Films

Rebelle : Critique

Par Simon Riaux
13 juillet 2012
MAJ : 10 juin 2023
2 commentaires

Pixar aura régné en maître sur l’animation des années 2000, à coups de directions artistiques somptueuses, de concepts audacieux, de scénarios admirablement construits et de personnages ciselés. La firme aura même été une véritable pépinière de talents puisque plusieurs de ses réalisateurs (Brad Bird, Andrew Stanton…) auront par la suite rejoint l’eldorado hollywoodien, avec des fortunes diverses. Toutefois le rapprochement avec le pape historique de l’animation américaine, Disney, et la mise en chantier de nombreuses suites des plus grands succès du studio avaient poussé une partie du public à s’interroger : la miraculeuse écurie serait-elle en voie de standardisation ? Cars 2 n’avait pu dissiper cette crainte, aujourd’hui renforcée par Rebelle.

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Malgré son développement houleux, tout laissait à penser que Pixar était bien décidé à ne pas maltraiter son formidable matériau de base, à savoir la mythologie écossaise alliée à un récit traitant de l’émancipation féminine. Il y avait sur le papier la recette des plus éclatantes réussites de la firme, qui sait mieux que personne faire du neuf avec du vieux, hélas c’est ici l’exact contraire qui se dessine sous nos yeux. La très réussie séquence introductive annonce inconsciemment les contradictions de l’œuvre, nous y découvrons Merida encore enfant, occupée à jouer avec ses parents loin du château familial, alors que son père lui offre son premier arc. Survient alors un ours monstrueux que papa s’empresse de défier tandis que maman et fifille fuient à cheval. Roulement de tambour, basses saturées, titre écrasant, le spectateur est immédiatement happé par la maîtrise du montage et de la réalisation… tandis que la Rebelle du titre, elle, s’est déjà fait la malle. On ne révélera pas le retournement de situation que la campagne promotionnelle s’est bien gardée d’éventer, mais sachez qu’il vient, après une première bobine qui aborde effectivement la question de l’éducation féminine, du déterminisme et du patriarcat, saccager à peu près tous les enjeux énoncés jusqu’alors.

 

 

Le film choisit une orientation inattendue, mais surtout parfaitement anecdotique, et ne pourra plus alors boucler ses arcs narratifs divers que grâce à leur plus petit dénominateur commun. Aux problématiques liées aux responsabilités de l’âge adulte et du rang social, à la soif de liberté, d’indépendance, au rôle d’un père qui a choisi d’éduquer comme un garçon celle que son titre destine à une vie d’épouse rangée, le scénario substitue une comédie fantastique assez pauvre, et pas très finaude. Il sera bien question d’un relatif retour à l’animalité, et des rapports mère/fille, toutefois ces questions se voient expédiées rapidement au profit d’une série de gags faciles et déjà vus (voir le rôle des trois frères, faire-valoirs dénués de toute consistance). Encombré par un rebondissement majeur intervenu bien trop tard, le script doit alors mettre les bouchées doubles pour atteindre sa conclusion, livrée au forceps.

 

 

Plus inquiétant, l’orientation progressiste de l’école Pixar, ou tout du moins en prise avec l’air du temps, qui permit au studio de supplanter ses concurrents encroutés dans d’antiques schémas pré-établis est curieusement absente. Pire, on serait presque tenté de qualifier le film d’insidieusement réactionnaire. Que Mark Andrews nous explique que le summum de l’héroïsme féminin tient dans la couture des tapisseries du château (que notre héroïne regagnera bien gentiment) n’est pas un problème en soit, et aurait pu être l’occasion d’un discours inattendu mais complexe sur la notion de sacrifice et de dépassement de ses intérêt propres. Mais ici, tout concoure à nous laisser croire que Merida conquiert sa liberté, quand elle ne fait qu’accepter sa soumission avec le sourire, d’ailleurs, ne l’aperçoit-on pas dans un des derniers plans, occupée à fricoter avec le même prétendant qu’elle rejette dès le premier acte du film ? On n’est pas tant choqué par la morale rétrograde du film que sa posture ambivalente.

Rédacteurs :
Résumé

 

Reste le savoir-faire de Pixar, la représentation somptueuse d'une Écosse mystique et sauvage, les teintes automnales dont la finesse laisse bouche-bée, et un timing interne qui fait que chaque séquence, quand bien même elle s'insère difficilement dans la globalité du film, fonctionne pour elle-même. Autant de beaux restes qui suffiront à la majorité du public, et qui, alliés à quelques séquences impressionnantes, fascineront les plus jeunes, tandis que les autres s'inquiéteront sérieusement de voir Pixar s'enferrer avec ce Frère des ours luxueux.

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Kami

Je me souviens que je n’avais guère apprécié le film malgré ce qui était dévoilé au départ et m’emballait.
Je ne me souviens pas assez du film pour dire que c’est ces mêmes sentiments qui m’ont gagnés durant le visionnement, mais je pense qu’il y a une part de cette critique qui fait écho à ce que j’avais ressenti sans chercher à mettre les mots.
Bref, moi aussi, ce film m’a déçu.

nick

pas du tout eu le même ressenti. Critique très très bizarre….