Chair de Poule : La critique qui n'a pas peur

Christophe Foltzer | 10 février 2016
Christophe Foltzer | 10 février 2016

Maintenant qu'Harry Potter en a temporairement fini avec ses aventures au cinéma, il y a un créneau à prendre. Et Jack Black compte bien l'occuper un bon moment. Avec Chair de Poule, il joue à se faire peur. Et à nous aussi, mais pas forcément pour les mêmes raisons.

Qui a grandi dans les années 90 connait à coup sûr la collection de livres d'horreur pour enfants Chair de Poule, par R.L. Stine, qui a eu droit à une célèbre série télé du même nom. Une sorte de Contes de la Crypte light pour morveux qui aiment se faire peur avec une bonne louche de Stephen King dedans. Ultra kitsch, la série télé ne rendait pas foncièrement justice aux romans dont elle s'inspirait et on attendait encore une réelle adaptation. C'est exactement l'ambition du film qui sort aujourd'hui, même s'il joue la carte méta.

Car, en effet, si l'on veut faire un film Chair de Poule, le gros problème qui se pose d'emblée est de savoir quel roman on va choisir d'adapter parmi les 74 que compte la collection (sans parler des spin-offs). Puisque chaque lecteur a son histoire préférée, il s'agissait pour le studio d'arriver à un consensus qui prend ici la forme d'une réunion des plus grandes figures de l'univers Goosebumps (titre original)  pour ne léser personne. Un choix assez cassee-gueule mais plutôt bien géré.

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Prenant le postulat assez classique du nouvel habitant dans une banlieue tranquille, Chair de Poule nous présente donc Zack, un lycéen endeuillé par la mort récente de son père, qui s'installe avec sa mère à Madison, à son grand désarroi, et qui est immédiatement intrigué par la maison voisine. Le propriétaire, un certain Mr Shivers, se montre très antipathique et menaçant tout autant que sa fille, Hannah, se montre charmante et éprise de liberté. En entrant par effraction chez Shivers, Zack trouve une série de manuscrits, en réalité la collection originale de Goosebumps et, en ouvrant l'un des volumes, il laisse échapper le monstre de l'histoire. La vérité éclate immédiatement : Shivers est en réalité R.L. Stine, l'auteur de Chair de Poule, qui vit en reclus d'une ville à l'autre, victime d'un terrible pouvoir qui donne vie à toutes ses créations. Et quand tous les monstres s'évadent et sèment la pagaille dans la ville, le petit groupe doit les retrouver et les faire retourner à l'intérieur de leurs livres respectifs.

bande-annonce

Une histoire assez fourre-tout mais plutôt bien pensée au final qui permet de traiter un panel assez large des créatures emblématiques de la collection sans froisser qui que ce soit. Et c'est bien le gros reproche que l'on peut adresser au film, son extrême gentillesse, voire sa fadeur alors que la thématique appelait à un traitement plus acéré. Si l'on n'oublie pas à quel public il se destine, on se surprend à rêver au film que cela aurait pu donner s'il avait été traité par Joe Dante puisqu'il reprend grosso modo la trame de Gremlins. Laissant la place à des effets spéciaux globalement réussis, le scénario se délite au fur et à mesure et ce ne sont pas les rebondissements artificiels qui vont en rehausser l'intérêt. Pourtant, il faut reconnaitre au film d'aligner quelques belles séquences, quelques dialogues bien sentis, un humour plutôt jouissif par moment et des personnages plus profonds qu'ils n'y paraissent.

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Photo Chair de poule

Jack Black, quant à lui, fait son Jack Black mais en mode mineur, ce qui nous épargne ses sempiternelles grimaces et laisse entrevoir un versant mélancolique de sa personnalité que nous n'avons plus vu depuis fort longtemps. Le film n'est pas ennuyeux, la mise en scène est plutôt solide sans être flamboyante, mais le tout est assez inodore, sans aucun cachet particulier, sans réelle identité. Mais cela peut constituer une bonne introduction à l'univers de R.L. Stine. Il est cependant fort dommage qu'avec un tel potentiel, le film n'ait pas pris plus de risques, ne sorte pas davantage des sentiers battus et soit, au final, un produit digéré de plus.

Résumé

Spectaculaire par moments mais désespérément inoffensif, Chair de Poule peut néanmoins constituer une bonne introduction à cet univers pour qui souhaiterait le découvrir et se plonger ensuite dans les livres.

commentaires

hinarii temehau temauri
28/04/2016 à 22:51

woah j adore

haha
11/02/2016 à 01:09

@Lolo Pecho, il y en a qui devraient retourner dans les années 90 et ouvrir leur cahier de conjugaison

Holly Body
10/02/2016 à 16:29

Je n'ai pas dit le contraire, mais tu semblais dire qu'il devrait aller vers le ciné indé "peut-être", et pas y revenir. Bernie c'était plus récemment et The Holiday par ex, c'est Nancy Meyers, qu'on peut considérer comme un auteur dans son genre, nommée aux Oscars en son temps. Y'a eu le Gondry aussi, pas grandiose mais même volonté de tourner avec un auteur.
Mais bon je suis absolument pas fan de l'acteur, j'ai aucunement l'intention de le défendre. Juste, on sent une volonté assez régulièrement dans ses choix.

Zanta
10/02/2016 à 16:12

@Holly Body
Il avait fait le Baumback y'a presque 10 ans (entre le commercial the Holiday et le sympathique Be Kind Rewind), donc une expérience parmi d'autres...
En revanche, il doit clairement à Linklater ses meilleurs rôles, et je guette leur prochaine collaboration.

Lolo Pecho
10/02/2016 à 16:11

Un grand merci à Fox France de sortir le film quatre mois après sa sortie Américaine sachant que le film est disponible sur les sites pirates depuis un mois. Il y'en a qui se croivent toujours dans les années 90.

Bolderiz
10/02/2016 à 15:44

Vu. Bof, assez anodin, inoffensif c'est un bon terme, dommage, on sent que le film a du potentiel mais c'est trop mièvre, gentillet, pour convaincre.

Ninja
10/02/2016 à 15:04

Excellent film ! Allez y en famille sans hésiter.

Holly Body
10/02/2016 à 15:00

D'accord sur l'impression de cachetonner.
En revanche il tente déjà le ciné : Margot at the wedding de Baumbach ou Bernie de Linklater (nommé au Golden Globe du meilleur acteur). Mais c'est sûr que c'est moins médiatisé, et inédit dans nos salles du coup.

Zanta
10/02/2016 à 14:38

Vraiment l'impression que Black est là pour cachetonner, suite à sa trilogie d'échecs - Year One, Gulliver, The Big Year -...
Un bon acteur, qui devrait se décider à aller vers un registre plus adulte, peut être du côté du ciné indé.

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