Gravity : critique immersive

Simon Riaux | 12 janvier 2019 - MAJ : 06/02/2020 14:39
Simon Riaux | 12 janvier 2019 - MAJ : 06/02/2020 14:39

Alfonso Cuarón n'avait pas droit à l'erreur. Devenu grâce aux Fils de l'homme un metteur en scène de premier plan, il lui incombait de transformer ce brillant essai pour conquérir durablement le cœur des cinéphiles et autres fans de science-fiction. Car si personne ne niera les qualités de Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban et Y tu mamá también, il paraît évident que les prétentions et les inclinaisons de leur auteur sont tout autres, comme en témoigne l'acharnement qui aura permis la réalisation de Gravity. Projet maintes fois interrompu, ajourné, repoussé, remodelé, le film a failli plus d'une fois disparaître dans les limbes d'Hollywood, en raison des innombrables innovations technologiques indispensables à son accomplissement et de l'aridité de son concept.

GROS-VITY

Les mots manquent pour décrire la puissance de l'expérience. Les pièges étaient pourtant légion en orbite de ce projet fou, à savoir le récit intimiste et spectaculaire d'une dérive, celle de deux humains littéralement perdus dans l'espace. Rétrospectivement, il semble bien que Alfonso Cuarón était le seul capable de mener à bien semblable aventure. La virtuosité de son précédent ride de science-fiction semble anecdotique, tant il convoque ici de génie technique et de pure maîtrise cinématographique.

Aux commandes d'une caméra incroyablement libre, mais au placement d'une impeccable rigueur esthétique, l'artiste donne littéralement vie au vide sidéral. C'est là la plus impressionnante réussite de l'entreprise : où nombre de métrages se cassent les dents à vouloir « rentabiliser » la troisième dimension, Gravity ne cherche jamais à surcharger l'écran (à l'exception de brefs et intenses moments de bravoure), mais s'échine à construire avec une intelligence sidérante un sentiment d'immensité inédit.

 

photo, Sandra BullockSandra Bullock

 

Pas nécessairement plus pyrotechnique ou destructeur que ses contemporains, le film est une histoire d'ampleur. En témoigne le plan séquence inaugural, qui nous laisse après quelques douze minutes éreintés, ébahis et surtout parfaitement conscients que nous venons de pénétrer de plein pied pour la toute première fois dans un lieu fantasmatique par essence : l'Espace.

 

Ainsi ne se demande-t-on jamais si l'aventure qui se déroule sous nos yeux est bien réaliste, convaincus que nous sommes par l'impact du moindre photogramme, sa profondeur, son immensité, l'absolue perfection de ses perspectives. Ce sentiment grisant n'est jamais contredit par les nombreux pics d'adrénaline occasionnés par le chemin de croix de Sandra Bullock, en partie grâce à sa solide performance, mais surtout au soin constant de Alfonso Cuarón d'allier intensité et fluidité. De cette orientation naissent des séquences stupéfiantes, en quasi-temps réel, où un plan unique suffit au réalisateur pour narrer un enchaînement d'actions formidablement complexes.

 

 

photo, George ClooneyGeorge Clooney

 

FINAL FRONTIER

 

En résulte un film catastrophe, un survival en apesanteur qui à l'image d'un météore, se meut à une vitesse supersonique et jamais ne nous fait subir la moindre embardée. Point de scorie ici, nul dialogue lourdingue, pas d'intention surlignée ou de sous-texte sur-signifiant, George Clooney et Sandra Bullock interagissent avec talent, grâce à un script solide et exigeant, dont la plus grande qualité est sans doute de ne pas en rajouter, d'aller à l'essentiel, quitte peut-être à faire un peu court.

 

On aura beau jeu de critiquer l'apparente simplicité du dispositif, les enjeux finalement très simples, et la frilosité d'un récit qui ne se préoccupe finalement d'innover que sur le plan technique. Et pourtant, combien de réalisateurs pourtant estimables se seront fourvoyés avec une facilité sans pareil dans la mise en scène de scripts faisandés. Même lors des inévitables séquences tire larmes, ou de ses nombreux monologues introspectifs, Gravity ne se plante jamais. Personnages charpentés, motivations limpides, émotions simples mais à la sincérité confondantes, on sera bien en peine de voir dans ce scénario quelque lacune que ce soit.

 

 

photo, Sandra BullockQuelqu'un a des cheveux insensibles à l'apesanteur on dirait...

 

Mais le grand mérite de Gravity est ailleurs, il ne réside ni dans la beauté tétanisante de ses images, ni dans la performance étonnante de ses comédiens, pas plus que dans son renversant mixage sonore, ou son montage démentiel. Pour la première fois depuis de nombreuses années, une large partie du public se demande où et comment visionner un film, à tel point que la possible absence de l'œuvre des écrans IMax (ou assimilés) de l'hexagone a failli virer à la sanglante polémique.

