Alien : Covenant - critique que personne n'entendra crier

Simon Riaux | 5 octobre 2020 - MAJ : 26/10/2020 23:13
Simon Riaux | 5 octobre 2020 - MAJ : 26/10/2020 23:13

Cinq ans après un Prometheus qui aura engendré nombre de débats passionnés en nous proposant de réinventer la mythologie AlienRidley Scott continue d'interroger la légende qu'il a forgée à l'occasion d'Alien : Covenant. Conscient des reproches formulés à l'égard du précédent  volet, le réalisateur poursuit la mutation de cet univers, avec l'intention d'assoir une nouvelle fois la figure du Xénomorphe au sommet de la chaîne alimentaire de l'horreur.

PARADIS PERDU

L'équipage du Covenant traverse la galaxie avec à son bord des milliers de colons en cryo-sommeil, destinés à coloniser une lointaine planète habitable. Suite à une avarie, le personnel de bord est sorti d'hibernation, juste à temps pour capter un étonnant message, manifestement d'origine humaine, provenant d'un astre inconnu, qui a tout d'un paradis terrestre. Il s'agit en réalité d'un piège qui va se refermer sur eux et broyer leurs idéaux.

 

Photo Katherine WaterstonGround control to Major Scott

 

Scott a entendu les complaintes outrées des spectateurs agacés par ses questionnements cosmogoniques et, si les Ingénieurs ne sont pas totalement absents de cette nouvelle aventure horrifique, le cinéaste a décidé de changer son fusil d'épaule. En effet, Alien : Covenant opte pour un rythme extrêmement dense, resserré et adopte très rapidement une structure proche du slasher, tendance série B énervée.

Menace pléthorique et omniprésente, prédation ultra-violente, le malheureux équipage du Covenant n'aura pas droit à une seconde de répit. Gorgé d'une misanthropie qui confine souvent au nihilisme, le scénario se veut une machine de mort impitoyable lancée sur une galerie de personnages sacrificiels. La mise en scène tour à tour brute et nerveuse de Scott confère à ce jeu de massacre une très grande intensité, qui surprend tout d'abord par son apparente froideur, avant que le film ne dévoile véritablement où il entend diriger notre empathie.

 

Photo Michael FassbenderBlanc est mon cuir, noir est mon cœur

 

LA TOILE DE DAVID

Car si nos piteux colons se transforment rapidement en buffet ambulant, c'est qu'Alien : Covenant ne s'intéresse pas tant à eux qu'au véritable héros de cette nouvelle saga. Il s'agit bien sûr de David, qui devient plus que jamais un anti-Ripley, une figure vertigineuse de démiurge, à mi-chemin entre Faust, Prospero et Frankenstein.

Au coeur de ce chemin de croix, qui a substitué la peur de la maternité du Huitième Passager à une terreur séminale plus masculine, ce héros négatif, touchant dans sa quête d'un absolu mortel et indépassable, charrie avec lui une esthétique troublante, riche de références au romantisme allemand. Il confère à Covenant une richesse thématique et une poésie macabre qui s'hybrident curieusement avec la déferlante de violence graphique issue du cinéma d'exploitation.

Son importance et le traitement que le script réserve à ses protagonistes croyants nous donne également à voir une évolution radicale de l'oeuvre de Ridley Scott. Si ce dernier a toujours appréhendé ces personnages avec une distance loin d'être bienveillante, il paraît, depuis le décès de son frère Tony, plus révolté que jamais contre les fausses idoles ou illusions spirituelles des personnages qu'il déploie.

Dans le sadisme qu'organise le metteur en scène pour mettre à l'épreuve son équipage, on lit un rapport désormais totalement désenchanté au monde, une défiance complète à l'égard des marchands de rêve et de transcendance bon marché. Presque 40 ans après nous avoir alliés à Sigourney Weaver dans sa lutte contre une déité bio-mécanique meurtrière, Scott s'est définitivement rangé du côté de la créature, de sa perfection synonyme de pureté.

 

PhotoIl a bon dos l'alien

 

FAIS-MOI MAL

Radical et fiévreux, Alien : Covenant distille avec cruauté quelques puissants moments de cinéma. Il suffit à Ridley Scott d'un traveling semi-circulaire et d'un dialogue en apparence anodin autour de l'apprentissage de la musique pour nous faire comprendre le magnétisme diabolique de son héros maléfique et sa maîtrise du médium.

Il ne renonce pas pour autant à relire, réinventer et détourner les figures matricielles de la saga. Les irruptions de l'abominable Spineburster devraient rester dans les mémoires, tant elles frappent par leur ignominie sanguinolente. À la fois plus léger et plus profond que Prometheus, ce chapitre en forme d'hommage enragé à la première trilogie Alien réussit à divertir intensément, et a la bonne idée de se conclure de vicieuse manière, offrant à ses personnages un futur terrain de jeu aussi retors que létal.

