Scream 3 : critique Bloodywood

Laurent Pécha | 19 mars 2011 - MAJ : 29/09/2018 19:43
Laurent Pécha | 19 mars 2011 - MAJ : 29/09/2018 19:43

Après Scream et Scream 2, et avant Scream 4, il y a eu Scream 3 de Wes Craven. La fin supposée de la saga de Sydney Prescott avec Neve Campbell face à Ghostface.

Les héros ou plutôt les survivants de Scream sont de retour pour la troisième fois. Mais attention, cette fois-ci et tous nous le promettent, Wes Craven en tête, il s'agit bel et bien du dernier chapitre (on sait désormais, 10 ans plus tard, qu'il n'en est plus rien). L'action du film est ici transportée directement à Hollywood : dans l'un des nombreux plateaux de ciné, on tourne Stab 3, retour à Woodsboro, film qui replonge dans les horreurs vécues par les protagonistes de Scream. Tout est donc en place pour un mélange fiction (Stab 3 mais aussi Scream) réalité (Scream 3 mais qui est aussi un film, on ne s'en sort plus) cher au réalisateur des Griffes de la nuit (son opus 7, Freddy sort de la nuit n'était en effet qu'une grande mise en abîme ).

Ne manque plus que l'arrivée du fameux tueur masqué et avec lui un premier meurtre pour que tout recommence. Traumatisée (et on la comprend) par les événements précédents, Sidney (Neve Campbell), névrosée, se terre à la campagne dans une maison ultra protégée. Elle va devoir sortir de son cocon quand elle apprend que le tueur laisse sur ses victimes une photo de sa mère jeune.

On sort de Scream 3 content d'avoir assisté une fois encore à un spectacle de qualité où le suspense est constant, les rebondissements se succédant à un rythme soutenu mais aussi frustré que Wes Craven n'utilise pas complètement toute l'immense richesse d'un scénario pourtant plus malin et complexe que les deux autres réunis.

 



Il faut dire que ce mélange réalité-fiction auquel on assiste les héros-acteurs des deux Scream se retrouvant face à des acteurs/acteurs qui jouent leur rôle dans l'adaptation ciné (Stab 3), possède un potentiel énorme. Cette mise en abîme est par moments absolument étourdissante, laissant le spectateur perplexe. Elle culmine dans une scène prodigieuse (la meilleure de la série avec la séquence d'ouverture du premier Scream) où Sidney se retrouve sur le plateau de Stab 3 dans lequel est reconstitué avec minutie le décor de sa propre maison. Elle revit alors les mêmes événements qu'auparavant (sa première agression par le tueur) et tente d'exécuter les mêmes gestes salvateurs, mais cette fois, expérience oblige, en connaissance de cause.

Malheureusement, c'est la seule fois dans le film où Wes Craven pousse aussi loin la réflexion. Le reste du temps, le procédé du film dans le film ne sert qu'à des "private joke" certes réussies (les réactions de Gale Weathers face à sa "représentation" filmique, l'apparition de Carrie Fisher/Princesse Leia aussi surprenante que désopilante...) mais qui n'apportent finalement pas grand chose.

 



Là où le film souffre le plus face à ses prédécesseurs, c'est dans le manque d'implication du spectateur dans la recherche du tueur potentiel (tueurs ?). Autant dans les deux premiers, Wes Craven et Kevin Williamson s'amusaient à nous donner de fausses pistes nous persuadant au final que tout le monde pouvait être coupable, autant ici, on subit l'action et on ne cherche à aucun moment à savoir qui peut bien se cacher derrière le masque.

Lié ou pas à ce reproche, force est de constater que le niveau de violence a terriblement baissé depuis le deuxième épisode. Les meurtres sont graphiquement moins sanglants, les différents actes de violence juvénile (massacre de Littleton) qu'ont connu les USA  à l'époque n'y étant sans doute pas étrangers.

 


Quant à la révélation finale du tueur, elle renforce la place prédominante de Wes Craven dans le processus de création de la trilogie. Le grand manitou qui tire toutes les ficelles, c'est bien lui. Le message  final est d'une simplicité et d'une lucidité sans faille : on est tous le metteur en scène de notre propre peur. Craven revendique ainsi par le biais d'un film de pur divertissement son droit à la création et sa liberté d'expression, libre de toute censure. Au sein même du système hollywoodien, voilà un plaidoyer intelligemment énoncé.

 

Résumé

Lecteurs

(4.5)

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