Critique : Ring

Vincent Julé | 19 novembre 2009
Vincent Julé | 19 novembre 2009

Il y a un avant et un après Ring. Le spectateur occidental découvre en 1998 avec le film de Hideo Nakata de nouvelles figures horrifiques et chevelues, de nouvelles manières de faire peur et non sursauter... et finalement une culture de l'horreur de l'épouvante qu'il ne connaissait, voire même ne soupçonnait pas l'existence et la puissance. Car avec Ring, l'avant est beaucoup plus important que l'après. Sont ainsi condensés en 96 minutes de flippe intégrale, pas de moins de 400 ans de folklore, histoires et autres fantômes.

C'est à l'ère Edo (1600-1868) que se sont développés les « kaidan », contes horrifiques et populaires, qui font appel à différentes figures démoniaques ou fantomatiques telles que les « yurei », « onryo », « ubume », « onibana » ou « yokai ». Du jeu qui consiste à se raconter des histoires dans le noir aux contes classiques comme Yotsuya Kaidan ou Bancho Sarayashiki, les thématiques de la vengeance, de la trahison, de l'amour interdit ou de la perte d'un enfant reviennent sans cesse, ainsi qu'une apparence bien spécifique. Des vêtements blancs comme les kimonos portés aux enterrements et de longs cheveux noirs comme les perruques utilisées dans le théâtre de Kabuki. Ces caractéristiques ont traversé les âges et les arts, puisque l'on les retrouve autant dans le cinéma, la littérature puis la télévision ou le manga.

En 1991, l'écrivain Koji Suzuki publie Ring, le premier roman horrifique d'une série de trois. Parmi ses inspirations, il cite son film d'horreur préféré, Poltergeist. L'éditeur Kadokawa Shoten décide face au succès de réaliser une adaptation cinématographique. Il faut trois- quatre mois au scénariste Hiroshi Takahashi et au réalisateur Hideo Nakata pour écrire le scirpt, après avoir lu le roman et vu son adaptation télévisée. Les deux hommes ont déjà travaillé sur Ghost Actress en 1996, dont Fruit Chan a récemment réalisé le remake américain. Hideo Nakata avait jusque-là travaillé sur des pinku eiga de la Nikkatsu et réalisé des films à sketchs d'horreur pour la télévision. Il ne quittera plus jamais le genre, même s'il dit lui-même ne pas être un grand fan. Comment fait-il alors ? « Je m'inspire de mes cauchemars », répète-t-il le plus naturellement du monde.

Pendant cinq semaines pour un budget de 1,2 millions de dollars, Hideo Nakata met ainsi en scène un cauchemar éveillé, où une cassette maudite tue quiconque la regarde sept jours plus tard. Le contenu de la vidéo a été réfléchi, travaillé et passé à la moulinette numérique pour lui donner cet aspect granuleux si spécifique. Un autre effet redoutable d'efficacité est ce moment, craint par chaque spectateur, où Sadako sort de la télévision. D'où vient ce sentiment de malaise puis de frayer ? Elle ne bondit pourtant pas, elle rampe à quatre pattes... et à l'envers. En effet, l'actrice de théâtre Kabuki Inou Rie a d'abord été filmé se déplaçant bizarrement en marche arrière, avant que le film ne soit repassé à  l'envers (et donc à l'endroit pour le spectateur) et qu'elle donne l'impression de se mouvoir encore plus bizarrement. Brrrr !

Quel est le fin mot de Ring ? Une énième et simple histoire de vengeance, qui trouve son origine dans le folklore des voyants et des charlatans, mais son exécution dans la technologie moderne et quotidienne. Attendez-vous donc bientôt à un nouveau remake ricain avec une galette Blu-Ray en DTS 7.1 en lieu une place de la vieille VHS mono. Plus gros succès de tous les temps au Japon pour un film d'horreur, Ring a aussi relancé et exporté une industrie toute entière. Le film a ainsi eu deux suites, la première Rasen d'après le deuxième roman Spiral de Koji Suzuki et la seconde Ring 2, complètement originale, mais aussi à une préquelle avec Ring 0 : Birthday, un remake nord-coréen avec The Ring Virus, un jeu vidéo et... et... un remake américain avec Le Cercle qui a aussi le droit à une séquelle réalisée par Hideo Nakata himself.

Voilà, c'était pour l'après Ring. Le film a donc ouvert et presque fermé la voie en même temps... presque, parce que ce revival a permis à des œuvres encore plus définitives diront certains, comme Kairo de Kiyoshi Korosawa, Ju-On de Takashi Shimizu ou Dark Water d'Hideo Nakata, de voir le jour. Et de se faire remaker, décliner, vider ?

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