Alien : Covenant : La critique que personne n'entendra crier

Créé : 7 mai 2017 - Simon Riaux

Cinq ans après un Prometheus qui aura engendré nombre de débats passionnés en nous proposant de réinventer la mythologie Alien, Ridley Scott continue d'interroger la légende qu'il a forgée à l'occasion d'Alien : Covenant. Conscient des reproches formulés à l'égard du précédent volet, le réalisateur poursuit la mutation de cet univers, avec l'intention d'assoir une nouvelle fois la figure du Xénomorphe au sommet de la chaîne alimentaire de l'horreur.

Photo xénomorphe
738 réactions

PARADIS PERDU

L'équipage du Covenant traverse la galaxie avec à son bord des milliers de colons en cryo-sommeil, destinés à coloniser une lointaine planète habitable. Suite à une avarie, le personnel de bord est sorti d'hibernation, juste à temps pour capter un étonnant message, manifestement d'origine humaine, provenant d'un astre inconnu, qui a tout d'un paradis terrestre. Il s'agit en réalité d'un piège qui va se refermer sur eux et broyer leurs idéaux.

 

Photo Katherine Waterston

 

Scott a entendu les complaintes outrées des spectateurs agacés par ses questionnements cosmogoniques et, si les Ingénieurs ne sont pas totalement absents de cette nouvelle aventure horrifique, le cinéaste a décidé de changer son fusil d'épaule. En effet, Alien : Covenant opte pour un rythme extrêmement dense, resserré et adopte très rapidement une structure proche du slasher, tendance série B énervée.

Menace pléthorique et omniprésente, prédation ultra-violente, le malheureux équipage du Covenant n'aura pas droit à une seconde de répit. Gorgé d'une misanthropie qui confine souvent au nihilisme, le scénario se veut une machine de mort impitoyable lancée sur une galerie de personnages sacrificiels. La mise en scène tour à tour brute et nerveuse de Scott confère à ce jeu de massacre une très grande intensité, qui surprend tout d'abord par son apparente froideur, avant que le film ne dévoile véritablement où il entend diriger notre empathie.

 

Photo Michael Fassbender

 

LA TOILE DE DAVID

Car si nos piteux colons se transforment rapidement en buffet ambulant, c'est qu'Alien : Covenant ne s'intéresse pas tant à eux qu'au véritable héros de cette nouvelle saga. Il s'agit bien sûr de David, qui devient plus que jamais un anti-Ripley, une figure vertigineuse de démiurge, à mi-chemin entre Faust, Prospero et Frankenstein.

Au coeur de ce chemin de croix, qui a substitué la peur de la maternité du Huitième Passager à une terreur séminale plus masculine, ce héros négatif, touchant dans sa quête d'un absolu mortel et indépassable, charrie avec lui une esthétique troublante, riche de références au romantisme allemand. Il confère à Covenant une richesse thématique et une poésie macabre qui s'hybrident curieusement avec la déferlante de violence graphique issue du cinéma d'exploitation.

 

 

Son importance et le traitement que le script réserve à ses protagonistes croyants nous donne également à voir une évolution radicale de l'oeuvre de Ridley Scott. Si ce dernier a toujours appréhendé ces personnages avec une distance loin d'être bienveillante, il paraît, depuis le décès de son frère Tony, plus révolté que jamais contre les fausses idoles ou illusions spirituelles des personnages qu'il déploie.

Dans le sadisme qu'organise le metteur en scène pour mettre à l'épreuve son équipage, on lit un rapport désormais totalement désenchanté au monde, une défiance complète à l'égard des marchands de rêve et de transcendance bon marché. Presque 40 ans après nous avoir alliés à Sigourney Weaver dans sa lutte contre une déité bio-mécanique meurtrière, Scott s'est définitivement rangé du côté de la créature, de sa perfection synonyme de pureté.

 

Photo

 

FAIS-MOI MAL

Radical et fiévreux, Alien : Covenant distille avec cruauté quelques puissants moments de cinéma. Il suffit à Ridley Scott d'un traveling semi-circulaire et d'un dialogue en apparence anodin autour de l'apprentissage de la musique pour nous faire comprendre le magnétisme diabolique de son héros maléfique et sa maîtrise du médium.

Il ne renonce pas pour autant à relire, réinventer et détourner les figures matricielles de la saga. Les irruptions de l'abominable Spineburster devraient rester dans les mémoires, tant elles frappent par leur ignominie sanguinolente. À la fois plus léger et plus profond que Prometheus, ce chapitre en forme d'hommage enragé à la première trilogie Alien réussit à divertir intensément, et a la bonne idée de se conclure de vicieuse manière, offrant à ses personnages un futur terrain de jeu aussi retors que létal.

