Alien : Covenant : La critique que personne n'entendra crier

Créé : 7 mai 2017 - Simon Riaux

Cinq ans après un Prometheus qui aura engendré nombre de débats passionnés en nous proposant de réinventer la mythologie Alien, Ridley Scott continue d'interroger la légende qu'il a forgée à l'occasion d'Alien : Covenant. Conscient des reproches formulés à l'égard du précédent volet, le réalisateur poursuit la mutation de cet univers, avec l'intention d'assoir une nouvelle fois la figure du Xénomorphe au sommet de la chaîne alimentaire de l'horreur.

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PARADIS PERDU

L'équipage du Covenant traverse la galaxie avec à son bord des milliers de colons en cryo-sommeil, destinés à coloniser une lointaine planète habitable. Suite à une avarie, le personnel de bord est sorti d'hibernation, juste à temps pour capter un étonnant message, manifestement d'origine humaine, provenant d'un astre inconnu, qui a tout d'un paradis terrestre. Il s'agit en réalité d'un piège qui va se refermer sur eux et broyer leurs idéaux.

 

Photo Katherine Waterston

 

Scott a entendu les complaintes outrées des spectateurs agacés par ses questionnements cosmogoniques et, si les Ingénieurs ne sont pas totalement absents de cette nouvelle aventure horrifique, le cinéaste a décidé de changer son fusil d'épaule. En effet, Alien : Covenant opte pour un rythme extrêmement dense, resserré et adopte très rapidement une structure proche du slasher, tendance série B énervée.

Menace pléthorique et omniprésente, prédation ultra-violente, le malheureux équipage du Covenant n'aura pas droit à une seconde de répit. Gorgé d'une misanthropie qui confine souvent au nihilisme, le scénario se veut une machine de mort impitoyable lancée sur une galerie de personnages sacrificiels. La mise en scène tour à tour brute et nerveuse de Scott confère à ce jeu de massacre une très grande intensité, qui surprend tout d'abord par son apparente froideur, avant que le film ne dévoile véritablement où il entend diriger notre empathie.

 

Photo Michael Fassbender

 

LA TOILE DE DAVID

Car si nos piteux colons se transforment rapidement en buffet ambulant, c'est qu'Alien : Covenant ne s'intéresse pas tant à eux qu'au véritable héros de cette nouvelle saga. Il s'agit bien sûr de David, qui devient plus que jamais un anti-Ripley, une figure vertigineuse de démiurge, à mi-chemin entre Faust, Prospero et Frankenstein.

Au coeur de ce chemin de croix, qui a substitué la peur de la maternité du Huitième Passager à une terreur séminale plus masculine, ce héros négatif, touchant dans sa quête d'un absolu mortel et indépassable, charrie avec lui une esthétique troublante, riche de références au romantisme allemand. Il confère à Covenant une richesse thématique et une poésie macabre qui s'hybrident curieusement avec la déferlante de violence graphique issue du cinéma d'exploitation.

 

 

Son importance et le traitement que le script réserve à ses protagonistes croyants nous donne également à voir une évolution radicale de l'oeuvre de Ridley Scott. Si ce dernier a toujours appréhendé ces personnages avec une distance loin d'être bienveillante, il paraît, depuis le décès de son frère Tony, plus révolté que jamais contre les fausses idoles ou illusions spirituelles des personnages qu'il déploie.

Dans le sadisme qu'organise le metteur en scène pour mettre à l'épreuve son équipage, on lit un rapport désormais totalement désenchanté au monde, une défiance complète à l'égard des marchands de rêve et de transcendance bon marché. Presque 40 ans après nous avoir alliés à Sigourney Weaver dans sa lutte contre une déité bio-mécanique meurtrière, Scott s'est définitivement rangé du côté de la créature, de sa perfection synonyme de pureté.

 

Photo

 

FAIS-MOI MAL

Radical et fiévreux, Alien : Covenant distille avec cruauté quelques puissants moments de cinéma. Il suffit à Ridley Scott d'un traveling semi-circulaire et d'un dialogue en apparence anodin autour de l'apprentissage de la musique pour nous faire comprendre le magnétisme diabolique de son héros maléfique et sa maîtrise du médium.

