The Master : critique

Flavie Parmentier | 10 janvier 2013 - MAJ : 17/06/2020 17:56
Flavie Parmentier | 10 janvier 2013 - MAJ : 17/06/2020 17:56

Habité, fourni, énigmatique, sont autant de termes qui peuvent définir The Master

Étiré, déconcertant, et lunatique en sont d'autres. Car si Paul Thomas Anderson fait preuve d'une maîtrise, comme à son habitude, parfaite de la mise en scène, c'est aussi cette dernière qui dessert, à force, son sujet. Parfaite, elle l'est dans son habile composition des plans, mais aussi de part la photographie parfois digne d'un tableau de Mihai Malaimare Jr, déjà présent sur Twixt. Souvent resserré, le cadrage du réalisateur met littéralement le spectateur à la place de Joaquin Phoenix, qui signe ici un formidable retour, et, à l'occasion de scènes de torture psychologique, retournera le cerveau de plus d'un cinéphile.

Mais voilà, si la longueur de certaines séquences est judicieusement exploitée, notamment pour nous contraindre à ressentir des émotions plus ou moins négatives, elle est omniprésente et risque de fatiguer un certain nombre de spectateurs. La redondance de ce jeu de séduction, de cet amour-haine entre Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman - bien parti pour décrocher l'Oscar du meilleur second rôle - laisse place plus d'une fois à un sentiment de lassitude, bien que notre intérêt pour le récit soit subtilement cultivé tout du long.

 

Photo Joaquin Phoenix

 
Hypnotique est l'adjectif qui décrirait au final le mieux The Master. Manipulés par Paul Thomas Anderson, nous ne pouvons décrocher le regard de son œuvre malgré un manque d'enjeux et d'explications vis-à-vis de la secte, de son fonctionnement et de ses membres qui peut frustrer. Comme Freddie Quell, le personnage qu'interprète Joaquin Phoenix, on devient esclave de cette lente histoire dont il est difficile de voir le bout. Et comme lui, véritable animal sauvage, on a, à certains moments, envie de se rebeller contre le style (trop) marqué du réalisateur de Magnolia.

 

Photo Philip Seymour Hoffman

 

Heureusement, il y a toujours ce qui fait la marque de fabrique du bonhomme depuis ses débuts : une direction d'acteurs formidable. La force du film puise avant tout sa source dans le jeu de Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, mais aussi d'Amy Adams, dont le personnage est le seul à bénéficier d'une réelle évolution dans son traitement. D'abord en retrait, on comprend au détour de deux scènes clés qu'elle est un passage obligé dans les prises de décisions de la communauté. Sa douce agressivité effraie autant qu'elle participe à l'ambivalence qui définit de bout en bout le long-métrage.

 

Photo Amy Adams



Moins puissant et passionnant que les oeuvres précédentes du cinéaste (Boogie nights et Magnolia en tête), The Master n'en reste pas moins un film marqué du style si caractéristique de Paul Thomas Anderson. Pas clairement engagé, le film fait malgré tout écho à l'Église de la Scientologie et à son leader, David Miscavige. Bien que nourri de lectures sur les débuts du groupe, PTA se défend cependant de toute comparaison avec la secte et déclare « Oubliez la Scientologie, The Master est une histoire d'amour ! ». Des personnages liés de façon mystérieuse et indissoluble, comme le spectateur face à une oeuvre à la personnalité contemplative, loin d'avoir levé tous ses attraits à sa première vision.

 

Affiche officielle

Résumé

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