Critique : Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout

Sandy Gillet | 27 mars 2012
Sandy Gillet | 27 mars 2012

On avait laissé Peter Lord avec son coq de basse-cour vaguement escroc qui enseignait à une tripotée de poules improbables comment voler pour se faire la malle. Chicken Run qu'il coréalisait avec Nick Park, remporta un très joli succès commercial (et critique). Depuis, le bonhomme s'est « contenté » de produire beaucoup de choses avec des hauts et des bas. Le haut c'est bien entendu Wallace et Gromit : le Mystère du lapin-garou qui consacrait définitivement le génial duo créé au demeurant par Nick Park (co-réalisateur). Les bas ce sont Souris City et plus récemment Mission noël qui n'ont, il faut bien le dire, pas vraiment convaincu. Le fait d'avoir succombé aux sirènes d'une animation tout numérique y a certainement joué pour beaucoup. Ce pourquoi les Studios Aardman, formidables défricheurs de talents depuis 1972 maintenant, sont revenus aux basiques qui ont fait leur notoriété en réinsérant au sein de leur nouveau long le procédé de l'image par image et autre plasticine permettant à l'animation de revenir au centre des enjeux de mise en scène.  

Mais en fait pas tout à fait puisque ces Pirates ! Bons à rien mauvais en tout ne sont pas nés uniquement de la folie d'une production « old school » mais aussi de l'expérience acquise des semi-échecs que furent donc les tâtonnements du tout numérique. En fait ici avec les studios Aardman Animations, on trouve aussi Sony Pictures Animation qui s'est fait les dents avec Tempête de boulettes géantes ou Les Schtroumpfs. De cette combinaison on obtient à l'image une rondeur organique précieuse (décors somptueux dans le luxe de détails / personnages à la richesse visuelle folle dont la barbe du « Capitaine Pirate » extraordinaire de précisons jusque dans les moindres rouflaquettes), une fluidité accrue et des morceaux de bravoure parfaitement maitrisés (le déplacement de l'impressionnant bateau sur une eau numérique étend sans conteste l'espace et la profondeur de champs). L'histoire aussi a bénéficié du retour aux affaires de Peter Lord. Non dans son canevas ou dénouement connu d'avance. Mais dans sa propension à envoyer du lourd dans la témérité funambule de ses dialogues (les enfants doivent être scotchés et les parents ne doivent pas s'ennuyer) et le formidable tempo imprimé au développement de l'action.

Pas de temps mort est le ressenti premier au sortir de la salle. Beaucoup de moments drôles aussi frappés du sceau d'un humour british qui sied parfaitement à une histoire de pirates qui veulent absolument gagner le prix du pirate de l'année. Nos sociétés biberonnées à la téléréalité apprécieront ce pied de nez suffisamment bien troussé pour réunir derrière lui petits et grands qui ne termineront pas le film lobotomisés mais juste conquis par la gouaille et la fraîcheur de l'ensemble.

Ps : l'auteur de ces lignes a découvert le film en 3D. Si quelques séquences pourront impressionner les plus petits, le procédé n'en demeure pas moins assez discret. Enfin, le doublage français est plus que correct avec en tête de gondole un Edouard Bear qui prête, avec le talent qu'on lui connaît, sa voix au Capitane pirate (Hugh Grant en VO).

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