Critique : Miller’s crossing

Par Tonton BDM
13 juillet 2011
MAJ : 28 octobre 2018
1 commentaire

Quelques années à peine après la récréation Arizona Junior (qui va de pair avec le très amusant Mort sur le grill de Sam Raimi), Miller's Crossing s'impose tout net comme un film d'atmosphère, au rythme volontairement lent, ce qui permet aux frères Coen d'instaurer rapidement une ambiance lourde, pesante, au cœur de laquelle on sent que la violence peut éclater à tout moment. Bref, malgré quelques traits d'humour noirissime, le fait est qu'on n'est pas là pour rigoler. Les frangins marquent leur volonté farouche de revenir au Film Noir (leurs premiers amours en quelque sorte), et vont s'appliquer à s'écarter le plus possible de leur film précédent : par l'ambiance et la violence premier degré de l'ensemble, mais également le côté très figé du film (dialogues, découpage très sobre…), complètement à l’opposé du déchaînement cartoonesque d’Arizona Junior.

Pour leur deuxième incursion dans le Film Noir (après Blood simple), les Coen vont donc tenter de le dépoussiérer de fond en comble. D'abord grâce à un scénario aussi complexe que retors, ensuite grâce à une reconstitution aussi rigoureuse qu'impeccable à l'écran (sublime photo de Barry Sonnenfeld), et enfin et surtout grâce à un incroyable talent pour la mise en scène. Une mise en scène volontairement rigide qui appuie cette idée de société en stagnation, fastueuse en apparence mais pourrie de l’intérieur. Les seuls moments où la caméra de Joel Coen se déchaîne, c’est justement lorsque le point de non retour est atteint, quand la violence prend le pas sur tout le reste, que les pulsions explosent et font voler en éclat (et en fumée) cet univers sclérosé.

Au cœur de Miller's Crossing, il y a Tom Reagan (Gabriel Byrne), anti-héros sur la corde raide entre les deux camps qui s'affrontent dans une lutte sanglante : un personnage froid, cynique, presque Brechtien, dans le sens où le spectateur pourra ressentir des difficultés à s'identifier à lui. Il n'aime personne, ne fait confiance à personne, et la seule fois où il laissera parler son coeur cela se révèlera fatale. Mais il n'est pas le seul, le film proposant une galerie de pourris, de salopards et d'hypocrites comme on en a rarement vu sur un écran (le monologue de Jon Polito en début de film, trésor d'humour noir). La société décrite par les Coen dans le film est pue la gangrène jusqu’à l’os, les représentants de l’ordre (mairie, police) ne sont que de vulgaires pantins, totalement à la solde des gangsters, et même le héros s'avère en fait le dernier des salauds.

Pessimiste jusqu'au bout des ongles, Miller's Crossing s'avère un Film Noir aux accents nihilistes. Virtuose et violent, riches de plans sublimes et de séquences inoubliables, il constitue, encore à ce jour (vingt ans après, on le redécouvre presque en Blu-ray), un des meilleurs films du couple Coen.

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cavalier

Personne ne fait le rapprochement avec LE DOULOS ??!!