Juste la fin du monde : critique désespérée

Simon Riaux | 23 juin 2021 - MAJ : 24/06/2021 14:13
Simon Riaux | 23 juin 2021 - MAJ : 24/06/2021 14:13

Juste la fin du monde, ce soir à 20h55 sur Arte.

Érigé depuis son premier film en véritable phénomène culturel, Xavier Dolan revenait à Cannes avec l'ambition affichée de remporter la Palme d'Or. Et il n'est pas passé loin, puisque c'est honoré du Grand Prix de la Croisette que le film est sorti en salles. Juste la fin du monde est-il vraiment "le chef-d'oeuvre" de son réalisateur ?

Apocalypse No

Il est permis d'en douter, tant la chose, conçue et produite en quatrième vitesse afin de pouvoir concourir à la Palme, révèle les failles que l'on décelait déjà dans les précédents travaux de Xavier Dolan. Débarrassé du joual québécois et manifestement décidé à enrober son récit d'une sobriété nouvelle, le cinéaste dénude son style jusqu'à l'os, quitte à le débarrasser (un temps) de ses atours hystériques et acidulés, pour suivre un personnage de faux fils prodigue, revenu dans une famille quittée des années plus tôt, afin d'annoncer sa mort prochaine.

Hélas, ce qui avait pour but de permettre à l'émotion de s'épanouir et à la violence interne du récit d'éclore dévoile une mise en scène d'une embarrassante pauvreté. À moins d'être un inconditionnel du champ-contrechamp, difficile de ne pas bailler d'ennui devant les interminables joutes verbeuses qui émaillent le film, organisées en pastilles et confrontations terriblement attendues. Ici et là, la caméra s'éveille le temps de rares flash-backs clippés. Plastiquement très aboutis, ils surlignent malheureusement la superficialité de l'ensemble et une construction beaucoup trop mécanique du crescendo émotionnel.

 

marion cotillardMarion Cotillard

 

Sans bouleverser l'architecture de la pièce de Lagarce, Dolan a bien du mal à habiter cet enchaînement de numéros de duettistes, tantôt compassés, tantôt enflammés. Le film s'écroule alors sous le poids de ses effets de styles et rodomontades esthétiques, transparentes et convenues. Plus que le sens, le découpage, quand il s'emballe, cherche le style pour le style, l'impact pour l'impact, sans que jamais l'émotion n'apparaisse autrement que comme le glaçage trop sucré d'un dessert préparé trop vite. 

Si on pouvait attendre du casting qu'il sauve un peu la chose de l'échec complet, la disparition de l'argot québécois assèche le cinéma de Dolan et le prive d'une de ses véritables singularités, tout en mettant en lumière les carences des comédiens. On demeure souvent interdit devant des tunnels dialogués, dont aucune réplique ne sonne juste, dont le rythme ne décolle jamais. De Cotillard à Léa Seydoux en passant par Gaspard Ulliel, tout ce petit monde patauge dans le pathos avec une raideur embarrassante.

 

Juste la fin du mondeNathalie Baye

 

Nathalie Baille

Au final, dans cette famille rongée par les non-dits, les affects contrariés et les rancoeurs venimeuses, la caméra est de trop. La chair, l'âme partagée entre un public et une scène qu'autorise le théâtre n'a ici pas droit de cité. En témoigne le dernier quart d'heure du film, ou pour faire exister un texte (envahissant) qui tire sa puissance émotionnelle de son apparente aridité, la mise en scène ne peut plus s'appuyer sur les comédiens et a recours à des jeux de lumière et un arsenal métaphorique qui feraient passer un clip de Johnny Hallyday pour un sommet de finesse.

Dès lors, on serait presque tentés de voir dans les effets de style surtravaillés de Juste la fin du monde des bouffées d'air esthétique, des percées de mise en scène. Mais là aussi, le contraste entre la vacuité de l'ensemble et une poignée de trouvailles plastique ravive le sentiment d'étiolement qui nait de cette apocalypse égotique. Le dernier film de Xavier Dolan n'est pas, contrairement à ce qu'a affirmé avec violence la critique américaine, son plus mauvais, mais sans doute son plus sobre, une création qui malheureusement pour elle n'a même plus l'élégance de faire diversion.

 

Juste la fin du monde poster

Résumé

Mécanique, dramatiquement essoré, le cinéma de Dolan est en panne sèche.