 

Affiche

 

Résumé

Alien : Covenant joue simultanément la carte du film d'exploitation régressif et enragé, tout en ménageant de passionnantes pistes symboliques. Il gagne sur les deux tableaux.

commentaires

Archellon 16/08/2017 à 21:43

Je pense qu on a pas dut voir le meme film ce dernier opus et une honte incroyable qui vient sublimer le navet Prometheus je suit fan d Alien depuis mon plus jeune âge j avais deja trouve résurrection limitte passable mais la ca vaut pas mieux que les bouses d avp sans compter la déviances maladroites et le manque de respect à l œuvre de Giger vous vouliez trouver une suite fantastique à Alien fallait pas chercher aussi loin rien qu en regardant l œuvre de Giger il y a de quoi faire quelque chose de surprenant de fascinant et qui ne réduit pas la sublime quadrilogie

Tom35 12/07/2017 à 00:21

Noté 4 étoiles , et pourquoi pas 5 tant qu'on y est . Les autres aliens à côté de celui ci c'est minimum 20 étoiles

Zanta 09/06/2017 à 10:51

A la Rédaction :
Les gars, c'est quand il y a une telle divergence d'opinions autour d'un film que votre système de commentaires rencontre (vraiment) ses limites.
Si il était possible de "up" ou "down" un avis donné, ou d'y répondre spécifiquement, il serait donné la possibilité à chaque lecteur de contribuer à la naissance d'un espace critique contradictoire et équilibré.
Mais là, on a juste une succession d'avis qui décourage souvent tout nouveau commentaire. Dommage.
(Sinon, tout à fait d'accord avec Fennec. Le film a vraiment malmené la part de mystère qui faisait partie de la franchise, et ce au profit d'un slasher très paresseux dans son exécution elle-même.)

Fennec 31/05/2017 à 17:24

A part ça, vu enfin hier (SPOILERS) :

Je fais partie de ceux qui ont plutôt apprécié Prometheus. J'aime la mythologie très mystérieuse qui se crée autour des origines de l'Alien, et la tournure biblique qu'elle prend.

Alien Covenant prolonge de façon plutôt intéressante cette mythologie, surtout grâce à l'arc David qui a un (premier) rôle très intéressant. J'aime ce changement de focus : l'alien du titre, et l'humain victime sont devenus des pions sur l'échiquier de l'androïde, des seconds rôles. Cette redistribution des cartes est un élément intéressant qui donne une nouvelle dynamique à la franchise. Ca évite le syndrôme Alien 5, 6, 7, 8, 9, qui pourraient ronronner et se cantonner à des sous-suites répétitives et très oubliables. Il y a donc un vrai effort de se côté là de prendre des risques et de ne pas se reposer sur ses lauriers.

Les scènes de David sont de loin les plus intéressantes. Pour le reste, le film est plus conventionnel : couloirs, poursuites, morts, sang, pan pan pan, on-a-perd-la-moitié-de-l'équipage, blablabla. C'est efficace, car pas trop mal réalisé, mais c'est sans AUCUNE surprise. Très téléphoné. Le final est couru d'avance, à tel point que je me demande si c'est volontaire de la part de Scott. La réalisation à ce moment est tellement grosse, qu'on se demande presque si c'est aussi simple.

Quelques passages me semblent légèrement confus. Le vaisseau de David s'est il crashé dans la forêt ? Mais alors à quel moment intervient ce flashback où il arrose les Ingénieurs du parasite du haut de son vaisseau intact ? Et où est Shaw à ce moment ? C'est avant, après, pendant ? Sur un coq, où se trouve la bite ?

Du côté des acteurs, à part Fassbender, c'est vraiment pas terrible. Leurs rôles sont relativement peu creusés, et les acteurs ont un charisme assez limité. L'ersatz de Ripley est vraiment fade, elle ne présente aucun intérêt. On a donc un peu de mal à avoir de l'empathie pour cette équipe, dont on comprend de toutes façons assez vite qu'elle va se faire décimer, et qu'il ne sert pas à grand chose de s'attacher.

J'attends la suite. Je regrette un peu l'évacuation rapide des ingénieurs, qui m'intriguaient vraiment, et qui étaient bien plus effrayants et imposants dans Prometheus. Ils portaient la nouvelle part de mystère et d'énigme de la franchise, que l'Alien avait perdue petit à petit.

Fennec 31/05/2017 à 17:02

petite question : est-on encore capables de ne pas aimer un film sans pour autant vomir des torrents de bile et d'insanités...

les conseils du jour :

1/ suspension d'incrédulité les gars... Je ne compte plus les "critiques" qui sont en fait des réécritures. "Le film est naze parce que moi j'aurais pris la porte de droite plutôt que celle de gauche, et puis en plus le mec il a un pull alors qu'il doit faire chaud vu que sa chambre a un gros radiateur, et puis pourquoi le magicien il fait pas de la magie pour tuer le méchant ça irait plus vite". STOP. Suspension d'incrédulité, par pitié. Ne soyez pas sur la défensive avant d'avoir vu le film, vous serez forcément déçus. Ouvrez vos chakras.