 

Affiche

 

Résumé

Alien : Covenant joue simultanément la carte du film d'exploitation régressif et enragé, tout en ménageant de passionnantes pistes symboliques. Il gagne sur les deux tableaux.

Autre avis Geoffrey Crété
Après Prometheus, Alien : Covenant prouve que Ridley Scott ne sait pas quoi faire de cette créature, cette mythologie, et cette saga. D'où un film souvent soigné mais profondément bancal, qui oscille entre vieux schémas paresseux et parenthèses incongrues, lesquelles montrent que le réalisateur court après autre chose.
Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(2.8)

Votre note ?

commentaires
tom1gozzi
17/01/2021 à 14:29

Une bande de pecnos à la place de cet équipage débile nous auraient mieux diverti ! Rares sont les films où l'équipage assure, en fait il n'y en a pas je crois...Mais dans ce film ! On peut leur filer la palme de la connerie ! Est ce qu'un jour nous aurons droit à une expertise à peu près digne pour une expédition à la hauteur de la plus petite imagination pour un véhicule habité dans l'espace ? Putain, j'en doute ! Rien que les deux folasses qui explose la navette en vingt seconde après avoir chacune valdingué sur la même tâche de sang m'ont vraiment fait rire ! Surtout celle qui est super pilote émérite ! La femme du garagiste texan qui n'hésite pas a planter un immense vaisseau fleuron de l'humanité pour la raison essentielle qu'il a entendu gueuler sa femme, pilote émérite en qui il n'a apparemment aucune confiance, pour ça aussi il a bien raison. J'aurais peut-ètre adoré ce film si à chaque scène y'avais un doublage son de rires des spectateurs, comme dans les sitcom...

Xeno morfle
02/12/2020 à 18:50

La tentative de Scott de trouver une"origine" humaine à la création de la bête est un peu périlleuse à mon avis : faut il absolument que le xenomorphe soit le résultat d'une interaction humaine ? Je ne le crois pas,en plus ça fracasse un peu le mythe...un prequel en deux parties bien rythmées déboulant sur l'arrivée du Nostromo aurait dû être l'objectif et non pas ces digressions un peu hasardeuses...tant pis, je l'aime quand-même ma bestiole...

Alhkaar
29/11/2020 à 18:22

Prometheus et Covenant rajoute du background a la saga.
Peut mieux faire sur certains points... Acteurs entre autre...

Mais Si on reste objectif; Les 1ers aliens, c'était du bourrin. Et pas bcp plus.
Mais Ripley crevait l'écran
Attention je suis méga fan du 2 donc j'ai le bourrin.

Jaime l'ensemble de la saga.

Ns
28/11/2020 à 14:46

Il était vraiment bien comme film, je ne me suis pas ennuyé. Ça faisait longtemps. J'espérais un peu plus d'interactions des ingénieurs et un peu déçu de voir aussi peu James Franco. Mais bon, le film était très bon malgré tout.

caribou
07/10/2020 à 10:11

l'annonce d'une suite serait un trés beau cadeau. Les autres n'auraient qu'a rester chez eux , tout simplement.

J.got
06/10/2020 à 14:24

Ça m'etonne pas d'un riaux cette critique!

Tjrs à côté dla plaque (ou sdonner un genre)

Covenant donne une explication totalement incoherente, ridicule et centrée sur l'Homme à l'origine des aliens.

Ça gâche toute la puissance de la bête et par conséquence la saga

pere colateur
06/10/2020 à 14:06

@ mouais bof.
C'est vrai que j'avais oublié BR 2049 je te l'accorde. Quand aux bouses genre Covenant j'en aimerai une toute les semaines !

Mouais Bof...
06/10/2020 à 11:47

Simon Riaux nous fait une durendalisme chronique.

@Pere Colateur.On peut detester les derniers star wars, les films de superhéros et cette bouse d'alien covenant c'est possible aussi. En terme de science fiction tu as du blade runner 2049 qui est plus ''criant'' que ce navet scottien.

pere colateur
06/10/2020 à 11:27

En terme de science fiction , je n'ai rien vu de mieux depuis. Pour moi c'est 5 étoiles. . Et c'est mon droit. Je m'assoie sur tous les Star wars créins , et je vomis les films de super héros pour débiles mentaux. Ce film malgrés ses faiblesses est mille fois au dessus.

Ridley Scott
05/10/2020 à 21:33

Il a bien aimé le film, objectivement. Personne ne l'a forcé à mettre 4 étoiles.
Il m'en parlait encore ce week end à la maison autours de mon barbecue.



^^

Plus
votre commentaire