Love : critique émoustillée

Chris Huby | 15 juillet 2015 - MAJ : 20/07/2018 18:17
Chris Huby | 15 juillet 2015 - MAJ : 20/07/2018 18:17

Gaspar Noé est de retour. Présenté à Cannes, où il aura largement suscité l'incompréhension, Love était très attendu, Sa promotion laissant entrevoir un métrage hard, provocateur, sans aucune concession.

Murphy reçoit un message sur son téléphone. C’est la mère de son ancien grand amour qui s’inquiète pour elle. Le jeune homme, déjà en pleine dépression, se souvient alors de la passion totale qu’il a vécue avec Elle. Noé nous livre ici l’une des premières grandes réussites de fiction qui mélange sexe non simulé et cinéma "traditionnel". À l'opposé de l'orgie provocatrice redoutée (ou attendue), le spectateur découvre une œuvre extrêmement touchante et d’une immense délicatesse.

 

 

La première scène donne le ton. L'héroïne masturbe le héros dans un long plan fixe, jusqu’à l’extase finale. Etonnamment, cette introduction n’a rien de vulgaire, le cadre est composé de telle manière qu’il en ressort une impression de beauté plus que de trash. Nous sommes face à un tableau animé. A ce titre, la photographie est utilisée de telle façon qu'elle habille les corps, que les détails organiques ne choquent jamais. Tout le film fonctionne de la sorte. Noé réussit donc son pari d’emblée et ce qui aurait pu devenir un objet scandaleux s'illustre finalement par son parfait équilibre. Il en ressort une impression de naturel et de fusionnel, une intensité et une sensualité rarement atteintes jusque-là dans le cinéma. Une date, sans aucun doute.

La simplicité du sexe comme élément essentiel de l’existence est ainsi parfaitement mise en image ici. Mais le propos n’est pas là,  cette fameuse découverte des corps sert avant tout un propos dépressif sur la douloureuse séparation. Murphy se souvient d’Electra et vit un cauchemar éveillé, celui du souvenir empoisonné, tel un besoin, un manque toxique et culpabilisateur.

 

 

Murphy aime profondément Electra qui se sent rejetée puisque le désir du premier s’est répandu ailleurs, naïvement et en tout confiance. La destruction et la séparation qui s’en suivent, aux tons rouges de l’enfer, sont les prisons dont le héros n’arrivera plus jamais à sortir. Noé parvient à retranscrire le manque et la dépression d’un point de vue sensible, comme l’atteste la dernière image, terrible, et surtout immobile, comme paralysée dans le temps.

Gaspar Noé, après un Enter The Void décrié mais virtuose, touche du doigt son vieux projet d’amener le sexe comme élément « normalisé » au cinéma. Il rejoint la volonté de son mentor Stanley Kubrick qui avait évoqué un projet similaire il y a déjà 30 ans, en vain. Il accomplit ici un exploit, un très grand film.   

 

Résumé

Drame intime, radiographie d'un égo malade et vertige mélancolique, Love n'est pas (que) la romance porno annoncée, il est bien plus.

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commentaires
Syarus
20/07/2015 à 09:28

@NouveauBis : Ayant vu Eyes Wide Shut et Love, on peut affirmer que Gaspar Noé fait le contraire que Kubrick niveau moral. Premièrement, il montre des scènes de sexes non simulées. Deuxièment, il y a beaucoup de scènes où le personnage de Tom Cruise a honte de ce qu'il a vu (la scène du billard avec son ami médecin). Troisièmenent, ce n'est pas du tout la même histoire dans Eyes Wide Shut où Kubrick préfère faire une film froid et clinique sur le sexe à l'image de son personnage gynécologue. Le personnage de Murphy dans Love n'a aucun complexe à faire l'amour avec sa compagne. Il ne le juge pas et ne fait pas de moral. Nous ne savons même pas à la fin du film si Electra est toujours vivante ou pas...

memede lebarbare
19/07/2015 à 20:39

@Nouveau Bis : tu vas apprendre la technique cinematographique a NOE ,t es pas pretentieux toi !!! t as realise quoi toi ?

Nouveau Bis
17/07/2015 à 20:52

Par contre, moi qui ai vraiment détesté le film, je suis assez triste de n'avoir aucun avis sur la mise en scène dans cette critique, qui est vraiment particulière tout de même. Les cartons noirs entre chaque raccord, cette image tristement rébarbative (les même compositions, les même axes, les même focales, la lumière bien trop sombre tout le film durant), la fixité insupportable (on est au cinéma bordel ! (Un Jarmusch (STRANGERS THAN PARADISE) a l'intelligence de modifier ses compositions avec ses personnages), la 3D franchement inutile et gadget, la musique (trop) omni présente, le son, qui est par contre, lui, excellent, avec un mix époustouflant venant rendre les chocs de certains passages prenant et viscéraux. Mais aussi sur la construction : une déstructuration trop inégale et mal gérée, un montage qui laisse trop vivre, un manque de suspense terrible : après 30mn de film, il n'y a plus rien à voir excepté une histoire d'amour banale en ennuyeuse. Les auto références sont insupportable, entre le héros qui est Noé en jeune, l'ex de sa meuf qui s'appelle Noé (joué par lui meme d'ailleurs), le héros qui veut appeler son fils Garpar, le LOVE HOTEL d'ENTER THE VOID dans l'appart'... Et aussi et surtout, toujours, cette morale qui EFFECTIVEMENT PROUVE QUE NOE N'A RIEN DE KUBRICK. Car en plus de ne pas avoir son talent de mise en scène, Noé imprègne ses films de moralité en permanence. Noé passe son temps à juger ses personnages, à montrer tel ou tel acte bon ou mauvais, à donner sa vision de l'amour comme une vision évidente; là ou Kubrick avec son EYES WIDE SHUT ne juge pas, ne condamne pas, ne pointe pas. KUBRICK était amoral, Noé est un donneur de leçon.

Nouveau
17/07/2015 à 20:36

Ah maintenant on est obligé de faire du cinéma pour pouvoir en parler. Et bien pourquoi lis tu des critiques de cinéma ?

julien
16/07/2015 à 00:52

tâcheron ? mais tu en fais des films toi sylvin ? je suis curieux de voir de quelque sorte de tâche tu serais ! non mais je rêve la! je sais que tu es un foutu troll de merde mais quand même ! sérieux ferme là une bonne fois pour tout ou alors file nous le lien de tes films que je rigole un bon coup, ou pas, surprends moi alors

sylvinception
15/07/2015 à 14:07

Le tâcheron Noé = Kubrick ??
J'aime!! lol

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