Critique : Le Prénom

Simon Riaux | 22 avril 2012
Simon Riaux | 22 avril 2012
À l'heure où le cinéphile est sommé par les urnes de se prononcer entre François, Nicolas, Jean-Luc, Marine, Éva, Nathalie, Philipe et Jacques, le moment est idéalement choisi pour faire le point sur Le Prénom. Loin de ne faire écho qu'à la grand messe électorale, le film de messieurs De La Patellière et Delaporte appartient à une immémoriale tradition d'adaptation théâtrale. Et si le critique esthète se méfie toujours de ces charentaises conceptuelles, c'est car il ignore s'il sera convié à un Dîner de con, ou coincé avec Ma Femme, qui s'appelle Maurice.

Heureusement, les auteurs de la pièce à succès dont est issu le film en sont également les metteurs en scène, et s'attaquent à un sujet qu'ils connaissent sur le bout des doigts, non pas en prestataires de luxe, mais bien en artisans méticuleux. Ainsi, on identifiera à des kilomètres les nouveautés injectées dans le récit (notamment dans l'introduction et l'épilogue), tout en appréciant le soin et la précision apportés à ces ajouts. Le premier d'entre eux n'est autre que Charles (Berling), absent du casting d'origine, et qui apporte ici une touche comique et délicate bienvenue, rompant sans crier gare le ronron attendu de la comédie de boulevard germano-pratine. L'acteur croque avec gourmandise son personnage de bobo intemporel, et parvient à faire cohabiter cruauté et compassion avec délice.

Le reste est connu, sinon balisé, mais exécuté avec un soin et un constant souci du spectateur qui ne peuvent que forcer le respect. Agencement des situations millimétré, équilibre parfaitement tenu entre naturalisme et théâtralité, réelle réflexion quant à la direction artistique de ce qui aurait pu n'être qu'un huis-clos proto-bourgeois, bref jamais le public n'est envisagé comme un troupeau abêtifié qu'il convient de gaver. Le film déroule ainsi ses rebondissements et pics à destination d'une société française dont il accroche, sans subversion mais avec une réelle précision, les tropismes et les entités remarquables.

On pourra regretter que l'impeccable Guillaume de Tonquedec soit une fois de plus cantonné à sa partition de précieux ridicule, quand il ne demande qu'à nuancer un texte qui l'engonce, mais ce serait ignorer les aspirations et l'ascendance d'une œuvre qui ne prétend rien d'autre que s'inscrire dans la lignée des comédie de mœurs à la française. En revanche, on se demande, à la vue de la minutie et de la finesse déployés pour réaliser ce Prénom, pourquoi personne dans l'hexagone ne s'empare de cet exceptionnel savoir-faire pour l'assaisonner du vitriol qui fait tout le sel d'un Carnage.

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(1.5)

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