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Expendables 2 : Unité spéciale – critique qui fait des trous de balle

Par Simon Riaux
1 avril 2021
MAJ : 21 février 2022
13 commentaires

La trilogie Expendables débarque sur Amazon le 1er avril. C’est l’occasion de revenir sur chacun des épisodes, et notamment sur Expendables 2. Les rédempteurs du Septième art se sont rassemblés pour fondre sur nos écrans tels un nuage de sauterelles sous stéroïdes, dans un maelström de cordite assaisonné de testostérone. Expendables 2 : Unité spéciale débarque, et sur son chemin, la subtilité trépasse.

Affiche officielle

N’EN JETEZ PLUS

Simon West et Sylvester Stallone ont semble-t-il fait le serment de nous en mettre plein les mirettes, et ce dès l’ouverture des festivités. La première bobine du film est donc déconseillée aux personnes fragiles, sensibles, aux tympans délicats, incommodées par la vision de dizaines de vilains népalais massacrés, ou sujettes à une potentielle rupture d’anévrisme. Le premier quart d’heure s’efforce ainsi de convaincre le spectateur du premier épisode qu’ici tout sera plus grand, plus fort, et qu’il en aura pour son argent.

 

photo, Sylvester Stallone, Jason StathamSortez les bérets

 

Si cette ouverture en fanfare amuse, elle ne peut tout à fait dissimuler le bordel monstrueux qui tient lieu de scénario et le manque de moyens (ou de rigueur) qui préside à la frabication de l’ensemble. Ce dernier est pensé comme un enchaînement de vignettes, parfois réussies, plus qu’un tout cohérent narrativement parlant. Très rapidement, les enjeux se multiplient, s’annulent se contredisent, alors que nos héros se voient confier une mission à l’issue fatale, laquelle provoquera l’ire apocalyptique de leur leader, et constituera le cœur du récit. L’idée de voir nos mercenaires préférés se lancer dans une course destructrice pour venger un abominable affront n’était pas plus bête qu’une autre, encore aurait-il fallu la structurer autour d’une charpente digne de ce nom.

Liam Hemsworth a beau être formidablement sympathique, le film a bien du mal à rendre palpable le rapport filial avec Sly, pourtant noeud émotionnel du récit. Les ressorts utilisés pour créer l’empathie avec le spectateur se révèlent aussi grossiers que fumeux (ah le coup du chien…), à l’image de tous les éléments du script sensés toucher les personnages, et les extraire de leur condition de machines à tuer (ah le coup du village uniquement peuplé de femmes…).

 

photoNouveau béret

ON BERET POUR VOIR ÇA PLUS SOUVENT

La crédibilité et la finesse étant aussi utiles aux Expendables qu’une paire de Lauboutin à un cul-de-jatte, on ne se formalisera pas de ces scories pour se concentrer ce qui nous importe véritablement : l’action. Et contre toute attente, c’est dans un premier temps là que le bât blesse. Après une ouverture divertissante, le film a bien du mal à égaler ce morceau de bravoure introductif, pire, il est désormais évident que nos idoles ont vieilli, et que même Sylvester Stallone ne court plus sans doublure. Du coup, les nombreux affrontements se voient très rapidement expédiés, et se limitent presque exclusivement à des échanges de tirs, quelques roulades, évitant soigneusement tout engagement physique.

Expendables 2 : Unité spéciale serait-il une pochardise honteuse, le film de trop, une réunion de grands-pères désormais incapables de casser des côtes comme d’autres du petit bois ? Heureusement non. Car plutôt que de tenter de sauver les apparences par le montage, de nous faire croire qu’il peuvent encore se lancer dans des mano a mano impitoyables, nos héros ont choisi d’en rire. Avec incrédulité dans un premier temps, puis avec un plaisir inextinguible, le spectateur découvre qu’il n’est pas devant un baroud d’honneur, mais devant une comédie d’action.

 

photo, Dolph LundgrenBonjour, je suis le gag

 

LIBÉREZ GRATOS

Le tout va de paire avec une générosité admirable, parfois profondément touchante. Quiconque connaît un tant soit peu la biographie des comédiens, celle de Dolph Lundgren en particulier, constatera combien les acteurs ont mis d’eux dans leur rôle, et prennent à bras le corps cette occasion (la dernière ?) de bâtir leur légende. Impossible de ne pas sentir le réel s’insinuer de toute part, la nostalgie colorer la moindre séquence, Sylvester Stallone et Jean-Claude Van Damme allant jusqu’à rejouer et mettre en scène leur inimitié d’hier, lors d’un climax qui voudrait donner le tournis au plus aguerri des équarrisseurs serbes.

Parlons-en du climax. Expendables 2 : Unité spéciale y rassemble enfin les éléments épars disséminés depuis le premier épisode et nous offre un condensé d’action qui aniemra forcément la fibre nostalgique des spectateurs ayant grandi avec ces joyeux bourrins, et on y trouve quantité de saynètes réjouissantes, mais cette conclusion pétaradante cristallise également les grosses limites de l’entreprise. Techniquement très limite, écrit sans grande rigueur, le métrage essaie de planquer ces finitions foireuses derrière un ton désormais franchement parodique. On pourra rire et apprécier, mais cette orientation demeure autrement moins jubilatoire et séduisante que la promesse du premier épisode, à savoir celle de renouer avec l’action des années 80, sans distance ni clin d’oeil méta, mais avec une sincérité et une générosité indiscutables. Le résultat n’est jamais honteux, ou trop cynique pour s’écrouler sur lui-même, mais on sent qu’une partie de la passion animant le projet s’est belle et bien faite la malle.

 

Affiche française

 

Rédacteurs :
Résumé

Nos guerriers sont montés une nouvelle fois au front, avec leurs gueules cassées, répliques cultes et hanches prosthétiques, histoire de rallumer une ultime fois le flambeau du cinéma d'action à la papa. Dommage qu'ils dissimulent derrière une forme d'auto-parodie un peu artificielle les énormes ficelles et limites techniques de l'entreprise.

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corleone

Le meilleur des 3 pour moi aussi. Le caméo de Don Chuck Norris demeure pour moi l’un des meilleurs moments du de l’histoire du cinéma(et je mesure mes mots).

rojo

Il y a plus de lignes pour contenir le nom des acteurs que pour le scénario 🙂

Pseudo1

Quel pied ce film, qui nous renvoie directement au plaisir coupable des Commando, Demolition Man et consorts !

Même après tout ce temps, le coup de Chuck Norris et du cobra me fait toujours autant marrer ^^

STEVE

Autant j’étais fan des films d’action des années 80 (je ne les apprécierais pas maintenant donc je préfère garder mes souvenirs d’antan intact) autant je trouve abusé de mettre autant d’étoiles à ce film!
Je le trouve nul. Et la nostalgie ne fait pas tout!

Et déception du combat final dans lequel Vandamme est trop vite expédié.

Pseudo1

Le meilleur de la trilogie (en espérant que le 4 se fasse et vienne laver l’affront du 3)
Et le seul qui parvient à retrouver le plaisir régressif des Commando, Demolition Man et consorts. Ca pète dans tous les sens, mais toujours avec bonne humeur à grands renforts de punchlines souvent inspirées (la palme à Chuck Norris).

A date, je crois que c’est le dernier film d’une telle trempe que l’on ait pu voir.