Il ne renonce pas pour autant à relire, réinventer et détourner les figures matricielles de la saga. Les irruptions de l'abominable Spineburster devraient rester dans les mémoires, tant elles frappent par leur ignominie sanguinolente. À la fois plus léger et plus profond que Prometheus, ce chapitre en forme d'hommage enragé à la première trilogie Alien réussit à divertir intensément, et a la bonne idée de se conclure de vicieuse manière, offrant à ses personnages un futur terrain de jeu aussi retors que létal.

 

Photo

 

Résumé

Alien : Covenant joue simultanément la carte du film d'exploitation régressif et enragé, tout en ménageant de passionnantes pistes symboliques. Il gagne sur les deux tableaux.

commentaires

Manontherun 18/05/2017 à 19:02

Je suis tout a fait d'accord avec steeve. Riddley scott a détruit son propre chef d'oeuvre. On se demande ou est passé ce réalisateur qui a réussi à nous sortir blade runner, gladiator... Il ne suffit pas d'expliquer les choses pour rendre une histoire belle. Le premier est une pure merveille. L'homme découvrant une vie extraterrestre et ses terribles affrontements aux confins de l'espace. Un space jokey fossilisé et tué par on ne sait quoi? Tout était mystère. Tout était merveilleux jusqu'a Prometheus. Maintenant, on nous sert de la m*** et on se sert de la franchise pour faire recette. chose qui ne fonctionne quasiment plus devant la déception des fans. SCANDALEUX!!!!!

Z 17/05/2017 à 14:12

@Steve

Attention, on va t'accuser d'être un méchant fan qui n'a "pas compris" à quel point tout ceci était intelligent, et allait au-delà de l'intrigue, au-delà de ce que tu pensais avoir vu, pour écrire une histoire fabuleuse et profondément géniale sur... une intelligence artificielle qui dérape, s'en prend à ses créateurs et cause l'apocalypse.

(LOL)

Steve 17/05/2017 à 14:04

SPOIL
Déjà donner une explication à des questions (cf le space jockey fossilisé avec le thorax défoncé du premier: est-ce un extra-terrestre d'une autre race dont le vaisseau a été attaqué par les aliens? Il existerait alors une multitude d'espèces et le Nostromo serait tombé sur une race belliqueuse-le xénomorphe) est toujours décevante, l'imagination est toujours plus puissante, le mystère plus fascinant.
Ensuite quelle réponse DÉCEVANTE! Faire de l'Alien un simple produit de labo, une banale expérience scientifique! Au lieu qu'il soit une espèce à part entière! Cela enlève tout charme, tout aura toute fascination, tout mystère et toute crainte à l'Alien.
Il est devenu une sorte de monstre de Frankenstein.
Et ENCORE une explication centrée autour de l'Humain! Sérieux!
Le premier Alien laissait espérer un Univers vaste de vies menaçantes.
Prometheus et Covenant ramènent tout à l'Humain!

Déjà avec Prometheus l'explication était fade et incohérente: le Space Jockey du 1 n'a clairement pas la forme et les proportions des Ingénieurs.
Qui plus est, il était fossilisé, donc c'était son corps, pas une espèce d'exosquelette.
Se dire que le Space Jockey, espèce extra-terrestre tuée il y a LONGTEMPS (cf fossilisée) par les Alien avait envoyé un message d'avertissement dans l'espace pour éviter toute approche était FASCINANT.
Scott a tout détruit.

Je ne parle pas du côté remake du 1 (première partie) en moins bien, des personnages antipathiques et de la fin prévisible.

Bref, commentaire d'un fan EN COLÈRE

Iansolo 16/05/2017 à 10:19

Ridley Scott rate son film (mais il n'est pas ennuyeux).
Mais un Ridley Scott raté est toujours bien meilleur qu'un Michael Bay réussi.

zetagundam 15/05/2017 à 23:22

Comment grand-père Scott a t'il pu pondre un film pire que Prometheus.
Il ne si passe absolument rien, le film ne décolle jamais,les personnages sont aussi crétins que dans Prometheus et il empêche toutes possibilités d'avoir des réponses aux questions posées dans le film précédent. Le film ne s'appellerait pas Alien il se ferait descendre en flèche.

