Les Immortels : Critique

Simon Riaux | 12 novembre 2011
Simon Riaux | 12 novembre 2011

Estampillé abusivement 300 vieilli en fût de chêne, Les Immortels avait la difficile et schizophrène mission de rassembler les adorateurs de la bourrinade numérique de Zack Snyder et les fidèles de Tarsem Singh, réalisateur dont les travaux tenaient jusqu'alors lieu d'éblouissantes coquilles, hélas aussi vides que reluisantes. On attendait donc cette relecture du mythe de Thésée avec un mélange de circonspection polie et de franche curiosité, et l'on en ressort tout aussi indécis.

 

Il y pourtant dès les premières images matière à se décrocher la mâchoire, car une fois de plus, Tarsem nous offre une oeuvre foisonnante, dont la minutie et la richesse imposent instantanément le respect. Mais si les bonnes (voire brillantes) idées abondent, elles se retrouvent systématiquement contrebalancées par autant d'expérimentations douteuses. Pour une ouverture qui confine au sublime, il faudra souffrir une exposition artificielle, pour une séminale séquence de torture, supporter les abominables costumes d'Hyperion, pour une apothéose grandiose, oublier les verbiages cosmétiques des happy fews Olympiques. Chaque élément trouve toujours son double négatif, tant et si bien que les fulgurances visuelles s'en retrouvent terriblement amoindries. Des errements que l'on pardonnerait aisément tant ils sont porteurs d'audace, s'ils n'avaient pas le tort de déraciner purement et simplement le récit.

 

 

Car le réalisateur, en faisant le choix de ne quasiment rien conserver des canons de la représentation Hellène, réinvente en permanence la mythologie qu'il adapte, à un point tel qu'il dé-contextualise totalement ses Immortels. Profession de foi esthétique ? Sûrement, mais ces 90 premières minutes, dénuées d'action, dans un décorum aussi sublime qu'abstrait, où aucun personnage (à la notable exception de Rourke) ne fait suffisamment appel à notre humanité pour créer l'identification, provoquent un emmerdement poli.

 

 

Heureusement, la dernière bobine forcera le metteur en scène à raconter plutôt qu'à montrer, mettre les mains dans le cambouis, et accessoirement, des litres de sang. On pourrait ironiser sur les multiples similitudes entre le final et celui de 300 (décor identique, chorégraphies voisines, et virilité de supermarché), mais ce serait ignorer son formidable impact et sa réjouissante sauvagerie, teintée d'une cruauté trop rare sur grand écran. Les tics du metteur en scène sont sacrifiés sur l'autel de la barbarie, ce qui lui permet d'emballer une confrontation finale honteusement éventée par la campagne promotionnelle, mais indiscutablement homérique. Abasourdi après une ultime séquence dont les images balaient instantanément toutes les tentatives récentes de ressusciter le Péplum, le spectateur reste groggy, avant de se demander pourquoi Tarsem n'a pas abandonné plus tôt ses outrances rococo à la faveur d'une narration qui appelait plus de fièvre, et moins de poses alambiquées.

 

 

 

On espérait que Les Immortels trancheraient quant au sort de Tarsem Singh, et le consacreraient comme baudruche hâtivement gonflée ou indétrônable esthète. Il n'en sera rien, et les pourfendeurs n'y verront toujours qu'un clippeur gonflé aux hormones de Byzance, tandis que ses défenseurs loueront le nouveau tour de force d'un visionnaire en devenir. Il n'est pas interdit de penser que Tarsem trouve ici la limite de son art, trop conscient de sa virtuosité, trop hautain pour s'abaisser à divertir de simples mortels.

 

Nota bene : évitez à tout prix l'abominable conversion 3D, qui nuit à l'expérience, et affadit outrageusement la photographie de Brendan Galvin.

 

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