2/ Le problème de ces blockbusters et de ces franchises qui s'étalent sur des années, c'est qu'on leur reproche une peu trop facilement de ne pas nous donner ce qu'on avait en tête. Le public s'est tellement approprié ces films qu'il a rempli lui même les zones d'ombre, les ellipses. Du coup, il se jette sur les suites (ou préquelles) persuadé qu'il va y trouver... exactement ce qu'il attendait. Résultat, plus aucune place pour la surprise, on n'accepte plus d'être bousculé, d'être promené, d'être détrompé. Sauf que le réal raconte l'histoire qu'il veut après tout, c'est son bébé. Du coup, connaître l'origine "humaine" des aliens sonne comme un défaut en soi pour certains. Pour moi, c'est juste un élément de plus qui enrichit (du moins quantitativement) la mythologie Alien. C'est le souhait du réal de raconter cette histoire, point. Nous, on écoute. Après, est-ce que c'est bien fait et bien amené, bien réalisé, c'est une autre question.

Ne nous trompons pas, le réal n'est pas notre employé, payé à faire notre film. Nous sommes le public, et venons nous ouvrir à ce que le réal raconte. On est réceptif ou pas, on aime ou pas, mais ce qui est sûr, c'est que le réal ne nous doit RIEN.

Manontherun 18/05/2017 à 19:02

Je suis tout a fait d'accord avec steeve. Riddley scott a détruit son propre chef d'oeuvre. On se demande ou est passé ce réalisateur qui a réussi à nous sortir blade runner, gladiator... Il ne suffit pas d'expliquer les choses pour rendre une histoire belle. Le premier est une pure merveille. L'homme découvrant une vie extraterrestre et ses terribles affrontements aux confins de l'espace. Un space jokey fossilisé et tué par on ne sait quoi? Tout était mystère. Tout était merveilleux jusqu'a Prometheus. Maintenant, on nous sert de la m*** et on se sert de la franchise pour faire recette. chose qui ne fonctionne quasiment plus devant la déception des fans. SCANDALEUX!!!!!

Z 17/05/2017 à 14:12

@Steve

Attention, on va t'accuser d'être un méchant fan qui n'a "pas compris" à quel point tout ceci était intelligent, et allait au-delà de l'intrigue, au-delà de ce que tu pensais avoir vu, pour écrire une histoire fabuleuse et profondément géniale sur... une intelligence artificielle qui dérape, s'en prend à ses créateurs et cause l'apocalypse.

(LOL)

Steve 17/05/2017 à 14:04

SPOIL
Déjà donner une explication à des questions (cf le space jockey fossilisé avec le thorax défoncé du premier: est-ce un extra-terrestre d'une autre race dont le vaisseau a été attaqué par les aliens? Il existerait alors une multitude d'espèces et le Nostromo serait tombé sur une race belliqueuse-le xénomorphe) est toujours décevante, l'imagination est toujours plus puissante, le mystère plus fascinant.
Ensuite quelle réponse DÉCEVANTE! Faire de l'Alien un simple produit de labo, une banale expérience scientifique! Au lieu qu'il soit une espèce à part entière! Cela enlève tout charme, tout aura toute fascination, tout mystère et toute crainte à l'Alien.
Il est devenu une sorte de monstre de Frankenstein.
Et ENCORE une explication centrée autour de l'Humain! Sérieux!
Le premier Alien laissait espérer un Univers vaste de vies menaçantes.
Prometheus et Covenant ramènent tout à l'Humain!

Déjà avec Prometheus l'explication était fade et incohérente: le Space Jockey du 1 n'a clairement pas la forme et les proportions des Ingénieurs.
Qui plus est, il était fossilisé, donc c'était son corps, pas une espèce d'exosquelette.
Se dire que le Space Jockey, espèce extra-terrestre tuée il y a LONGTEMPS (cf fossilisée) par les Alien avait envoyé un message d'avertissement dans l'espace pour éviter toute approche était FASCINANT.
Scott a tout détruit.

Je ne parle pas du côté remake du 1 (première partie) en moins bien, des personnages antipathiques et de la fin prévisible.

Bref, commentaire d'un fan EN COLÈRE

Iansolo 16/05/2017 à 10:19

Ridley Scott rate son film (mais il n'est pas ennuyeux).
Mais un Ridley Scott raté est toujours bien meilleur qu'un Michael Bay réussi.

zetagundam 15/05/2017 à 23:22

Comment grand-père Scott a t'il pu pondre un film pire que Prometheus.
Il ne si passe absolument rien, le film ne décolle jamais,les personnages sont aussi crétins que dans Prometheus et il empêche toutes possibilités d'avoir des réponses aux questions posées dans le film précédent. Le film ne s'appellerait pas Alien il se ferait descendre en flèche.

Avec Alien covenant; Ridley Scott a même réussit l'exploit à faire relativiser la médiocrité du diptyque Alien vs Predator et Predators ce qui n'est pas rien

Plus

votre commentaire