À la merveille : Critique

Simon Riaux | 9 mars 2013
Simon Riaux | 9 mars 2013

Œuvre mineure, décalcomanie maniériste de la précédente, panthéisme de bazar, élégie poseuse et superficielle... on entend au sujet de À la merveille tout ce que l'on n'osait pas dire au sujet de Tree of Life, prudence et peur du ridicule. À en croire une bonne partie de la presse, Terrence Malick serait devenu pompier, dans ces colonnes on aurait plutôt tendance à rester bouche bée devant le feu sacré qui anime toujours l'artiste.

Et si ce dernier semble effectivement adopter un certain systématisme dans sa mise en scène, il faut aller bien vite en besogne pour ne pas noter l'impressionnante liberté qui y règne. Personnages en suspension, nature contaminée et contagieuse, découpage virevoltant, montage irrationnel et passionnel... la forme du film, si elle évoque inlassablement celle du précédent, ne lui est jamais circonscrite. Ici on ne se désolera pas de ces évidents parallèles, préférant profiter de ce que le miracle, à quelques nuances de grâce près, opère à nouveau.

 

 

La puissance d'À la merveille n'est pas tant dans sa forme, qui évoque une certaine idée de festin cinématographique, mais bien dans la démarche de Malick, inchangée, comme inoxydable et imperméable à la corruption d'un monde dont elle se fait pourtant l'écho. Le metteur en scène nous cause amour, entendez par là foi et transcendance, plus exactement il s'interroge sur ses formes et modalités, une fois passées au tamis d'une humanité en proie au doute. Malick questionne, remet en cause, en perspective, prend notre pouls.

 

 

De toute évidence, son idée n'est pas arrêtée, jusque dans son montage, qui interroge constamment notre propre ressenti, le flux/flot qui compose l'œuvre. Les comédiens eux-mêmes apparaissent égarés, perdus, et participent malgré eux de cette vaste interrogation qui atteint le spectateur. C'est là le basculement fondamental du film. Les travaux précédents de Malick s'appuyaient toujours sur une dimension grandiose, qui offrait au spectateur de peu de foi une béquille bienvenue. Ici, nul contexte historique lourd de sens, point d'envolée spatiale ou d'étiquette "œuvre somme", l'ouverture n'est autre que celle du quatrième mur, que l'auteur s'échine à abattre en silence.

 

 

Résumé

L'invitation faite au spectateur de s'abîmer dans la marée d'À la merveille ne souffre aucun pré-requis, aucune exigence de son réalisateur, sinon une quête d'universalisme, qui pourrait confiner à la niaiserie, mais se voit constamment rachetée par sa propre sincérité. C'est cette humilité fondamentale qui fait l'absolue valeur du nouveau film de Terrence Malick, et c'est hélas elle qui lui fait prêter le flanc à un scepticisme en forme de revers de médaille un peu facile. Mais que voulez-vous paraît qu'il faut tendre l'autre joue.

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