Films

Gravity : critique immersive

Par Simon Riaux
28 mars 2023
MAJ : 29 mars 2023
32 commentaires

Alfonso Cuarón n’avait pas droit à l’erreur. Devenu grâce aux Fils de l’homme un metteur en scène de premier plan, il lui incombait de transformer ce brillant essai pour conquérir durablement le cœur des cinéphiles et autres fans de science-fiction. Pourtant, Gravity était le projet de tous les problèmes, car le film a failli plus d’une fois disparaître dans les limbes d’Hollywood, en raison des innombrables innovations technologiques indispensables à son accomplissement et de l’aridité de son concept.

Gravity

GROS-VITY

Les mots manquent pour décrire la puissance de l’expérience. Les pièges étaient pourtant légion en orbite de ce projet fou, à savoir le récit intimiste et spectaculaire d’une dérive, celle de deux humains littéralement perdus dans l’espace. Rétrospectivement, il semble bien que Alfonso Cuarón était le seul capable de mener à bien semblable aventure. La virtuosité de son précédent ride de science-fiction semble anecdotique, tant il convoque ici de génie technique et de pure maîtrise cinématographique.

Aux commandes d’une caméra incroyablement libre, mais au placement d’une impeccable rigueur esthétique, l’artiste donne littéralement vie au vide sidéral. C’est là la plus impressionnante réussite de l’entreprise : où nombre de métrages se cassent les dents à vouloir « rentabiliser » la troisième dimension, Gravity ne cherche jamais à surcharger l’écran (à l’exception de brefs et intenses moments de bravoure), mais s’échine à construire avec une intelligence sidérante un sentiment d’immensité inédit.

 

photo, Sandra BullockSandra Bullock

 

Pas nécessairement plus pyrotechnique ou destructeur que ses contemporains, le film est une histoire d’ampleur. En témoigne le plan séquence inaugural, qui nous laisse après quelques douze minutes éreintés, ébahis et surtout parfaitement conscients que nous venons de pénétrer de plein pied pour la toute première fois dans un lieu fantasmatique par essence : l’Espace.

Ainsi ne se demande-t-on jamais si l’aventure qui se déroule sous nos yeux est bien réaliste, convaincus que nous sommes par l’impact du moindre photogramme, sa profondeur, son immensité, l’absolue perfection de ses perspectives. Ce sentiment grisant n’est jamais contredit par les nombreux pics d’adrénaline occasionnés par le chemin de croix de Sandra Bullock, en partie grâce à sa solide performance, mais surtout au soin constant d’Alfonso Cuarón d’allier intensité et fluidité. De cette orientation naissent des séquences stupéfiantes, en quasi-temps réel, où un plan unique suffit au réalisateur pour narrer un enchaînement d’actions formidablement complexes.

 

photo, George ClooneyGeorge Clooney

 

FINAL FRONTIER

En résulte un film catastrophe, un survival en apesanteur qui à l’image d’un météore, se meut à une vitesse supersonique et jamais ne nous fait subir la moindre embardée. Point de scorie ici, nul dialogue lourdingue, pas d’intention surlignée ou de sous-texte sur-signifiant, George Clooney et Sandra Bullock interagissent avec talent, grâce à un script solide et exigeant, dont la plus grande qualité est sans doute de ne pas en rajouter, d’aller à l’essentiel, quitte peut-être à faire un peu court.  

On aura beau jeu de critiquer l’apparente simplicité du dispositif, les enjeux finalement très simples, et la frilosité d’un récit qui ne se préoccupe finalement d’innover que sur le plan technique. Et pourtant, combien de réalisateurs pourtant estimables se seront fourvoyés avec une facilité sans pareil dans la mise en scène de scripts faisandés. Même lors des inévitables séquences tire larmes, ou de ses nombreux monologues introspectifs, Gravity ne se plante jamais. Personnages charpentés, motivations limpides, émotions simples mais à la sincérité confondantes, on sera bien en peine de voir dans ce scénario quelque lacune que ce soit.

 

photo, Sandra BullockQuelqu’un a des cheveux insensibles à l’apesanteur on dirait…

 

Mais le grand mérite de Gravity est ailleurs, il ne réside ni dans la beauté tétanisante de ses images, ni dans la performance étonnante de ses comédiens, pas plus que dans son renversant mixage sonore, ou son montage démentiel. Pour la première fois depuis de nombreuses années, une large partie du public se demande où et comment visionner un film, à tel point que la possible absence de l’œuvre des écrans IMax (ou assimilés) de l’hexagone a failli virer à la sanglante polémique.

Si vous en doutiez encore, voir le métrage dans les meilleures conditions possibles est indispensable, le voir en salles relevant quasi du devoir cinéphilique. La réussite de l’entreprise est telle que l’œuvre sera considérablement amoindrie si découverte dans un autre contexte, aucun écran de particulier ou moniteur d’ordinateur, fut-il en 4K du feu de dieu, ne pourra approcher l’impact sensoriel déclenché par la projection en salles. Que le public en soit conscient est une formidable nouvelle et prouve, s’il en était encore besoin, que la démarche de Alfonso Cuarón est de celles qui permettront peut-être au cinéma de perdurer en tant que célébration commune, lieu d’émerveillement et de rassemblement.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Il y a quelques décennies, des grappes de spectateurs apeurés fuyaient l'entrée du train en gare de la Ciotat, de peur de finir écrasés par une locomotive. On ne serait pas étonnés que quelques autres, le soir du 23 octobre 2013, aient suffoqué dans les salles obscures.

Autres avis
  • Geoffrey Crété

    Gravity ne ressemble à rien de connu, et se présente comme une ultime expérience de cinéma, étourdissante et éprouvante. Difficile de résister à un tel tour de manège, simple mais riche, et mené d'une main de maître par Alfonso Cuaron.

  • Alexandre Janowiak

    Expérience absolue et viscérale au cinéma, Gravity est une oeuvre fascinante, suffocante et hallucinante visuellement grâce à la mise en scène virtuose (et visionnaire) de Cuaron. Le récit paraît inévitablement simple, mais l'aventure spatiale est là, le vertige aussi.

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Terror Turtle

2023 et toujours pas de version 4K à l’horizon, bien que promise tous les ans depuis 4 ans.
Ca finira comme Abyss cette histoire…

Momojolo

Pour moi c’est le film du siècle qui démontre le bien fondé de ce procédé technique souvent superfétatoire appelé 3D, à mon sens la plus importante avancée technique dans l’histoire du cinéma avec le parlant et la couleur. Ce qui est drôle d’ailleurs, puisque le film est quasiment en noir et blanc.

Marc

@Pete

J’ai découvert Durandal sur sa vidéo de PROMETHEUS et je l’ai trouvé excellent ! Comment on peux s’énerver sur un film à ce point. Tu lui reproche quoi ?

Pete

Non par contre, faites gaffe ! Il est interdit de parler de Durandal sur ce site… C’est un site ciné ici, je rappelle !!

Tom’s

@的时候水电费水电费水电费水电费是的 M1pats t’es super grave, agressif/ extrémiste dans tes propos arrêtés puéril, tout le monde s’en tape de tes avis sur tel ou tel sujet, en ego trip le mec se croit pertinent lollllll le jour de trop confiné à lire tes com’s insultant.