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Les 4 Fantastiques : critique schizophrène

Par Simon Riaux
8 juillet 2022
MAJ : 30 août 2022
35 commentaires

Les 4 Fantastiques est ce soir à 23h10 sur M6.

Après des mois de rumeurs catastrophiques et de cris indignés de la part des fans du comics, Les 4 Fantastiques débarquaient en salles. Précédé d’une réputation pour le moins problématique, le film de Josh Trank (Chronicle), porté par un casting solide (Miles Teller, Kate Mara, Michael B. Jordan, Jamie Bell) a-t-il été la bonne surprise espérée par les uns ou l’échec redouté par les autres ?

Affiche

L’EST PAS FANtASTIQUE

Ni l’un, ni l’autre. En l’état, le film produit par la Fox dans le but évident de conserver les droits de la franchise super-héroïque vendus par Marvel est surtout le témoin d’une formidable bataille, entre un studio et un metteur en scène, entre un cahier des charges et une vision. Et c’est justement ce qui le rend passionnant. Car, au delà de ses qualités et défauts, presque équivalents en terme d’impact, Les 4 Fantastiques est une œuvre d’une schizophrénie presque jamais vue, et s’impose en témoin inattendu de son époque.

On est tout d’abord saisi par la force des deux premières bobines du film. Pendant près de 50 minutes, le film réussit un invraisemblable grand écart au charme ravageur. Dans son introduction et le développement de ses personnages, le film de Josh Trank accomplit l’étonnante réunion entre la naïveté des productions Amblin (Les Goonies, E.T…) et l’influence revendiquée de l’auteur à savoir le cinéma de David Cronenberg. Le résultat est un mélange terriblement efficace et cinégénique de science-fiction naïve et d’angoisse adolescente, soit un point de vue inédit et pertinent, qui autorise le film à se hisser instantanément au-dessus du tout venant des adaptations de comics.

 

photo, Kate Mara, Miles TellerQuand tu décortiques le scénario, perplexe

 

Cet équilibre précaire tient bon grâce à un souci réel d’adaptation et d’écriture des personnages. Le métrage nous rappelle ainsi qu’on n’avait pas vu depuis longtemps un blockbuster super-héroïque s’attarder sur les failles, les doutes, les liens, les affects de ses protagonistes. Ainsi quand les corps changent, lorsque les pouvoirs s’affirment, que les camps se dessinent et que nos héros sont amenés à s’accomplir, c’est à une aventure multiple et puissante que nous invite ces Fantastiques.

 

photoTaper fort et retomber

 

LES 4 FONCENT DANS LE MUR

Hélas, trois fois hélas, cet accomplissement est balayé avec une violence extrême par un montage qui charcute littéralement le film dans sa seconde moitié. On est sidéré de voir une séquence, manifestement inachevée, interrompue par un carton aux airs de gags. « 1 an plus tard » nous assène le montage, évacuant quasiment un acte entier et autant de mésaventures, de développement des personnages. On sent ainsi le film changer totalement d’orientation à mesure que le studio tente de lui faire retrouver la charte du divertissement Marvel, accélérant la cadence et piétinant toute la construction qui précède.

Et Les 4 Fantastiques de nous assommer de scènes absurdes, aux effets spéciaux bâclés, jusqu’à une conclusion qu’on imagine conçue dans des conditions de quasi improvisation, tant elle consterne de platitude. De nombreuses scènes, aperçues dans les bandes-annonces, manquent à l’appel, notamment les confrontations des héros avec des militaires américains, comme si la Fox avait tenté in extremis de lisser ce qui pouvait l’être. Et quand la Major ne peut tout à fait gommer les doutes ou les conflits qui enflamment les personnages, elle préfère les faire disparaître, quitte à ne laisser d’un Doom terrifiant que le squelette, fascinant mais tragiquement incomplet.

 

photo, Kate Mara, Miles TellerTravail de déco intense et aveuglant

 

Reste ici et là de formidables fulgurances, une violence aussi inattendue que pertinente, un casting qui paraît parfois en apesanteur tant il parvient à réinventer et prolonger la mythologie originelle. Ce qui fait la valeur des 4 Fantastiques, au-delà de sa première moitié réussie, c’est cet étonnant témoignage des années 2015. Cet instantané de l’industrie du divertissement, manifestement terrifiée par une ambition d’une immense simplicité, celle qui pousse un metteur en scène à interroger son sujet, plutôt que le réchauffer au micro-ondes.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

FIlm totalement schizophrénique, Les 4 Fantastiques est à la fois une aventure audacieuse, soignée, et un des pires ratages téléguidés par un studio.