Avec Alien covenant; Ridley Scott a même réussit l'exploit à faire relativiser la médiocrité du diptyque Alien vs Predator et Predators ce qui n'est pas rien

Mordhogor 14/05/2017 à 20:33

Bon. Vu. Pas mécontent. Pas satisfait non plus. Michael Fassbender y est excellent. Hélas, où donc Ridley Scott est-il allé chercher la pseudo héroïne au physique de pleureuse improbable ??? C'est bien la pire du casting effectivement moins bon que celui de Prometheus. Après Ripley et Shaw, elle fait vraiment pitié... Pas compris le changement de look des ingénieurs et la destruction de leur monde, vite expédiée. Euh, ils vivaient sur 2 km², comme dans une épisode de Stargate SG-1 ??? Mauvais raccords effectivement avec l'absence de marque du clou sur David, ou alors on nous cache quelque chose... Les aliens sont effectivement à prise rapide, alors que le film met 1 heure à démarrer... Mais le personnage interprété par Fassbender est fascinant. Et effectivement, pour Ridley, l'humain n'est plus intéressant, alors peut-être pour ça qu'il a recruté de si piètres morceaux de viande.

Greg 14/05/2017 à 12:29

Vu hier soir. Ridley Scott continue son travail de massacre de son chef-d'œuvre initial. Mise en scène bourrine, montage atrophié et dépourvu de toute émotion et de maîtrise du temps. Effets de surprises ratés... Ridley Scott a perdu sa magic touch. Le spinebuster, par exemple, qui arrive si vite que son impact en est réduit au point d'être quasi nul.

Que dire des incohérences : ****SPOILERS*****
Le personnage de Billy Crudrup imprégné en quelques minutes, là où il fallait plusieurs heures/jours pour John Hurt. Damian Bashir lui est carrément imprégné en quelques secondes (!!)...
Quant au twist final, (que tout le monde a vu venir !), il souffre d'un énorme faux raccord, bien gênant puisque il se contredit : Scott joue de l'ambiguïté des androïdes, Walter ou David ?? Sauf que David est censé avoir une marque sous le menton puisque Daniels lui a planté son clou, or à la fin quand il lève le menton, il n'a rien ! Donc est-ce que c'est Walter finalement ? Ou David a télécharger son esprit dans le corps de Walter ? Bref, c'est plus confus que ça ne nous interroge.

Enfin, le plus gros défaut du film, comme pour Prometheus, est de vouloir nous expliquer quelque chose que l'on ne veut pas savoir et surtout pas de cette façon : D'où vient l'Alien, et celui ci descend de l'homme par le biais d'un androïde.
Cette faiblesse de replacer l'homme au centre de l'univers comme source créatrice de l'Alien (indirectement, mais quand même) est assez insupportable !

La réflexion de Scott et de ses androïdes sur la création auraient fait des films passionnant si indépendant ! Les inclure dans l'univers d'Alien pour expliquer des choses qui ne devaient pas l'être est une erreur majeure ! Scott complexifie un mythe très simple et très pure à l'origine, et par conséquent, il l'abîme.

Aeon 13/05/2017 à 13:52

Suite à mon message posté le 9 Mai au sujet du site jeux ciné.com qui n'avait pas du tout aimé Alien Covenant, visiblement on a pas du aller voir le même film. Tout comme la rédaction d'écran large j'ai adoré le film. Cette suite nous explique bien ce qui est advenu des ingénieurs ainsi que de nos deux rescapés de prometteus. Comme quoi il ne faut jamais faire confiance à un androïde. David si tu m'entend moi je ne t'en tendrait pas crier.

