Films

Green Room : critique à la machette

Par Simon Riaux
26 avril 2016
MAJ : 17 octobre 2022
5 commentaires

Avec Blue Ruin, Jeremy Saulnier s’est fait remarquer, notamment par la critique. Intelligent et retors, son film s’est imposé comme une variation inattendue sur le thème de la vengeance, que son auteur prenait un malin plaisir à détourner. Avec Green Room, le jeune cinéaste revient à une structure beaucoup plus classique. Et frappe un grand coup.

poster

AU BAL MUSQUÉ

On ne sort pas tout à fait indemne de Green Room. Non pas qu’il prenne à rebrousse-poil les attentes du spectateur, plutôt parce qu’il les devance et les comble si puissamment, qu’il le force soudain à constater la terrible brutalité du spectacle qu’il est venu chercher. En confrontant dans un espace clos un groupe de punks énervés et une bande de néo-nazis assoiffés de sang, Jeremy Saulnier avance sur le terrain balisé du survival et du film de siège, un programme de série B radicale attendu, qui excite naturellement l’amateur de cinéma de genre.

Ce que ce dernier ne réalise pas forcément, c’est que le film qui l’attend ne joue jamais la carte de l’exploitation goguenarde, de la distanciation, bref que le film n’est là ni pour être aimable, ni pour flatter ses instincts d’amateur d’hémoglobine. Le scénario ultra-carré de Saulnier ne laisse que très peu de place à l’humour, ses dialogues resserrés à l’extrême bannissent tout second degré et sa construction rigoureuse nous invitent à une immersion totale.

 

Photo Alia ShawkatPhantom of pas Paradise

 

LÂCHEZ LES CHIENS

Une fois plongés dans cette fausse série B cadenassée de toutes parts, l’horreur peut se propager, par vagues successives et de plus en plus abrasives. Les morts s’enchaînent inexorablement, alors que ce qui s’annonçait comme un affrontement rock’n roll entre jeunes provocateurs et rednecks bourrins vire à l’horreur pure. Green Room ne relâche tout simplement jamais la pression. Une nervosité qui n’interdit jamais à la mise en scène de prendre de la hauteur, soignant toujours une photographie toujours aux frontières du surréalisme, au gré d’un découpage à la fluidité exemplaire, qui fait usage de l’espace avec une science indiscutable. Dans ses plus beaux moments, le métrage atteint une poésie noire et précieuse, alors que l’animalité des protagonistes éclabousse l’écran.

 

PhotoRevenir d’after

 

Ainsi, il n’est pas rare d’avoir un haut le cœur devant une mise à mort suffocante, tant elle s’avérera, car la narration ne sacrifie jamais sa logique interne aux frissons faciles, résolument inévitable. L’inéluctabilité de ce jeu de massacre permet au film de s’aventurer sur le terrain politique. A l’heure où les Etats-Unis vivent une campagne présidentielle qui se distinguent par les soubresauts de violence qu’elle provoque dans la Cité, Green Room s’impose comme le film d’horreur de la séquence Trump, l’autopsie d’un corps social dont les composantes sont devenues si absolument antagonistes qu’elles ne peuvent plus s’affronter que dans un bain de sang.

Sous couvert de nous offrir un huis-clos enragé, Jeremy Saulnier nous plonge dans un bain acide, une aventure sans retour, dont l’intensité et l’impact laissent recroquevillé au fond de son siège.

 

Green Room : affiche

 

Rédacteurs :
Résumé

Fiévreux, violent, parfaitement maîtrisé, Green Room est une leçon de cinéma énervé au suspense implacable.

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pepe

Habitué et fan de ce genre de film, la je suis bien resté sur ma faim, déçu …

Bob Denard

Ca a l’air fou. Tous les mots clés totalement barrés qui me font bander en un seul film.

Babayaba

Pas si énérvé et violent que ça. Un peu surestimé mais très bon fil au demeurant.

diez

La galère pour trouver une salle…

Mad

Vivement!!!