Casse-tête chinois : critique en Amérique

Sandy Gillet | 27 juin 2017 - MAJ : 02/07/2018 13:46
Sandy Gillet | 27 juin 2017 - MAJ : 02/07/2018 13:46

En un peu plus d'une décennie, Cédric Klapisch a pondu six films. Deux oeuvres décriées (Paris et Ma part du gâteau), un polar oublié car déjà daté - Ni pour, ni contre (Bien au contraire) - et la dorénavant trilogie initiée en 2002 avec L'auberge espagnole. C'est grâce à celle-ci que le réalisateur du Péril jeune et de Chacun cherche son chat est donc arrivé à maintenir à flot une filmographie qui aurait pu prendre gravement l'eau. Une sorte de bouée de sauvetage en forme de phare symbolique qui l'a empêché de complètement dériver jusqu'ici. C'est au demeurant tout l'enjeu de son Casse-tête chinois. Klaspisch y puise-t-il l'inspiration de ses futures réalisations ou s'enferme-t-il définitivement dans un cinéma de la redite au plaisir certes immédiat mais dont l'intérêt et la force ne pourront aller qu'en s'amenuisant avec le temps ?

AROUND THE WORLD AROUND THE WORLD

C'est qu'à la revoyure, Les poupées russes a déjà pris un petit coup dans l'aile. Quelques réflexions à l'emporte pièce ici (C'est quand on part loin avec une fille que l'on sait si on est proche), deux ou trois effets de manche visuels accompagnés d'une bande son par trop branchouille là, en font en effet un produit issu de son temps sauvé in extremis aujourd'hui par ses acteurs et son « phrasé » si Klapischien que l'on avait découvert avec le toujours remarquable Rien du tout.

 

Roman Duris, toujours

 

On a donc un peu peur que Casse-tête chinois suive le même chemin à la différence toutefois que l'on est moins ici en présence d'un film purement chorale mais d'une volonté de faire sens au sein d'un récit plus ramassé et plus dense. De revenir en quelque sorte à ce qui avait fait le succès de L'Auberge espagnole où unité de temps et de lieu avaient une véritable signification. Un matelas scénaristique qui permet à Xavier (indéfectible Romain Duris) d'y faire dorénavant son nid dans un New-York plus que jamais cosmopolite qui lui ressemble tant.

 

Audrey Tautou

ENFIN ADULTE ?

On y retrouve quand même « ses » femmes entre Isabelle la lesbienne (Cécile de France sublime), l'ex futur Martine (Audrey Tautou) et Wendy l'ex tout court avec qui il a eu deux enfants (Kelly Reilly), Xavier se débat à nouveau avec ses démons, son complexe d'Œdipe et sa volonté perpétuelle d'en découdre avec sa vie. S'il y a certes un côté « que sont-ils devenus » dans cette fable urbaine et bobo, Cédric Klapisch y insuffle surtout et à l'évidence une partie de soi qui était certes présent dans les deux premiers volets mais pas d'une manière aussi frontale. Le propos y est d'ailleurs moins doux-amer, moins nostalgique, moins « futile ».

Au contraire, on sent de la dureté. Comme si enfin le personnage de Xavier était sorti de son état d'adulescence et prenait conscience de sa trajectoire sans pour autant abandonner ce qui faisait son identité un peu en marge. Klapisch en profite aussi pour délaisser certaines facilités numériques dans sa mise en scène pour se rapprocher encore plus de ses personnages.

 

 

Il y a vers les trois-quarts du film toute une séquence entre Xavier et son père qui vient lui rendre visite. New-York devient alors le témoin réceptacle d'une filiation toujours en devenir mais qui ne demande qu'à enfin s'épanouir. Klapisch met alors en scène le spectacle de générations qui ne se comprennent pas toujours mais dont les liens inébranlables et profonds permettent d'envisager l'avenir d'une manière enfin plus sereine. Si Klapisch y croit réellement, alors nous avons déjà moins de doutes pour la suite de sa filmo.

 

 

Résumé

Casse-tête chinois aurait pu être le film dispensable de trop, il est au contraire le juste aboutissement d'une trajectoire amorcée il a deux films de cela.

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