Un amour d'hiver : Critique

Simon Riaux | 11 mars 2014
Simon Riaux | 11 mars 2014

Les exécutifs de la Warner auraient dû tiquer lorsque Akiva Goldsman se porta volontaire pour écrire, produire et réaliser Un Amour d'hiver, tiré du roman A Winter's tale de Mark Helprin. Martin Scorsese avait préalablement jeté l'éponge, qualifiant le texte d'inadaptable. Et personne n'a rien trouvé à redire à ce que le producteur des Resident Evil et autres Silent Hill, qui plus est ébranlé par un drame personnel, se lance dans l'aventure. Le résultat s'avère proprement ahurissant. 

Nombreux sont ceux qui se demandent quelle est la différence entre un film banalement nul et un authentique nanar, celui qui réchauffe le cœur des cinéphiles déviants. Un amour d'hiver fait figure à ce titre de cas d'école, tant chaque scène s'efforce de surpasser l'absurdité de la précédente. Analyser le film n'est pas très pertinent, il suffit d'en évoquer certains ingrédients. Le casting tout d'abord, que l'on qualifiera de soldé : Colin Farrell, Russell Crowe et Jennifer Connelly. À savoir deux patachons difficilement dirigeables, spécialistes des accents sortis de nulle part (on y reviendra), accompagnés par une comédienne engagée dans une inquiétante course à la maigreur et dont l'agent n'a pas dégotté un bon rôle depuis trop longtemps.

 

 

 

Réalisateur endeuillé et comédiens dégriffés ne sont qu'un élément de cette involontaire comédie. On y croise donc : un orphelin russe, élevé par un indien à New York, qui s'exprime avec l'accent Irlandais. Un démon qui aime manger des hiboux, tuer des serveurs, lire l'avenir dans les bijoux fantaisies et s'exprime avec un accent... démoniaque. On y retrouve aussi Lucifer, interprété par Will Smith (véridique), qui s'habille en 1915 comme un galleriste New Yorkais de 2004. Mentionnons également la présence d'un émissaire du bien, apparaissant sous la forme d'un grand cheval blanc capable de voler, répondant au nom de « Grand Chien d'est ». Canasson-canidé donc, désireux d'aider notre héros au point de tuer une quinzaine d'hommes lors du final. Parce que quand on fait le bien on ne compte pas.

 

 

 

Évidemment, tout cela ne pèse que peu de choses face à l'amour. Car il faudrait vraiment être un horrible critique cynique pour ne pas remarquer que derrière les innombrables invraisemblances du film se cache un vrai beau message. Un amour tellement fort qu'il pousse les grands bourgeois New Yorkais à accepter à leur table des cambrioleurs priapiques, les vieux hommes riches à se laisser mourir auprès de leur chaudière (parce que c'est leur épouse qui l'a construite paraît-il). Un amour qui pousse le héros à voir dans une rouquemoute cancéreuse de huit ans la réincarnation de feu sa riche bourgeoise, tuberculeuse et peu farouche, dont la propension à se promener toute nue force l'admiration.

 

Résumé

Certains films marquent leur époque. Un Amour d'hiver le fait dans les domaines de l'absurdité et du mauvais goût. C'est un échec, mais un échec de haut vol.

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