 

Si vous en doutiez encore, voir le métrage dans les meilleures conditions possibles est indispensable, le voir en salle relevant quasi du devoir cinéphilique. La réussite de l'entreprise est telle que l'œuvre sera considérablement amoindrie si découverte dans un autre contexte, aucun écran de particulier ou moniteur d'ordinateur, fut-il en 4K du feu de dieu, ne pourra approcher l'impact sensoriel déclenché par la projection en salle. Que le public en soit conscient est une formidable nouvelle et prouve, s'il en était encore besoin, que la démarche de Alfonso Cuarón est de celles qui permettront peut-être au cinéma de perdurer en tant que célébration commune, lieu d'émerveillement et de rassemblement.

 

 

Affiche

Résumé

Il y a quelques décennies, des grappes de spectateurs apeurés fuyaient l'entrée du train en gare de la Ciotat, de peur de finir écrasés par une locomotive. On ne serait pas étonnés que quelques autres, le soir du 23 octobre 2013, aient suffoqué dans les salles obscures.

Autre avis Geoffrey Crété
Gravity ne ressemble à rien, et se présente comme une ultime expérience de cinéma, étourdissante et éprouvante. Difficile de résister à un tel tour de manège, simple mais riche, et mené d'une main de maître par Alfonso Cuaron.

commentaires

Marc
13/01/2020 à 20:36

j'ai vu GRAVITY en 3D est c'est absolument immersif une claque visuel un chef d'oeuvre !
A ce jour aucun film le dépasse même le dernier dans le genre AD ASTRA .

Oldskool
13/01/2020 à 11:00

"on sera bien en peine de voir dans ce scénario quelque lacune que ce soit." Euh je m'excuse de vous demander pardon, mais le père Clooney qui se repointe au milieu pour donner du courage à la dame, mais en fait ce n'était qu'une illusion, mais qui quand même motive le personnage principal à ne pas se laisser aller... On est plus que dans la faute de frappe... Et puis la sublime plastique de Madame Bullock qui enlève son costume pour se mettre en mode fœtus en apesanteur au cœur de la matrice intersidérale (ventre du cosmos) ????? ( pas de lourdeur d'écriture vous dites)... Après si ce n'est qu'un film à voir au cinéma... Ben du coup c'est fini alors ? Perso, la fin où elle se relève sur le sable et où elle avance péniblement (sans doute la gravity...) Magnifique !!!! Cela permet de prendre toute la mesure de ce grand huit spatiotemporelle... Ouais c'est bien, mais bon...

sylvinception
13/01/2020 à 10:52

@La classe américaine : ton com prouve que tu ne l'as probablement jamais vu en salle et encore moins en 3D.

sylvinception
13/01/2020 à 10:50

Je ne manque jamais de le revoir en salle quand il ressort en 3D.
Un p*tain de chef-d'oeuvre.

La Classe Américaine
13/01/2020 à 08:06

Etant donné que le réalisateur a mis tout le paquet sur la toute première scène d'action, le reste s'etiole gentiment et on regarde avec un petit ennui poli. Le personnage de Bullock étant quand même un sacré chat noir, c'est plutôt le scénario qu'il aurait fallu gonfler en 3D. Sinon la photographie est a couper le souffle et il y a ici et la des images iconiques. Un belle coquille vide, en somme, mais vite oubliée.

captp
13/01/2020 à 07:52

je me souviens d'un film spectaculaire qui en met plein les yeux.
a ce niveau là c'est une réussite certaine surtout que c'est un des rares films vu en 3D a l'époque.
par contre même si j'ai adoré l'approche réaliste de Cuaron, j'ai trouvé l'écriture un peu légère avec un trauma métaphorique du personnage trop simpliste et caricatural .
Avoir une approche de survie pur aurait été ,pour moi, une meilleure direction .

Je sais pas si vous strikez les liens youtube mais vu que mon voisin du dessous vous conseille trés justement l'excellent mr bobine ,je partage cette chaine que je viens de découvrir : https://www.youtube.com/channel/UC9akS45QqYpjMCdlc8luVyQ/videos

antipop
13/01/2020 à 03:42

Cuaron n'a rien à dire ? Un petit coup d’œil à la critique YT de M. Bobine convaincra peut-être quelques réfractaires (on peut toujours rêver)

https://www.youtube.com/watch?v=NfOqf_S9yN4

Figo
12/01/2020 à 23:15

@Alxs

Et tu es donc tellement persuadé de "savoir" que la seule évidence, c'est que les autres exagèrent, ou se laissent berner ? Tu peux sinon accepter d'avoir ton avis. Et les autres, le leur.

Alxs
12/01/2020 à 23:13

Question bête mais vous avez tester des expériences VR ou Fulldome pour comparer ça aux Frère Lumière ? Faut rester un peu sérieux les mecs... Et comme d'hab Cuaron n'a rien à dire, mais il le crie tellement fort que certains restent persuadés d'entendre autre chose qu'un gaz stellaire.

Yez
15/09/2017 à 08:02

Le troll, rentre dans ta caverne stp

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