Autre avis Alexandre Janowiak
Drôle, violent, lyrique, radicale... Juste la fin du monde enferme, oppresse et étouffe au sein d'une famille aux portes du chaos, emplie d'amertumes mais regorgeant d'un amour bouleversant.
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Lecteurs

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commentaires
Deny
24/06/2021 à 14:17

J'en ai marre de confondre Xavier avec Christopher ! de confondre un bonimenteur et un génie!

Francis Bacon
24/06/2021 à 02:33

Je suis plutôt de l'avis d'Alexandre que de celui de Simon. Je trouve que Dolan réussit parfaitement l'essai de faire un genre de film typiquement français : la réunion de famille. Cassel est qd même très bon, pas d'accord sur les critiques sur les dialogues : par ex 1 dialogue entre Baye et Ulliel sur pquoi elle voit en lui le leader charismatique de la famille que j'avais trouvé très fort, avec pas mal de belles répliques

Pilou
24/06/2021 à 01:16

On peut ne pas aimer la critique, mais faire l’effort de justifier une non-appreciation en plusieurs paragraphes prouve que c’est un point de vue construit et réfléchi. Je n’ai pas aimé ce film c’est vrai, mais m’aider à articuler pourquoi me touche! Merci l’équipe, vous vous permettez toujours d’être indépendant et parfois je ne suis pas d’accord mais vous donnez un contraste interessant et “food for thoughts”.

pifpaf
23/06/2021 à 20:29

une vraie perte de temps ce film

Mano
12/09/2020 à 06:50

Mon dernier film préféré.

Tom
27/10/2016 à 17:06

C'est fou ces critiques qui s'écoutent écrire au point où on a le sentiment qu'ils ne savent plus vraiment de quoi ils parlent, qu'ils décrochent... tellement leur concentration est rivée à la préoccupation d'une tentative littéraire réussie...Cette critique est un exercice de style...de la part d'un critique qui aimerait savoir transporter ces lecteurs...mais quand ce n'est que du style...ce n'est pas grand chose et cela n'atteint pas réellement l'oeuvre de Dolan compte tenu des risques véritablement artistiques qu'il engage dans son travail acharné, passionné, raffiné et intelligent.

champy
22/09/2016 à 12:45

"...MAIS DOLAN IL A EUT UN OSCAR A CANNES." MDR.

NIKTALOPE
22/09/2016 à 12:18

OK LA MIFF MAIS DOLAN IL A UN EUT UN OSCAR A CANNES. LE FILM DOIT PAS ETRE MOVAIS: SURTOUT LE CONADA ILS ONT DRAKE KANMEME. MOI G BIEN AIME LE FILM C JUSTE JAI PAS COMPRIS POURQUOI IL COURRAIT AVEC UN CADY VIDE DANS MOMMY. MAIS JUSTE LA FIN DU MONDE ILS PARLENT BEAUCOUP ALORS J AI DORMI. MAIS LE FILM ETAIT BIEN IL M A BIEN BER-C T'AS VU. SURTOUT DOLAN IL VA FAIRE LE FILM AUX USA D'AMERIQU, AVEC ADELE. UN CLIP DE 1H30 CA VA FAIRE MAL PEUT ETRE. MAIS SOYEZ GENTIL AVEC LUI IL A L'AIRE FRAGLE ET TOUT SUR LES PUB LOUIS VUITTON.

Cklda
21/09/2016 à 15:10

J'en appelle à Simon pour m'aider à comprendre pourquoi, alors que je suis entièrement d'accord avec sa critique, j'en garde le souvenir d'un film attachant. J'ai trouvé le récit mal écrit, les dialogues mal rythmés, les acteurs trop beaux et grimmés en provinciaux de façon méprisante, la réal parfois superficielle de meme que la lumière et je ne parle pas du love flashback fluo qu'on croirait produit pour ASOS. Pourtant aujourd'hui j'en garde un souvenir presque ému (alors que j'ai dit 2 fois à ma partenaire "on sfait chier non?" durant la scèance): suis je touché par l'audace de l'œuvre? L'impétuosité d'une réal généreuse et novatrice? Suis je amoureux de Léa Seydou et Marion Cotillard? Ai-je secrètement envie de faire partie de la bande de Dolan ou meme être Dolan? Ou alors suis je juste un gros baltringue qui finalement aime bien les crêpes au Nutella?

Simon Riaux - Rédaction
21/09/2016 à 12:08

@Clic

Les très belles photos de plateau sont l'oeuvre de Shayne Laverdière.

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