loris 13/05/2017 à 01:17

Tout d'abord merci pour votre critique, je viens de voir le film en avant première et je me dois de vous écrire afin d'avoir un avis plus sérieux sur ce que je viens de voir.
Tout d'abord, je me dois de vous dire que je suis totalement d'accord avec vous sur prométheus, j'ai vraiment mais vraiment adoré ce film, au contraire de pas mal de fans (ce qui nous a valut cette...daube...).
Pourquoi j'ai aimé prométhéus, et bien tout simplement car en tant que fan d'alien (pas mordu passionné mais juste assez fan pour en connaitre une bonne partie et attendre la suite ou le préquel dans ce cas avec impatience) j'ai pris beaucoup de plaisir à voir la saga revisitée et enrichie d'un nouveau scénario aussi passionnant qu'intriguant.
Nous étions plongés dans l'intrigue DÊS la scène d'ouvert et qui plus est était splendide.
Nous savions déja que ce préquel allait s'étaler en plusieurs épisodes et donc en tant que personne un tant soit peu réfléchie je ne m'attendais pas à voir des aliens forme finale dans ce premier film. Pour moi (et c'est un avis purement personnnel) le film était très bien construit, nous apportant une nouvelle intrigue (origines de l'être humain) tout en nous rapportant avec brio aux origines (sans l'être réellement ) de l'alien avec la découverte de cette planète base et de ce liquide noir/ arme biologique créée dans le but de détruire qui se veut être au final l'alien comme nous le connaissons tous.
Donc en fin de compte, ce que la plupart des gens n'ont pas COMPRIS , c'est que prométhéus n'était que le commencement du commencement. Nous avions des questions en suspens sur l'alien ce qui était tout à fait légitime car pour une trilogie (ou quadrilogie ? ) tout ne pouvait pas être expliqué dés la fin du premier film.
Mais avec cet alien covenant ( et j'en ai fini de parler de prométhéus je pense ) toutes nos questions sur les origines de l'alien ont fait un énorme bond en avant sans nous amener de réelles réponses .N'ayant vu aucune bande annonce sauf les scènes de 5 minutes chacunes une semaine avant d'aller voir le film, je m'attendais à en savoir un peu plus sur ce liquide noir, pourquoi l'avoir créé, pourquoi vouloir détruire la race humaine ou toute autre race apres sa création( question secondaire qui pouvait rester sans réponse bien évidemment car totalement en décallage avec l'univers principal mais quand meme un élément important apporté par la richesse de scénario de prométhéus ).
Et ici, on se retrouve avec un film plat, aux personnages pathétiques, un équipage débile sans aucun raisonnement logique ( le pilote en est la preuve, et la scène ou il apprends le décès de sa femme est a ...pleurer... de rire tellement son jeu d'acteur est déplorable.
Alors je ne vous parle pas de ma déception de voir l'arrivée de David et Ellen shauw sur la planère des créateurs se terminer en 1m30 montre en main et balayant aussi vite toutes les questions restées en suspens du premier film.
Non, ici on comprends en effet qui est à l'origine de l'alien qui grâce a toutes ses expériences et modifications génétiques, David débute la création a proprement parler de l'être ultime.

Mais au final, ce que je veux savoir, et c'est la raison de mon message interminable, les créateurs avaient peur de cette arme bactériologique, sachant qu'elle ne laisse que mort et désolation à son passage, mais dans prométhéus 1, lorsque l'équipage découvre la pièce ou sont entreposées tous les thermos renfermant le liquide noir, celle ci était maintenue grâce à une athmosphère extrêmement stable et surtout, il y'avait une fresque représentant l'alien dans sa forme finale ( juste ? ) donc, est ce qu'ils étaient déja au courant du pouvoir que renfermait cet arme et tout était déja prévu ? (mon avis est qu'ils avaient besoin de l'être humain pour y parvenir et que la création de celui-ci n'était qu'une étape afin d'arriver a obtenir le xénomorphe ultime. Donc le vaisseau découvert dans prométhéus avait comme destination la terre justement pour nous transformer tous en ces bêtes ultra intelligentes et nous faire en quelque sorte évoluer).

Merci de me lire et j'aimerai si vous pouvez bien sur, me donner votre avis sur toutes ces questions que j'ai en suspens car je vous l'assure , j'attendais tellement ce film durant ces 5 dernières années ( je n'ai vu aucune bande annonce, lu aucun article, je suis arrivé au cinéma avec des étoiles plein les yeux et en suis ressorti frustré comme jamais car la moitié de l'intrigue avait été brûlée d'un seul coup...)

fourtwo 12/05/2017 à 13:05

Alors là tout à fait d'accord avec Jibi : j'ai trouvé que le film était une caricature des 3 premiers Alien (volontaire ? j'aimerais bien...), mais le personnage de David est vraiment le vent de fraîcheur du métrage.

Scott a fait du fan service bâclé, les personnages sont encore plus débiles et les incohérences et raccourcis encore plus énormes que dans Prometheus. Je fantasme qu'il ait fait un gros fuck aux fans qui s'en étaient plaint pour effectivement pouvoir passer à autre chose de plus neuf.

Finalement je trouve ça absolument inintéressant de tirer des traits pour rejoindre des points : on s'en fiche de savoir comment / pourquoi le xénomorphe est arrivé là où il est dans le 8e passager, je préfère un nouveau traitement du sujet. D'ailleurs Damon Lindelof l'avait dit lui même quand il a écrit le scénario de Prometheus, et en repensant à ce film je trouve au final qu'il avait traité cet univers avec pas mal de brio.

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