Critique : Des saumons dans le désert

Simon Riaux | 4 juin 2012
Simon Riaux | 4 juin 2012
Quand un spécialiste des saumons est dépêché auprès d'un richissime cheik yéménite et de sa ravissante assistante pour permettre au nabab de pêcher à volonté dans sa propre contrée, le spectateur optimiste croit un instant que Lasse Hallström aura le bon sens de ne pas verser simplement dans la bluette surfaite et de s'intéresser un tant soit peu au cynisme de la situation qu'il dépeint. Mais qu'un homme puisse à lui seul convoquer l'énergie et l'argent dont ses concitoyens rêveraient pour ne serait-ce que boire à l'eau de la rivière au milieu de laquelle coule le récit sera vite relégué au second plan.

On assistera donc ici à une romance plus que convenue entre deux êtres que tout oppose, une sémillante business woman d'un côté et un fan hardcore de la poiscaille de l'autre, et si métaphore il y a, il ne faudra pas chercher bien loin. Ainsi nos deux apprentis tourtereaux remonteront-ils le fil du destin, tels les saumons du titre, mus par un instinct et des sentiments qui les dépassent, contre la logique apparente de leurs existences rangées. Au moins le spectateur piégé par le synopsis pourra-t-il avaler l'hameçon grâce au casting, Ewan McGregor et Emily Blunt déployant tout leur talent dans un très bel écrin. Charme moucheté, séduction mouillée et couchers de soleil immaculés sont donc les stratagèmes déployés par un script en forme d'appât un brin rouillé.

Lasse Hallström s'était révélé incapable de traiter d'autre chose que de fariboles sucrées à plusieurs reprises (ah Le Chocolat...), on pourra cette fois s'agacer franchement que le réalisateur, plutôt que d'ignorer véritablement les échos historiques, sociaux et géopolitiques de son script, les fasse apparaître au loin, comme une toile de fond indispensable, mais dont il se moque éperdument. Il rate ainsi l'occasion de faire de ses Saumons dans le désert une carte postale romantique, lui préférant un tartare cynique. La fluidité et la maîtrise de la narration n'en paraissent que plus artificiels, et paradoxalement, consacrent le manque de fraîcheur de l'ensemble.

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