Le Majordome : Critique

Sandy Gillet | 11 septembre 2013
Sandy Gillet | 11 septembre 2013

Le Majordome est le genre de film difficilement contestable voire « critiquable ». De ceux qui procèdent d'une motivation immaculée à la limite d'une certaine forme de sacerdoce cinématographique. Un genre à part entière que le cinéma américain a littéralement créé et dont il se plaît à l'enrichir de temps à autre avec des productions emblématiques. 

Le Majordome s'inscrit ainsi dans la droite lignée de films tels que Miss Daisy et son chauffeur ou plus récemment La couleur des sentiments qui tous expriment une forme de contrition de masse (tendance WASP) où la rédemption d'un passé pas folichon passe par une sorte de flagellation en public (la salle de cinéma) forcément expiatoire. À la différence toutefois ici que derrière la caméra on retrouve le réalisateur de Precious et Paper boy, qui par la simple couleur de sa peau permet une perception différente revenant prosaïquement à enfin donner la possibilité à un black d'aborder frontalement l'Histoire afro américaine des États-Unis. Non qu'il soit à nos yeux, plus légitime (cinématographiquement parlant s'entend) qu'un Tate Taylor ou un Bruce Beresford, mais il aura l'immense mérite de couper l'herbe sous les pieds d'un Spike Lee toujours prompt à dégainer un petit crachat raciste à l'égard de ces blancs osant traiter de sujets que seuls, selon lui, les blacks peuvent en comprendre le sens et la portée. Un peu comme si l'on disait que seuls les juifs sont habilités à embrasser et rendre compte de la Shoah.

 

 

Au-delà, on était curieux de voir comment Lee Daniels allait traiter la chose, lui qui s'est très vite démarqué de la jeune génération indé actuelle en forçant énormément le trait cinéma via une mise en scène et une photo outrancières (mouvements de caméra sur signifiants, saturation écrasante de la palette colorimétrique...) certes pas désagréable mais tout de même un peu vaine car atténuant (certains diront annihilant) la plupart des émotions. Et paradoxalement si ce que l'on voit à l'écran est l'exact reflet de ce que l'on est en droit d'attendre d'un tel « produit » dit classique, on est tout de même déçu de le constater tant on espérait cette confrontation avec l'univers si marqué du réalisateur.

 

 

En résulte donc un film classieux où affleure pour le coup l'émotion sans pour autant verser dans le lacrymal. Pour cela Lee Daniels n'opte pas pour le biopic s'inscrivant au sein d'une époque de tous les changements mais pour la version romancée d'une histoire vraie et édifiante d'un majordome d'origine afro américain qui entre 1952 et 1986 aura travaillé à la Maison Blanche sous huit administrations et autant de présidents. Il en profite alors pour raconter une époque. Celle de toutes les radicalités et défiances entre noirs et blancs par le prisme d'un homme et de sa famille qui en accompagne toutes les (r)évolutions.

 

 

En mêlant ainsi l'intime à la grande Histoire, Lee Daniels trace un sillon connu voire rabâché mais qui reste toujours aussi efficace. Point de catharsis donc ici mais pas de surprise non plus. Juste le constat d'un travail bien fait respectant scrupuleusement tous les diktats du genre. Forest Whitaker est promis une nouvelle fois à l'Oscar et Lee Daniels de montrer une nouvelle fois sa faculté d'adaptation en fonction des sujets qu'il traite. Preuve s'il en était besoin encore qu'il fait déjà parti des cinéastes avec qui il va falloir définitivement compter à l'avenir.

 

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