Dark Shadows : critique sortie du cercueil

Simon Riaux | 30 octobre 2022 - MAJ : 31/10/2022 10:45
Simon Riaux | 30 octobre 2022 - MAJ : 31/10/2022 10:45

Après Edward aux mains d'argent, Ed Wood, Sleepy Hollow, Charlie et la chocolaterie et Alice au Pays des merveilles, Dark Shadows marquait la sixième collaboration entre Tim Burton et Johnny Depp. Adaptée de la série américaine de Dan Curtis, diffusée dans les années 60, cette histoire de vampires et autres monstres, avec également Eva Green et Michelle Pfeiffer, n'a pas franchement été à la hauteur du rendez-vous pourtant parfait.

DEPP-ENDANCE

À l'image de son héros tiré d'une léthargie de deux siècles, Tim Burton aurait pu retrouver avec Dark Shadows, annoncé comme un projet fou et invendable, l'inspiration et la créativité qui firent sa gloire. Et sur le papier, tous les ingrédients étaient réunis : ton décalé, monstres et marginaux à tous les étages, réhabilitation sophistiquée du mauvais goût d'hier... le plat promettait d'être méchamment assaisonné. C'était sans compter sur la présence en cuisine d'un chef un chouïa monomaniaque, doué mais porté sur le réchauffé : le vampirique Johnny Depp.

Dès la promo, tout annonçait un spectacle à la hauteur des dernières guignolades fardées du comédien, ici co-producteur, et ses fans seront ravis d'apprendre que l'artiste s'en donne encore une fois à cœur joie. Johnny Depp enchaîne les répliques et les sorties spectaculaires sans répit, et livre une véritable cascade de mimiques, grimaces et génuflexions, avec une technicité dont la folie est curieusement absente.

On a presque l'impression qu'il est le véritable auteur du film, qui s'attarde bien trop sur son décalage avec la société des années 70, répétant inlassablement combien Barnabas Collins est à contre-courant d'une époque en pleine mutation. Mais cet enchaînement continu de gags et de chutes s'avère hélas répétitif, et participe à un ventre mou du récit qui s'étire dangereusement, et distrait sans jamais passionner.

 

photo, Johnny DeppComme une odeur rance

 

SORTIR DU CERCUEIL

Un constat d'autant plus amer que Tim Burton semble pour sa part prêt à donner le meilleur de lui-même. Il compose ainsi en ouverture et conclusion de son film quelques séquences à la beauté stupéfiante, notamment grâce à la photo de Bruno Delbonnel, aux costumes de Colleen Atwood, à la musique de l'indéboulonnable Danny Elfman, et des effets visuels très soignés.

Il n'y a qu'à voir le personnage d'Angélique, qui finit par tomber en morceaux et offrir son coeur en dernier sacrifice, pour se dire que Burton redonne ses lettres de noblesse au romantisme gothique si vibrant de Sleepy Hollow. Ce dernier partage avec Dark Shadows une fabuleuse direction artistique et un sens du détail proprement exceptionnel. Mais cette belle maîtrise se voit malheureusement cantonnée au second plan, au propre au comme figuré.

 

photo, Eva GreenSuper Green

 

Parfaite illustration lors d'une dissonante et formidable séquence de repas, où l'impayable Chloë Grace Moretz danse lascivement sous les yeux révulsés de ses proches. Une ambiguité et une sensualité que le film sacrifiera sans pitié aux blagues verbeuses de Johnny Depp, à l'image d'un film qui souffle le chaud et le froid entre les émotions pures et la bouffonerie dure, sans jamais trouver l'harmonie.

Une orientation d'autant plus regrettable que l'ensemble du casting s'épanouit avec délice devant la caméra de Burton, particulièrement Eva Green, Michelle Pfeiffer et Bella Heathcote. Un trio de diaphanes ensorceleuses, dont chaque apparition happe le spectateur, et recentre l'histoire sur l'émotion noire. Dommage que Dark Shadows ait préféré les lumières de Johnny Depp à ces belles ténèbres.

 

photo, Michelle PfeifferLa seule et grandiose Catwoman

 

Après La Planète des singes, Charlie et la chocolaterie, Sweeney Todd et Alice au pays des merveilles, Tim Burton semblait perdu - ce que Big Eyes, Miss Peregrine et les enfants particuliers confirmeront par la suite. Le grand cinéaste de Beetlejuice, Edward aux mains d'argent, Batman, le défi et Ed Wood n'a-t-il plus rien à dire, caché derrière ses fonds verts et autres CGI ?

Pas sûr que Dark Shadows rassure. Mais ce récit de vampire venu demander à ses descendants son dû fait étrangement écho au film lui-même, gravitant autour d'un personnage exsangue, affamé, et dont on se demande combien de temps encore il pourra vider de sa substance tout ce qu'il touche.

 

Affiche française

Résumé

Dark Shadows était un film parfait pour Tim Burton, qui retrouve un peu de la beauté gothique de ses grands films, grâce à une direction artistique et un casting en or. Dommage que le Johnny Depp show parasite (presque) tout.

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Lecteurs

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commentaires
Faurefrc
30/10/2022 à 19:27

Oui… On est (très) loin des meilleurs films de Burton.
Après on peut critiquer son style, mais il faut reconnaître qu’il y a peu de réalisateurs à avoir su imprimer autant leur vision sur la pellicule.
On parle d’un film burtonien, spielberesque, tarantinesque, leonien, Kubrickien,… mais quand on y pense, ils ne sont pas si nombreux.

Sébastien
21/11/2021 à 21:43

Quelques faiblesses mais j'adore. On retrouve le Burton qu'on aime.
En même temps, comment ne pas se répéter? Qui a la formule magique?
Un film qui vaut n'importe quelle Marvelerie.

Dovahkiin
21/11/2021 à 21:14

Le film qui m'a fait rompre avec Burton.

George Abitbol
19/08/2018 à 21:30

mon dieu que c'était nul! quand Burton s'enlise dans son propre style... pour un film d'une platitude et d'un intintérêt à réveiller les morts. et surtout un film où Depp nous prouve une fois n'est pas coutume qu'il faut qu'il décroche définitivement avec Pirates des caraïbes.

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