Melancholia : critique

Simon Riaux | 18 mai 2011 - MAJ : 12/01/2020 12:37
Simon Riaux | 18 mai 2011 - MAJ : 12/01/2020 12:37

Lars Von Trier avait réussi avec Dogville un exploit cinématographique, allier une forme proche de l'épure absolue avec une richesse thématique foisonnante. Ce sommet de sa cinématographie semble avoir définitivement asséché le talent du réalisateur, qui nous a depuis gratifié d'un Direktor dilettante, puis d'un Antichrist aussi profond qu'une page horoscope de Jeune et Jolie. Cette tendance ne s'inverse pas, bien au contraire, Melancholia se révèle, pour notre plus grand malheur, comme le stade terminal de l'art Von Trier.

Un plan, vers le milieu du film, est le constat limpide et cinglant de son échec absolu. Alors que Charlotte Gainsbourg tente de donner un bain à sa soeur catatonique (Kirsten Dunst, occupée depuis une heure à pleurer et uriner dans l'herbe), la caméra quitte les deux comédiennes, jusqu'alors de dos, pour se planter face à elles. Rien ne se passe, la brune enjoint inlassablement la bonde de se laver, laquelle geint à n'en plus finir. Réalisant subitement que ni ses actrice ni lui n'ont rien à dire, le réalisateur effectue un subtil, mais décisif, mouvement de caméra, pour ne plus cadrer que la poitrine opulente de Dunst. Elle devrait nous émouvoir, éventuellement nous mettre en colère, mais Von Trier sait que sa dernière chance de provoquer une réaction chez le spectateur, la seule carte qui soit encore dans son jeu, ce n'est plus ni l'émotion, ni l'intelligence, mais les nichons d'une actrice.

 

photo, Alexander Skarsgård, Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg

 

Si vous êtes sensibles aux campagnes d'affichage de certaines marques de parfums destinées aux adolescentes, alors les tableaux d'ouverture du film devraient vous ravir. Dans une série de plans ralentis à l'extrême, le metteur en scène dévoile un avant-goût de l'apocalypse à venir, dans une esthétique de magazine bas de gamme et surchargée, plus proche des pages mode de Cosmo que de l'apocalypse selon St Jean. La plastique (le terme esthétique est ici tout à fait hors de propos) s'enfonce un peu plus loin dans les tréfonds du néant dès lors que s'ouvre véritablement le récit.

Nous sommes dès lors plongés dans une relecture de Festen, bientôt phagocytée par un vaudeville faussement pesant, et vraiment lourdingue, à l'instar de la partition d'Udo Kier, hommage inattendu à Max Pécas. Le tout se déroule dans un décorum qui rappelle singulièrement les publicités Aoste, à cet instant, on espère encore que le scénario redresse un tant soit peu la barre.

 

 

photo, Kirsten Dunst

 

Hélas il ne faut pas beaucoup plus longtemps à Lars Von Trier pour saborder ce qu'il reste de son film. Kirsten Dunst est complètement à la dérive, n'ayant rien de mieux à faire que geindre pendant deux bons tiers du script, ou nous montrer une nouvelle fois sa poitrine, des plus ravissantes il faut l'admettre. Charlotte Gainsbourg fait ce qu'elle sait faire de mieux, à savoir la moue, en anglais s'il vous plaît. Les rares caractères clivants ou potentiellement générateurs de conflits (Charlotte Rampling en mère haïssable, Alexander Skarsgard en nigaud éconduit) sont rapidement éjectés du récit, dénudant totalement le script. Nous ne vous révélerons pas le sort de Kiefer Sutherland, sachez simplement que ce dernier a droit à une séquence hilarante (à posteriori) où ce Jack Bauer en vacances réalise subitement dans quelle galère il se trouve, avant de tirer les conclusions qui s'imposent.

 

 

Affiche

 

Résumé

C'est un peu embarrassé que l'on cherche quelque chose à sauver au milieu de cette logorrhée filmique, sans jamais rien trouver. Pour sa défense, Lars Von Trier écrivait lui-même dans le dossier remis à la presse la veille de la projection « It looks like shit. » On ne saurait trop lui donner raison, tout en le suppliant d'en rester là, et de laisser en l'état une oeuvre qu'il semble se complaire à piétiner, au risque d'entraîner dans sa chute les malheureux prêts à le suivre.

Autre avis Geoffrey Crété
Quand la violence d'une dépression entre en résonance avec celle du cosmos. Quand Lars Von Trier pousse tous ses curseurs au maximum. Quand la beauté mute avec l'horreur. Melancholia est un choc, une vague d'émotion belle, intense et aveuglante.

Lecteurs

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commentaires

Kostik
11/04/2020 à 19:01

100% d'accord avec l'avis...de Geoffrey Crété.

Ce film est une bombe d'émotions. Il est beau. L'horreur devient belle. L'annihilation devient rayonnante.

Je ne comprends pas tout avis négatif sur ce film. Ou plutôt, tout avis négatif le concernant dénote selon moi un vrai manque de sensibilité absolument incompatible à l'exercice de la critique.

D'accord …
16/11/2014 à 23:50

… avec Simon Riaux

amédée
16/11/2014 à 22:07

comme l'avait dit Pierre Murat: snob et chiant.....Certainement pas à la hauteur de Festen...

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