Beyond Clueless : Critique coup de coeur

Geoffrey Crété | 2 mai 2015
Geoffrey Crété | 2 mai 2015

Dangereuse alliance, Sexe Intentions, Elle est trop bien, The Faculty, Jeepers Creepers... Ancien critique de cinéma, Charlie Lyne convoque les fantômes d'une variété de teen movies cultes pour assembler un documentaire saisissant sur un genre aujourd'hui quasiment éteint, qui brille néanmoins dans les coeurs de nombreuses générations.

Il y a d'abord la voix de Fairuza Balk, comédienne populaire des années 90, qui commente sa propre image dans Dangereuse alliance, teen movie à la sauce witchcraft de 1996 avec Neve Campbell. Qu'elle parle de son propre corps, et sa propre carrière puisque suivront des extraits d'American History X, donne d'emblée une dimension étrange à Beyond Clueless, qui n'aura de cesse de répéter les motifs (les plans copiés d'un film à un autre) et les visages (les acteurs grimés d'un rôle à un autre) pour créer une spirale envoûtante, une faille temporelle nostalgique vers les années 90.

 



Le documentaire de Charlie Lyne est passionnant car il regorge d'amour, d'admiration et de réflexions sur le teen movie, genre a priori peu respectable qui a connu son âge d'or dans les années 90 avec l'avènement du slasher et ses héros aux adolescences contrariées. Il offre à ces films, parfois aimés mais souvent oubliés, une véritable place, reconnectant ainsi le coeur à la tête lorsqu'il les dissèque : La Main qui tue, Destination finale, Elle est trop bien, The Faculty, Comportements troublantsJeepers Creepers, Spider-Man, mais aussi des objets moins connus comme Bubble Boy avec Jake Gyllenhaal ou Slap her, she's French avec Piper Perabo, font sens lorsqu'ils sont replacés au sein d'un système codé qu'ils remodèlent, réinventent ou répètent. Beyond Clueless s'intéresse à la portée symbolique de ces héros tourmentés par leur sexualité et leur identité, rappelant avec le recul que ce courant de cinéma populaire, produit à la chaîne, n'a jamais été vide de sens. 

 

 

Le film, financé grâce à Kickstarter, prend des allures de trip, grâce à un montage savamment orchestré, et animé par par la musique électro-pop de Summer Camp. Les uns pourront replacer chaque plan dans les films qu'il ont vus des dizaines de fois, les autres se raccrocheront à quelques oeuvres et visages incontournables. Mais Beyond Clueless va au-delà du défi cinéphile nostalgique : il redonne, le temps d'une heure et demie, le vertige d'une époque révolue où s'était créée une dimension à part, qui a fait des couloirs de lycée, des cérémonies de remise de diplôme, des vestiaires et des pelouses du campus des lieux de rendez-vous privilégiés pour les spectateurs du monde entier.

Une dimension iconique qui a aspiré quasiment tous les acteurs de son temps (Rose McGowan, Freddie Prinze Jr., Sarah Michelle Gellar, Lindsay Lohan, Marley Shelton, Ryan Philippe, Reese Witherspoon, Devon Sawa, Jessica Alba, Jake Gyllenhaal), recyclés de manière significative dans un gigantesque univers-bulle où ils semblent tous cohabiter en dehors des films. C'est parce qu'il offre à nouveau, et d'une manière inédite, ce vertige sensationnel, que Beyond Clueless est un objet précieux.

 

 

Résumé

Un documentaire magnifique qui invite à plonger dans une faille spatio-temporelle pour survoler un genre brillant et jouissif, qui regorge de mystères et secrets.

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commentaires
Ann Perkins
03/05/2015 à 01:21

@Boo
Oui il y a cette histoire d'accident sur les yeux mais ça n'explique pas le reste, parce que le problème est malheureusement global sur son visage. Victime parmi d'autres de la pression du système... d'autant plus dingue qu'une partie de sa filmo est à des années lumières de ce dit système.

Boo
02/05/2015 à 21:50

@Ann Perkins Oui moi aussi sa tête botoxée m'avait choqué, puis j'ai été fouiné et elle a eu un accident de voiture qui l'a laissé quasi défigurée donc elle est passée par la chirurgie réparatrice, c'est assez triste pour elle, car oui elle était très belle.

Ann Perkins
02/05/2015 à 15:10

@Boo
What ? Je parle de sa tête actuelle, "légèrement" figée et monstrueuse. Alors que dans le docu, on revoit Jawbreaker et Doom Generation, la belle époque (pour sa carrière et son visage)

Boo
02/05/2015 à 15:01

@Ann Perkins Elle allait pas rester défigurée à vie non plus

Ann Perkins
02/05/2015 à 14:50

Rien que pour revoir Rose McGowan quand elle ressemblait encore à un être humain, ça vaut le coup.

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