Critique : Territoires

Didier Verdurand | 8 juin 2011
Didier Verdurand | 8 juin 2011

Pour (3,5/5) :

 

Olivier Abbou et son co-scénariste Thibault Lang Willar sont visiblement nostalgiques d'une époque où le cinéma de genre avait des couilles. Pas les couilles d'aller toujours plus loin dans le trash et le gore, non. D'ailleurs, Territoires, même s'il se révèle particulièrement éprouvant pour le spectateur, n'est pas un film proposant des déchainements de violence graphique, et les amateurs de boucherie-charcuterie en seront pour leurs frais. Non, les deux français ont décidé d'aborder le genre de façon ouvertement politisée, et marquent par là même leur attachement à un certain cinéma d'horreur des années 70, libertaire et subversif (on pense évidemment beaucoup à Massacre à la tronçonneuse et au cinéma de Wes Craven), qui tranche de façon claire et nette avec l'ensemble de la nouvelle vague de cinéma horrifique français.

En filmant ses victimes comme de la chair à canon (en refusant de présenter ses personnages, le film coupe court à toute possibilité d'identification) et surtout en alternant brutalement les points de vue au cours de son film, Olivier Abbou prend le temps, à travers un simple fait divers, de pointer du doigt un certain nombre de dysfonctionnements de la société américaine : par exemple, le questionnement sur les bourreaux qui officiaient à Guantanamo, pensionnés de guerre répudiés par leur administration et obligés de vivre cachés comme la honte de la nation, est tout à fait légitime et troublant. Le parallèle avec les anciens nazis est évident, et le film, par le biais du genre, parvient à distiller un vrai malaise devant des personnages malades et remplis de rancœur qui n'arrivent plus à trouver leur place au sein de la société et finissent par complètement dérailler.

Alors oui, Territoires est un film sérieux, ce qui est à la fois sa grande force (on aimerait franchement que le cinéma français aborde de front les problèmes sociaux par le prisme du cinéma fantastique) et sa principale faiblesse. Car bien sûr, le film ne tient pas forcément toutes ses promesses, et souffre de quelques flagrantes maladresses d'écriture (déséquilibre entre les parties, etc), et les plus cyniques lui reprocheront par conséquent une certaine naïveté, qui donne quelque peu l'impression d'enfoncer des portes ouvertes. Mais qu'à cela ne tienne, la réalisation, le jeu des acteurs, la photo - superbe - la B.O et le traitement du son sont tellement soignés qu'il serait bête de bouder cette tentative au final réussie de faire bouger les choses dans le monde très figé du genre « à la française ».

Tonton BDM

 

 

Contre (1/5) :

 

C'est à se demander si les films de genre franchouillards ne seraient pas une formidable source de remakes... pour des court-métrages. Territoires en est le dernier parfait exemple, mais au fond, on pourrait penser la même chose des Captifs, La Horde et autre Martyrs qui ont tenté de secouer le marché durant la dernière décennie. Un nombre spectaculaire de navets qui brillent plus par leurs intentions et quelques bonnes scènes par-ci par-là, que par leur résultat final, artistique comme au box-office. Territoires n'est pas branché gore, mais préfère se concentrer sur le suspense et des dialogues parfois bien relevés. Imaginez le divertissement d'un quart d'heure : un groupe d'amis en week-end à la frontière américano-canadienne se fait contrôler par deux faux douaniers qui les emprisonnent en plein milieu d'une vaste forêt quasi-déserte. Les deux cinglés sont des vétérans de la guerre en Irak et manifestement y ont laissé une partie de leur cerveau, car ils se croient désormais à Guantanamo, à vouloir soutirer aux prisonniers des infos sur un complot terroriste imaginaire, juste bon à assouvir leurs fantasmes sadiques. Why not ?!

Le souci, c'est qu'il faut tenir environ 1h30 avec ce pitch qui ne prévoit aucun rebondissement. Dans la dernière partie, un détective looser sur les bords vient enquêter dans la région, mais on se doute qu'il ne fera pas avancer le schmilblick. Gagné. On se prend à rêver d'une fin originale mais non, le metteur en scène Olivier Abbou ne sait pas comment conclure son film et choisit l'option ouverte et pessimiste - on sauve la face comme on peut et ça fait très arty. Tout ça pour ça, se lamente-t-on en regardant derrière soi le temps perdu. Car non seulement on s'ennuie assez vite mais en plus, on n'a rien vu de nouveau ou d'intéressant. Le type de DTV qu'on regarde en accéléré chez soi quand on n'a rien de mieux à faire. Allez, il serait gratuit de s'acharner comme les deux geôliers sur leurs proies, et on va préférer revoir Délivrance, au hasard.

Didier Verdurand

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