Films

The Revenant : critique intrépide

Par Simon Riaux
12 novembre 2020
MAJ : 10 mars 2023
27 commentaires

Réussite technique et esthétique indiscutable, Birdman de Alejandro González Iñárritu se doublait hélas d’interminables babillages adolescents sur la condition artistique et révélait une nouvelle fois les limites de son auteur. The Revenant jouit des mêmes qualités et défauts, à la différence que la nature du projet lui permet en partie d’échapper à l’égo cannibal du réalisateur.

photo, Leonardo DiCaprio

DIRECTOR-MAN

Alejandro González Iñárritu et Leonardo DiCaprio n’auront peut-être pas servi au mieux le film durant la dernière ligne droite de sa promotion. Le premier laissant libre cours à sa mégalomanie (« Mon film doit être visionné dans un temple » et autres déclarations ronflantes…), tandis que le second s’attardait complaisamment sur les épreuves du tournage (révélant en creux que son travail ici relève plus de la performance flagellatoire que d’une proposition de jeu), au risque de nous faire oublier ce qu’est profondément The Revenant.

 

PhotoLeonardo DiCaprio

 

A savoir, un survival extrême, bas du front, sauvage et puissant, aux images souvent impressionnantes, voire tout bonnement jamais vues sur un écran, mais en aucun cas une œuvre « exigeante » (au sens académique du terme), inclassable, ou arty. The Revenant revient à une forme éminemment primaire de cinéma d’aventure, où sont hybridés dépaysement, adrénaline, violence et dolorisme. Un divertissement en forme de chemin de croix traversé de séquences inoubliables.

Qu’il s’agisse d’une attaque d’ours dont la violence paralyse, d’une attaque d’indiens tournant à la boucherie ou du retour à la barbarie progressive d’un Tom Hardy plus impressionnant encore que Leonardo DiCaprioThe Revenant impose à son public une série de décharges cinématographiques qui manque de peu de lui griller littéralement la rétine. Des prouesses filmiques qui doivent beaucoup à Emmanuel Lubezki et sa maîtrise absolument bluffante de l’image, lequel s’impose comme un des premiers vrais grands maîtres du cinéma numérique, qu’il porte vers des sommets que seul Michael Mann tutoyait jusqu’à présent.

 

photo, Leonardo DiCaprioSeul au monde

 

IL EST MAL LÉCHÉ CET OURS

S’il est dommage qu’Alejandro González Iñárritu tente sans succès de dupliquer Terrence Malick ici et là, gonflant inutilement la durée de l’ensemble, si on pourra se moquer de ses tentatives d’inclure les indiens et leur rapport à la nature dans un récit qui au fond, s’en contrefout totalement, ces scories servent finalement l’ensemble. The Revenant n’est curieusement jamais desservi par les gros sabots de son réalisateur, en cela que ses héros sont eux-mêmes d’invraisemblables bourrins.

 

photo, Tom HardyTom Hardy

 

Qu’il s’agisse des personnages de Leonardo DiCaprioTom Hardy ou de leurs compagnons, de l’histoire véritable dont s’inspire le film, tout ici concourt à la folie, la démesure et à la férocité. Ainsi la frontalité de la mise en scène, la manière dont son acteur principal bande ses muscles de comédien prêt à tout, l’absence totale de nuance de l’ensemble de l’œuvre ajoutent paradoxalement à sa cohérence.

Oui, The Revenant est un film enragé, beau, violent avec ses personnages et son spectateur, cruel, sadique, souvent virtuose, sidérant parfois et bête par endroits. Et c’est justement cette combinaison hétéroclite de défauts et d’immenses qualités qui en font non pas un chef d’œuvre, mais une création à part, un plaisir de grand écran brutal et inédit.

 

Affiche du film

 

Rédacteurs :
Résumé

Alejandro González Iñárritu livre un film virtuose et maladroit, sauvage et fragile, magnétique et neuneu, une oeuvre paradoxale et donc passionnante.

Autres avis
  • Geoffrey Crété

    Un voyage des sens, un trip halluciné, un cauchemar ténébreux, dont la fausse simplicité cache une puissance évocatrice fabuleuse.

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Bolderiz

Mon film le plus attendu de 2016, pour le moment…

blop

Entre lui et silence de Scorsese ça annonce du bon cette année.

Lane48

« L’ego cannibale du réalisateur… « On appelle cela du cinéma au caractère fort et intransigeant. Des ego comme celui d’Inarritu j’en veux bien tous les jours. Du babillage comme celui de Birdman aussi. Heureusement les critiques passent, les films restent.
Bolderiz, ne te laisse pas atteindre par tous les nazes qui polluent le net.

Bolderiz

Pas de souci. Je piaffe d’impatience, toujours.

Dirty Harry

On dirait un trip à la Herzog, Malick, Coppola et….Mel Gibson : je cours le voir illico.