la tradition du clin d'œil au logo Paramount, annonçait la couleur numérique du blockbuster, qui se confirmera donc par la suite. C'est d'autant plus dommage que le film a la bonne idée d'assumer clairement l'âge de Harrison Ford dans les dialogues, et notamment dans la scène dans le hangar (Indy qui évoque le temps qui a passé, se loupe lorsqu'il veut atterrir dans la voiture d'Irina). Il y a aussi une petite boutade sur la nature même de la superproduction, lorsque le héros demande à Mac, le traître ridicule incarné par Ray Winstone, les raisons de son retournement de veste. "Qu'est-ce que je peux dire... Je suis capitaliste, et ils paient", rétorque t-il, en montrant du doigt les Russes... mais aussi l'écran. De là à y voir un message sur l'industrie, il n'y a qu'un pas.

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal a donc logiquement déçu, moins parce qu'il est un mauvais blockbuster (le spectacle reste assuré, dira t-on) qu'un mauvais Indiana Jones. Avec un cinquième film prévu pour juillet 2020, le public et les fans peuvent donc patienter, emplis de peur et d'excitation, mais avec la jurisprudence Crâne de Cristal pour se prépaprer à l'épreuve.

 

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commentaires

Yuhio 04/04/2018 à 09:07

Indy 4 enchaîne les scènes ridicules, voir la scène du viol télépathique sous la tente avec ce pauvre Harrison Ford qui bave, les yeux dans le vide. A mourir de rire !...Des personnages imbuvables, John Hurt en vieux cinglé qui ne sert à rien...Sans parler de l'autre mégère ménopausée qui n'a plus rien à voir avec la Marion bagarreuse du premier film.

octotro 30/03/2018 à 21:04

Ce film est sorti trop tard. Il aurait dû arriver en 2002 grand max; Quant au 5ème volet, je crains le pire. Indy n'est plus tout jeune et aura 78 ans d'ici 2020. Pas du tout crédible pour un aventurier de cet âge de faire autant de cascades.

Frank 30/03/2018 à 15:11

Je n'ai jamais trouvé que ce qui faisait défaut à Indy étaient les aliens ou la vieillesse. C'est plutôt à quel point le film ne cadre pas du tout avec les trois autres. Les dialogues sont terribles, John Hurt est sous-utilisé et sa folie est ridicule. John Williams recycle des thèmes comme ceux du Graal pour aucune raison et Shia qui se balance de liane en liane semble tout droit sortir d'un navet de Marvel.

Je crois que plus on est fans de la trilogie Indiana Jones, plus on s'est sentis trahis par le 4. Pour ma part, j'ai peur pour le 5. Je crois qu'il faut savoir dire adieu et je serais bien plus attiré par une série animée (en 2d) où Indy pourrait retrouver l'âge souhaité et où l'univers pourrait continuer de se développer. Sur youtube, on trouve une intro fan-made extrêmement bien réalisée qui donne l'eau à la bouche.

Sinon, la vraie rédemption de Spielberg, je trouve qu'il l'a eue avec Tintin et j'aimerais bien plus voir Tintin 2 qu'un Indy 5, je l'avoue. La façon dont il a amalgamé le récit de la Licorne et celui du Crabe est brillante. Je suis jaloux de ne pas y avoir pensé moi-même. À ceux qui croient que le film est hollywoodien où irrespectueux envers l'oeuvre de Hergé, souvenez-vous que Hergé a donné son accord à 100% à Spielberg juste avant de mourir, que l'action qu'on trouve dans ce film s'inspire du slap and stick qui fait déjà partie de l'ADN de Tintin et qu'au final, le film a eu un succès partout dans le monde sauf à Hollywood et que c'est la raison pour laquelle il n'y a pas eu encore de 2. Tintin a toujours été beaucoup plus cinématographique et axé sur l'action que Astérix, Lucky Luke, Garfield où les Schtroumpfs...