Autres avis
  • Geoffrey Crété

    Peut-être que Les 4 Fantastiques aurait pu et dû être un film de super-héros sombre, brutal et épique. Mais à l'écran, c'est un trou noir, où il n'y a ni personnages, ni enjeux, ni action, ni énergie. Un film mort-vivant, vidé de toute substance.

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Flo

Fantastique… Où ?

Un film qui a démontré qu’il ne savait pas vraiment dans quelle direction aller, sa production étant précipité pour que le studio Fox garde les droits.

Or adapter les Ultimate Fantastic Four n’était peut-être pas la meilleure idée, car cette version là n’était pas faite pour durer, trop proche d’une écriture à la DC Comics – des jeunes prodiges un peu trop respectueux des adultes, où seules comptent les aventures rocambolesques.

Pas compatible avec un récit qui voudrait en faire des jeunes finalement rétifs à l’autorité, un petit peu comme Josh Trank l’avait fait avec son unique réussite qu’était « Chronicle »…
Mais après être passé avant ça par un prologue à la Amblin (mais dans les années 90). Puis à de la SF un peu Young Adult (ûrement due à Simon Kinberg), avec des complexes militaires, de la traque en forêt, des flirts hyper pudiques…
Avant de s’autoriser à peine des effets super-héroiques, mais traités basiquement, sans implication, avec juste une touche pseudo horrifique mais bien vaine.
Ni même sans alchimie entre les acteurs, qu’on montrent alors unis dans l’adversité (comme leur mentor se plaît à le leur répéter plusieurs fois) mais plutôt comme des collègues travailleurs. Jamais comme des gens qui s’aiment, au point de former une famille.

C’est comme si ce film avait reçu tout ce qui était absent dans les films de Tim Story : une image plus léchée (dans son premier tiers), une plus belle musique, une Susan Storm moins instrumentalisée, enfin de l’exploration scientifique, un chouia de dramatisation utile. Mais sans avoir reçu l’énergie et la bonne humeur que ces mêmes films de Tim Story avaient pu confectionner, et qui peut donner un côté attachant malgré tout.
Le vrai bon film (introductif en tout cas) des 4 Fantastiques se cache là dedans, si le studio avait pû faire la somme du meilleur de ses deux versions.

Mais, l’ambition n’a jamais été suffisamment au rendez-vous sur cette franchise, le résultat ayant toujours été trop chiche pour ces deux types d’adaptations.
Trop d’années à faire des films sur les mutants, ces parias chez qui beaucoup peuvent se reconnaître… La Fox ne savait tout simplement pas quoi en faire.
Cela dit, ça se laisse toujours regarder, comme beaucoup de divertissements modernes… mais sans excitation.

Atom

Les 30 première minutes sont une petite bombe, une fois le 1 ans plus tard passés, c’est une véritable catastrophe. Je pense que les 30 première minutes sont du Trank pure jus, tout le reste vient du studio (mais genre absolument tout. Montage, mixage et j’en passe).

On est vraiment passé à côté de quelque chose de bien, dommage. J’aurais bien aimé voir les 4 Fantastique a la sauce réaliste, ce qui était prévu.

Et ce cast 5 étoile, quel gâchis. Heureusement que ça n’a pas tué beaucoup de carrière (sauf Trank malheureusement). Il pourra toujours se vanter d’avoir fait Chronicles.

Le chat machine

Pourtant avec un sujet de départ pareil, c’est du pain béni…

corleone

MERCI Maverick d’avoir sauvé le soldat Miles Teller qui par son interprétation toujours aussi habitée est l’un des (très) rares points positifs de ce film.

jack kirby rules

Le film déçoit e public pour son manque d’action : C’est LES 4 FANTASTIQUES pas une adaptation de la bd SANDMAN ! Trank est un ringard qui a voulu se montrer + malin que »cette pauvre petite bd  » …Il n’était pas fait pour ce sujet ! Les producteurs on bu ou quoi ??