Dark Shadows : critique sortie du cercueil

Simon Riaux | 19 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 19 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

À l'image de son héros tiré d'une léthargie de deux siècles, on espérait que Tim Burton retrouve avec Dark Shadows, annoncé comme un projet fou et invendable, l'inspiration et la créativité qui firent sa gloire. Et sur le papier, tous les ingrédients d'une recette dont nous ne gardons plus que le souvenir étaient réunis : ton décalé, monstres et marginaux à tous les étages, réhabilitation sophistiquée du mauvais goût d'hier, le plat promettait d'être méchamment assaisonné. C'était sans compter sur la présence en cuisine d'un chef un chouïa monomaniaque, doué mais porté sur le réchauffé, le vampirique Johnny Depp.

DEPP-ENDANCE

Photos, bandes-annonces, tout annonçait un show à la hauteur des dernières guignolades fardées du comédien, ici co-producteur, et ses fans seront ravis d'apprendre que l'artiste s'en donne encore une fois à cœur joie. Johnny Depp enchaîne les répliques et les sorties spectaculaires sans répit, et nous livre une véritable cascade de mimiques, grimaces et génuflexions, avec une technicité dont la folie est curieusement absente.

On a presque l'impression qu'il est le véritable auteur du film, qui s'attarde bien trop sur son décalage avec la société des années 70, répétant inlassablement combien Barnabas Collins est à contre-courant d'une époque en pleine mutation. Mais cet enchaînement continu de gags et de chutes s'avère hélas répétitif, et participe à un ventre mou du récit qui s'étire dangereusement, et distrait sans jamais passionner.

 

Photo Johnny DeppJohnny Depp

  

SORTIR DU CERCUEIL

Un constat d'autant plus amer que Tim Burton semble pour sa part prêt à donner le meilleur de lui-même, et compose en ouverture et conclusion de son film quelques séquences à la beauté stupéfiante, redonnant ses lettres de noblesse au romantisme gothique qui nous fascina dans Sleepy Hollow. Ce dernier partage avec Dark Shadows une fabuleuse direction artistique, un sens du détail proprement exceptionnel, qui se voit malheureusement cantonné au second plan, au propre au comme figuré.

 

 

photo, Eva GreenL'amie des Collins

 

C'est le cas lors d'une dissonante et formidable séquence de repas, où l'impayable Chloë Grace Moretz danse lascivement sous les yeux révulsés de ses proches, une ambiguité et une sensualité que le film sacrifiera sans pitié aux blagues verbeuses de Johnny Depp. Orientation d'autant plus regrettable que l'ensemble du casting s'épanouit avec délice devant la caméra de Burton, à l'image d'Eva GreenMichelle Pfeiffer et notamment Bella Heathcote, diaphanes ensorceleuses, dont chaque apparition happe le spectateur et le plonge dans un univers de tentations et de ténèbres.

 

Affiche française

Résumé

On craignait que le metteur en scène d'Edward aux mains d'argent n'ait plus rien à dire, privilégie les fonds verts aux décors torturés qui nous marquèrent, il semblerait heureusement qu'il n'en soit rien. Pourtant, son récit de vampire venu demander à ses descendants son dû fait étrangement écho au film lui-même, gravitant autour d'un personnage exsangue, affamé, et dont on se demande combien de temps encore il pourra vider de sa substance tout ce qu'il touche.

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commentaires
George Abitbol
19/08/2018 à 21:30

mon dieu que c'était nul! quand Burton s'enlise dans son propre style... pour un film d'une platitude et d'un intintérêt à réveiller les morts. et surtout un film où Depp nous prouve une fois n'est pas coutume qu'il faut qu'il décroche définitivement avec Pirates des caraïbes.

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