Fruitvale Station : critique

Geoffrey Crété | 4 janvier 2014 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 4 janvier 2014 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Caméra mobile proche des visages, personnages mi-figue mi-raisin, Grand Prix de Sundance : difficile de ne pas voir en Fruitvale Station le nouveau poulain d'une écurie indépendante devenue aussi prévisible que son éternel ennemi hollywoodien. A bien des égards, le premier film de Ryan Coogler souffre ainsi de sa condition étouffante de mélodrame estampillé auteur et histoire vraie, vendu comme un phénomène de festivals depuis un an et conçu pour tirer quelques larmes politiquement correctes. Ce qui n'en fait par pour autant un vrai mauvais film.

"Les faits se sont imposés : il me fallait faire ce film" : Ryan Coogler n'a que 23 ans lorsque l'Amérique est secouée par la mort d'Oscar Grant, tué à 22 ans par un policier lors d'une arrestation dans le métro de San Fransisco, quelques mois après l'élection d'Obama. Cette fausse nécessité d'honorer la mémoire collective par un film est d'abord un handicap pour Coogler, qui s'arme d'une caméra bien-pensante pour raconter les dernières 24 heures d'Oscar, entre ses questionnements existentiels, ses problèmes financiers, et les femmes de sa vie - sa mère, sa copine, sa fille.

 

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Avec une approche faussement documentaire, agrémentée de quelques belles scènes purement cinématographiques, le réalisateur ne peut s'empêcher de tâter le mauvais côté de l'entreprise : celui qui enfonce le clou dramatique de l'injustice, en montrant que le dealer et père irresponsable avait enclenché un virage vers une vie d'adulte lorsqu'il a été fauché par une balle. Mais cette impression de petitesse se caractérise d'abord par une absence totale de cynisme, force d'un film qui touche droit au cœur. La mécanique est bien huilée, trop pour déjà convaincre d'un réel talent de narrateur, mais Ryan Coogler touche suffisamment à l'intime pour permettre à chacun de ses personnages d'exister jusqu'au moment décisif. Une volonté incarnée par des comédiens irréprochables, parmi lesquels Michael B. Jordan, vu dans la série Friday Night Lights et Chronicle, et Melonie Diaz.

 

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Mais au-delà de sa nature ambivalente, entre l'honorable et l'oubliable, Fruitvale Station chiffonne parce qu'il s'inscrit dans un curieux cycle hollywoodien, entamé par Le Majordome de Lee Daniels (avec Forest Whitaker, ici producteur) et clôt par 12 Years a Slave de Steve McQueen. Trois machines à Oscars plus ou moins assumées, réalisées par de jeunes metteurs en scène afro-américains, adaptées d'incroyables histoires vraies, mais qui refusent de s'engager pleinement sur le terrain politique offert par le sujet - au risque de flirter avec l'illustration proprette. A l'heure où Spike Lee se perd dans les limbes du système, la révolte semble bel et bien terminée du côté de Hollywood.

 

Affiche officielle

 

Résumé

Un film trop classique, qui souffre de trop nombreux défauts banals pour rendre justice à son sujet en or.

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