À présent, c'est Peter Jackson qui a besoin d'une rédemption après ses "Hobbits", et on veut voir Tournesol...

boubiedu06 27/03/2018 à 11:29

En vieillissant le personnage on touche une dimension qui tendrait à casser le mythe du jeune Indiana plein de vigueur et une petite Romance (ridicule et peu attrayante) inutile dont on peut aisément couper les passages pour rendre le film sans défaut. Ceci ne représentant que moins d’un quart d’heure à l’ecran ce qui peut être négligeable et non source de discussion.
J’irais même plus loin avec mon imaginé Indiana Jones 1929 où à la place de l’amourette nous aurions vu le jeune Indiana Jones s’adonnait à d’innombrables coucheries filmé Hard avec de bien jeunes créatures histoire de réveiller le spectateur et sa verge. Bien sure je ne critique pas le film pour ce qu’il n’est pas mais ce qu’il est, est bancale sur les deux points proposés plus haut.

boubiedu06 27/03/2018 à 11:01

Bien le bonjour MystereK
Veuillez me pardonner je suis un petit garnement. ;-)

Concernant notre cher réalisateur, j’ai trouvé désuet et non cinématographique la romance et le vieillissement du personnage dans le film de 2008. En tant que spectateur on s´attend à cela, le film ne prend pas la direction inattendue de proposer un film en 1920 où 1930 avec un Indiana Jones jeune avec les procèdés de Motion capture afin de rajeunir Harrison Ford qui aurait était utilisé pas comme dans les films spatiaux Disney où la motion capture est raté objectivement mais par exemple comme Michael Douglas dans Ant-Man au début du film. La Motion capture aurait était réussie comme dans Ant-Man puisque Harrison Ford est encore parmi nous. Étant le quatrième film évidemment et de façon peu intelligente il se contente de raconter une histoire chronologiquement placé dans la chronologie de sa quadrilogie.

boubiedu06 27/03/2018 à 10:33

Boubie

TheMoon 27/03/2018 à 09:33

Le fiml est critiquable sur plusieur point cependant, il est juste sortie tro tard.

Si ce fim avait vu le jour au début des années 90, je suis sur qu'il aurait été mémorable dans l'inconscient colléctif...

MystereK 27/03/2018 à 08:17

Bonjour Boubiedu06, je vois que vos obessions n'ont pas changé depuis norte dernière conversation, elles se situent toujours en-dessous du niveau de la ceinture :-).

Dommage, votre prose un peu plus bas montre que vous savez pourtant parler d'autres chose et même si je ne suis pas d'accord avec ce que vous y dites, elle fut intéressante à lire. Par contre, il semble qu'il y ait une phrase non terminée ou un "de plus" en trop, si vous pouviez la finir, cela sera bien pour sa compréhension :

"La seule limite c’est le vieillissement du héros et son mariage, il aurait était visionnaire par exemple de rajeunir le personnage numériquement, de plus en 2007 (année de production)."

Merci

boubiedu06 26/03/2018 à 23:24

MystèreK
Elle aime les grosses baguettes votre femme?

MystereK 26/03/2018 à 20:09

Bien sur Demi Lune, c'est justement le cas, ma femme et moi on aime pas le pain de la manière, et bien ma femme achète le pain qu'elle aime, et moi celui que j'aime, mais aucun de nous n'a tort ou n'a raison, on a juste des goûts différents pour le pain. Tout comme mon voisin ne va pas à la même boulangerie que ma femme ou moi, etc... On sait parler de nos goûts culinaires sans s'insulter et aucun de nous va se moquer du pain qu'aime l'autre sur Internet et s'acharner sur lui, c'est juste ridicule. alors pour les films, c'est pareil, on a des goûts différents qu'il faut respecter. L'argumentation peut être des fois un peu costaud, mais utiliser la violence, jamais. Et même le film le plus mal noté d'IMDB il y a des gens qui ont mis une bonne note, il sont pas plus con que nous, ils ont d'autres goûts, c'est tout.

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