Films

Une nouvelle chance : Critique

Par Laurent Pécha
20 novembre 2012
MAJ : 16 octobre 2018

Alors qu’il avait pourtant annoncé qu’on ne le reverrait plus devant une caméra, une nouvelle chance nous est donné de voir Clint Eastwood à l’œuvre. Le titre français, qui a évité fort justement de tenter de traduire l’original si référentiel au base-ball (Trouble with the curve évoque une technique de lancer de balle), souligne ainsi en quelque sorte l’événement de revoir une nouvelle fois le comédien œuvré sur grand écran. Et fait d’autant plus événementiel qu’Eastwood revient pour un film qu’il n’a pas signé. Il faut remonter à 1993 et l’excellent Dans la ligne de mire pour retrouver un tel privilège. Toutefois, il y a lieu de tempérer cette rareté en soulignant qu’Une nouvelle chance est l’œuvre de Robert Lorenz que Clint connaît parfaitement depuis presque 20 ans pour l’avoir eu comme assistant réalisateur puis producteur de ses films depuis Mystic river.

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Nul doute que cette familiarité a fini de convaincre Eastwood de se prêter à un rôle qu’on imagine écrit sur mesure pour lui. Ce recruteur de joueurs de base-ball en bout de carrière, vestige prestigieux d’un passé révolu où l’humain prônait encore sur les machines, l’acteur en connaît toutes les moindres parcelles d’ADN. Du Maître de guerre à Gran Torino en passant par Space cowboys sans oublier le déjà cité Dans la ligne de mire, le comédien n’a cessé de jouer sur cette fibre du mec obsolète mais toujours prêt à montrer aux plus jeunes qu’il est encore de la race des grands. Il y a ainsi un vrai plaisir cinéphile à le revoir bougonner comme à ses plus belles heures et remettre à sa place ceux qui ne croient plus en lui (Matthew Lillard en prendra pour son grade).

 

 

Qu’il le fasse dans l’univers ultra codifié et si américain du base-ball renforce la légende autour du personnage. Au point qu’on s’étonne que ces deux monstres sacrés de la culture US ne se soient pas donnés rendez-vous plus tôt. En découle alors un récit ultra classique (trop diront certains) que le néophyte dans le domaine, Lorenz, filme à la manière de son illustre star. Reconnaissons d’ailleurs que le « jeune » réalisateur réussit le plus souvent à faire jeu égal et qu’il est difficile de faire une vraie différence stylistique entre Une nouvelle chance et les dernières réalisations d’Eastwood.

 

 

Si l’interprète de l’inspecteur Harry est bien la raison phare pour se laisser tenter par cette routinière mais toujours agréable histoire de baroud d’honneur, chant du cygne d’un mec qui a tout connu, il y a d’autres atouts non négligeables. Et notamment Amy Adams qui, dans le rôle de la fille à papa qui aimerait tant finalement être aimée par son père pour ce qu’elle est, vole le plus souvent la vedette à ses partenaires masculins grâce à un jeu toute en émotions retenues. Malgré une certaine schématisation (à l’image de la révélation des raisons de la « séparation » entre le père et sa fille), leurs relations filiales donnent du corps au récit, lui permettant de dépasser son cadre routinier lié au base-ball.

 

Rédacteurs :
Résumé

Si, on juge encore que c'est dans une salle de cinéma qu'il faut découvrir les films, Une nouvelle chance échappe à son côté anecdotique qui le guette plus d'une fois, pour in fine rester cet événement de voir à l'œuvre le dernier des géants hollywoodiens. Une dernière chance ?

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Flo

Robert Lorenz peut être considéré comme un petit faiseur qui essaie de se mettre dans les pas idéologiques de son mentor Clint Eastwood (20 ans de collaboration à la Malpaso Productions), jusqu’à finir par s’en affranchir.
Avec le film « Une nouvelle chance », Clint lui donne justement sa chance de lancer sa carrière de réalisateur, en acceptant exceptionnellement de jouer le premier rôle d’un film… dont il n’est pas vraiment le rôle principal.

On se trouve alors le cul entre deux chaises, avec d’un côté Amy Adams dans un rôle typique de jeune femme carriériste (donc un peu pourrie par le fric), qui doit choisir entre être une grande avocate au service de costard cravates et avec le petit ami adapté etc… ou bien choisir une vie plus simple, à faire ce qu’elle aime (en rapport avec le baseball), à former un duo conflictuel mais complice avec son père râleur (n’importe qui d’autre aurait pu le jouer « à la Eastwood »). Et avec un petit ami adapté – sauf que c’est Justin Timberlake qui l’interprète… et déjà à l’époque il était pénible, jouant les dragueurs trop insistants, s’incrustant dans l’intrigue sous prétexte qu’il serait un ex lanceur découvert par Eastwood. Il n’est pas très crédible, trop « minet », trop comédie romantique et complètement facultatif vis à vis de la deuxième face de ce film, bien moins formatée…

À savoir un film de Eastwood, sur Eastwood, enfin post-« Impitoyable » surtout.
Donc sur la vieillesse : prostate, yeux et autres préjugés, bref les remords d’un type hanté par le deuil, l’abandon, sa propre violence, les erreurs de parcours, et qui fait face à une jeune génération le prenant pour un vieux réac obsolète.
Mais encore tellement marrant (dommage qu’on n’ait pas eu plus de scènes avec les petits vieux grincheux qui l’accompagnent), et suffisamment pro dans son travail (sélectionneur de joueurs – mais on peut faire le parallèle avec Eastwood réalisateur) que même en étant diminué, il lui reste d’autres capacités ainsi qu’un instinct solide.
Manifestement opposé à un film comme « Le Stratège », celui-là rappelle que l’expérience sur le terrain et les tripes ont encore leur place, et que même les jeunes générations y ont accès – on a d’ailleurs tout un pay-off autour du vrai joueur prometteur de cette histoire, qui nous est révélé autant par son talent (et avec d’autres sens que la vue) que par l’humilité qu’il dégage.

Un film en forme de petite mise à l’étrier de Clint pour des plus jeunes (dont une scène en tête à tête avec son fils Scott)… Mais la séquence finale parle pour elle-même : Eastwood ne fait que passer, il n’avait rien à faire là.
Sa propre route est déjà tracée et il ne la partage pas avec d’autres auteurs.