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Les Belles créatures : critique d’une History of Violence islandaise

Par Geoffrey Crété
25 septembre 2024

Révélé avec Heartstone – Un été islandais en 2016, le réalisateur Guðmundur Arnar Guðmundsson est de retour avec Les Belles créatures (en salles le 25 septembre). Il y raconte l’histoire d’une bande d’adolescents qui cherchent un sens à la vie et à la violence, dans la banlieue de Reykjavík. Sauf que l’un d’eux a un don, et sait que quelque chose va très mal se passer.

les belles créatures critique film 2024 © Canva Outplay Films

SMELLS LIKE SPLEEN SPIRIT

Il y a encore mieux que les beaux films tristes sur des enfants tristes : ceux où il y a une touche de fantastique pour mettre en image les émotions silencieuses et tumultueuses de ces mini-adultes, qui basculent dans un nouveau monde. Il y avait eu le magnifique et grandiose The Innocents d’Eskil Vogt en 2021, et Les Belles créatures marche sur la même ligne.

Pas uniquement parce qu’il vient lui aussi de la guirlande de pays d’Europe du nord, avec une coproduction impliquant plusieurs territoires dont le Danemark et la Suède. Dans Les Belles créatures (Berdreymi dans la langue de Dagur Kári), les enfants sont plutôt des adolescents, et la violence est acquise et installée, dans la famille, dans la rue, et à l’école. D’un côté, il y a un petit trio qui fait sa petite loi, avec le bon, la brute et le turbulent. De l’autre, il y a la victime ordinaire, qui passe du statut de persécuté à celui de petit nouveau dans la bande. Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ?

Dans son premier film, Hearstone, sorti en 2016, Guðmundur Arnar Guðmundsson racontait déjà la naissance d’une chose extraordinaire – le désir d’un garçon pour son meilleur ami. Il continue dans Les Belles créatures, où c’est l’étincelle d’une amitié a priori impossible qui embrase une bande d’adolescents de Reykjavík, avec par-dessus ça le don magique de l’un d’entre eux pour présager du pire.

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Dreams are my reality

BOYS BAND

Le titre ne ment pas, et la beauté des Belles créatures prend plusieurs formes. La première saute aux yeux dès les premiers instants puisqu’elle est formelle. Dans les rêveries comme dans le réel, la caméra suit les corps, épouse les mouvements et capte tout un tas de détails, pour créer une intimité un peu magique dans ce Reykjavík bétonné. C’est impressionnant, et c’est normal : le directeur de la photo s’appelle Sturla Brandth Grøvlen, et il a travaillé sur Drunk de Thomas Vinterberg, Wendy de Benh Zeitlin, et… The Innocents.

Cette caméra flottante révèle la deuxième beauté, celle des créatures du titre : les fantastiques jeunes acteurs. Trouvés lors d’un long processus qui s’est étalé sur une année (entre le casting ouvert, la formation d’un groupe, et l’atelier de préparation avec le scénario jusqu’au tournage), Birgir Dagur Bjarkason, Áskell Einar Pálmason, Viktor Benóný Benediktsson et Snorri Rafn Frímannsson sont épatants. Ils sont, et font le film. Et leur naturel désarmant témoigne de l’extraordinaire travail de Guðmundur Arnar Guðmundsson, qui avait déjà prouvé son talent de direction d’acteurs avec Hearstone.

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Le talent extraordinaire du casting

Entre les élans de vie et de violence, et les moments en suspens (la magnifique scène sur le toit, ou celle sur la plaine aux quatre vents), le cinéaste capte brillamment ce stade intermédiaire de l’adolescence, où l’innocence, la lucidité et l’inconscience défilent sur les visages. Le surnaturel, qui reste bord cadre et renvoie à la culture islandaise dans son rapport aux rêves, est la touche finale pour créer une bulle autour de ces quatre garçons qui entrent finalement en collision avec un monde encore trop grand pour eux. Et c’est une fois que cette ligne est franchie que Les Belles créatures se perd un peu.

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Quatre garçons pleins d’avenir

REALITY CHECK

Le sortilège se brise lorsque le réel prend une forme trop évidente. Quand la violence du monde des adultes s’incarne dans des personnages monstrueux, qui débarquent dans la deuxième partie du film pour lourdement aiguiller le récit. Ces scènes graphiques et beaucoup moins subtiles font certes avancer le film, en ramenant les adolescents sur Terre. Mais elles illustrent tellement le discours qu’elles alourdissent le film, et accélèrent trop la conclusion de l’histoire. D’un coup, la mécanique apparaît à l’écran.

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Add Violence

Les Belles créatures a beau se recentrer sur les deux adolescents à la toute fin, quelque chose s’est perdu en chemin. Peut-être parce que le film avait commencé avec trop d’idées, trop d’images et trop d’émotions saisissantes, repoussant trop loin le moment où l’intrigue plus classique devait prendre le dessus.

Guðmundur Arnar Guðmundsson cite Stand by Me parmi ses grandes références, et c’est peut-être ça qui manque à son deuxième film : une conclusion aussi forte que dans l’histoire de Stephen King (adaptée par Rob Reiner en 1986), avec une réplique comme « Je n’ai plus jamais eu d’amis comme ceux que j’avais à douze ans. Mais qui pourrait en dire autrement ? ».

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Rédacteurs :
Résumé

Après Heartstone, le réalisateur islandais Guðmundur Arnar Guðmundsson confirme son talent extraordinaire pour diriger de jeunes acteurs, et mettre en scène une intimité un peu magique. Avec en prime une note de surnaturel pour créer une ambiance envoûtante.

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