10 Cloverfield Lane : critique mystère

Simon Riaux | 24 décembre 2017 - MAJ : 06/01/2019 16:13
Simon Riaux | 24 décembre 2017 - MAJ : 06/01/2019 16:13

J.J. Abrams est le producteur de ce 10 Cloverfield Lane, projet mystérieux affilié au film de monstre géant qu’il avait également produit quelques années plus tôt. Que vaut cette création inattendue ?

SURPRISE SURPRISE

Réalisé par le quasi-inconnu Dan Trachtenberg, écrit notamment par Damien Chazelle (Whiplash), sous le parrainage d’Abrams et produit dans le secret le plus absolu, ce film dont on ne connaissait avant de le découvrir qu’une intrigante bande-annonce semblait lorgner tout droit vers les récits de science-fiction des années 50 et la paranoïa de La Quatrième Dimension.

Et c’est effectivement le cas. Jusque dans le moindre de ses plans, le récit est porté par un amour total pour les canons du genre. Ainsi, si vous espérez de la part de 10 Cloverfield Lane autre chose qu’un hommage sincère envers une tradition de cinéma bien établie, si vous êtes en quête d’originalité ou d’un quelconque discours méta, passez votre chemin, l’œuvre de Dan Trachtenberg risque de vous frustrer plus qu’autre chose.

 

Photo John Gallagher Jr., Mary Elizabeth Winstead, John GoodmanQuand John Goodman tend le doigt, le sage l'écoute

 

MON BUNKER AU CANADA

Et si le film ne sort jamais de sa posture de révérence, il accomplit ce geste avec un soin et un talent qui forcent l’admiration. Grâce à un scénario attendu mais écrit au cordeau, le spectateur oublie rapidement combien il est en terrain balisé. A l’aide de dialogues extrêmement naturels, mais d’une précision souvent diabolique, le malaise s’instille par touches infimes, avec une précision remarquable. Il suffit d’une réplique anodine, d’un jeu de société qui tourne mal, pour que la violence et l’angoisse envahissent l’écran.

 

John GoodmanJohn Goodman

  

Une partition idéale donc, dont jouent avec talent Mary Elizabeth Winstead ainsi que John Callager Jr. Mais c’est ici John Goodman qui nous impressionne le plus. Si le talent du comédien n’était plus à prouver depuis belle lurette, le retrouver dans un rôle aussi intense, nuancé et doté d’un temps de présence à l’écran conséquent est un pur ravissement de cinéphile. Jouant de sa présence monolithique, alternant avec délice vulnérabilité et perversion carnassière, il fait peser sur l’intrigue un voile de violence sourde et fascinante.

 

Photo Mary Elizabeth WinsteadRamona Flowers a bien changé

 

MONSTRE Y ES-TU ?

Quant à la mise en scène de Dan Trachtenberg, elle impressionne par la leçon d’humilité qu’elle nous offre. Le réalisateur ne cherche jamais l’esbroufe ou le style gratuit, mais plutôt la manière la plus intelligente de traduire un récit humainement très complexe en image. Aussi à l’aise pour établir un décor que lui faire incarner la psyché des personnages, il parvient en outre à tenir sa narration jusqu’à sa dernière image, nimbant l'ensemble de références parfaitement digérées (de Steven Spielberg à John Hughes).

 

Photo John GoodmanContent de te revori camarade

 

Maître de ses effets, il nous surprend encore dans le dernier tiers de 10 Cloverfield Lane, quand vient l’heure de répondre aux questionq que se pose le public, et que l’intrigue subit une accélération phénoménale. Le métrage bascule alors dans l’horreur pure, parvient à nous choquer plusieurs fois, malgré les restrictions du PG-13, nous rappelant qu’en matière d’intensité, tout est question d’émotion et de rythme, plus que de démonstration de force ou d’outrance graphique.

Si 10 Cloverfield Lane ne réinvente rien, il invoque le souvenir d’un cinéma oublié de nombreux spectateurs, une forme de récit pure, qui épouse le genre sans ambiguïté et avec une générosité devenue trop rare.

 

10 Cloverfield Lane

Résumé

Si les séries B d'antan vous manquent, que vous avez envie d'un récit de science-fiction à l'ancienne et parfaitement calibré, 10 Cloverfield Lane devrait faire votre bonheur.

Lecteurs

(4.5)

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commentaires

Marc
25/12/2018 à 17:57

Vu au ciné, ce film avec le concept " Cloverfied " ma gonflé l'histoire na aucun sens ! Je failli sortir de la salle .

Tim
25/12/2018 à 13:06

Mary Elizabeth Winsted est la vraie attraction du film!

STEVE
25/12/2018 à 01:09

SPOILER

La fin avec les extra-terrestres gâche tout.
C'était bien mieux de maintenir le doute.
Et le côté claustro sans sfx.
Après c'est un banal film d'invasion alien.
Et d'un coup la fille est une warrior.

francky
01/04/2016 à 18:13

me tarde de le voir (pour john goodman que j'adore :)

Solaris
19/03/2016 à 08:57

Film vraiment bien durant les 3/4 puis la fin a tout gaché pour moi... fin ultra heroïque et bcp trop convenue et facile.... dommage.

Walter
18/03/2016 à 11:32

J'ai vu le film qui est très bien mais j'ai quand même eu l'impression que le scénario (à part la fin) était exactement le même que celui d'un épisode (le 2) de la première saison de la série Métal hurlant. Est-ce une pure coïncidence ? Je trouve étrange que personne n'en parle...

Jo
16/03/2016 à 21:32

Allons au massacre de la quatrième dimension comme nous avons assisté au massacre des Star Treck et Star Wars

Mordhogor
11/03/2016 à 18:27

Bigre, j'ai hâte !!!! Et je possède The Divide sur ma pile de films à voir en plus !!! Donc faut que je regarde les deux !!!

Lane48
11/03/2016 à 17:08

Critique joliment torchée et qui donne bien envie !

Simon Riaux - Rédaction
11/03/2016 à 15:34

@Thierry

Pour être exact, The Divide est un hommage à la SF des années 50 et à La Quatrième Dimension. Comme Cloverfield Lane. D'où les points communs.

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