Critique : Pop redemption

Patrick Antona | 3 juin 2013
Patrick Antona | 3 juin 2013

Road-movie comique plutôt atypique dans la production française, le premier long-métragede Martin Le Gall narre les péripéties d'un groupe de black metal de province nommé les "Dead Makabés", en route vers le fameux Hellfest, obligé de fuire la gendarmerie et se retrouver à faire du pseudo-Beatles lors d’une foire à la fraise dans les Lot-et-Garonne et de troquer leurs tenues de satanistes pour des oripeaux plus "flower power".

Si l'on peut trouver quelques contentements dans cette nouvelle tentative de renouvellement de la comédie française, il réside déjà sur la base même de la nature de notre quatuor de base (Julien Doré, Grégory Gadebois, Jonathan Cohen, Yacine Belhousse) en hard-rockers à couteaux tirés, et dont la synergie fonctionne plutôt bien, même si certains clichés ne sont pas évités. Plus à l'aise que dans le catastrophique Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour, l'ex-Nouvelle Star Julien Doré réussit à faire oublier son statut de vedette importée de la télé pour composer un personnage ambivalent de leader tyrannique et névrosé qui finit par être attachant, et qui ne n'étouffe en rien les prestations de ces trois camarades (dont un Yacine Belhousse échappé des scènes de stand-up parfait dans un rôle à contre-emploi). Du côté des forces de l'ordre, Alexandre Astier en flic à la prose très "Kaamelottesque" et Audrey Fleurot dans une fausse rigidité par trop mécanique (mais dont la beauté fait bien passer ces quelques réserves) assurent avec métier leur second rôle et se renvoient la balle avec facilité, avec au milieu la révélation d'un nouveau talent à suivre, Délia Espinat Dief, plutôt à l'aise en petite brebis hardrockeuse égarée dans la cambrousse colorée.

Le film n'échappe malheureusement pas à certains clichés à une légèreté bien-pensante (faut quand même rendre le radical "black metal" sympathique et accessible à tous !) et à un sacré coup de mou dans la moitié du métrage. Et en dehors d'une mise en condition plutôt alerte qui pose avec lucidité et dynamisme la dichotomie entre ces rockers refusant leur statut d'adulte et un monde où la conformité impose son diktat, la narration plonge bien trop vite dans des rebondissements des plus convenus.

Au final, Pop Redemption évite de tomber avec sens dans le piège de la parodie lourdingue des hardrockers, même si le résultat est bien inoffensif et verse dans l'acceptation au conformisme sans que personne ne soit léser, préservant une forme de statu quo social bien à la mode ces derniers temps dans nos contrées. Même si le sourire est plus de mise que la franche éclate (on cherche encore notre Judd Apatow franchouillard), il se dégage de l'ensemble une fraîcheur bien sympathique et un parfum très seventies (l'ombre des Charlots n'est pas loin) qui peut amuser comme dans une soirée entre bons amis, voire vous pousser à prendre la guitare et à pousser une gueulante. Mais pas trop forte la gueulante quand même !


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