Fighter : Critique

Simon Riaux | 26 février 2011 - MAJ : 17/01/2020 14:22
Simon Riaux | 26 février 2011 - MAJ : 17/01/2020 14:22

Sorti depuis un moment aux Etats-Unis, quelques semaines après avoir vu son casting honoré aux golden globes, The Fighter vient de briller aux Oscars. Même si le film n'aura pas été la machine à récompenses attendue, sa distribution s'est vue honorée de deux statuettes du meilleur second rôle, respectivement attribuées à Christian Bale et Melissa Leo. Mais qu'en est-il de l'oeuvre, parvient-elle à transcender son cahier des charges pour nous offrir un véritable moment de cinéma ?

Dès la première séquence, ce sont évidemment les comédiens qui impressionnent. Christian Bale, amaigri et azimuté, fait corps avec son personnage de raté maladroit, toujours sur le point d'exploser. Mark Wahlberg se fond avec sobriété dans la peau de Micky Ward, boxeur écrasé entre sa famille de parasites, ses démons intérieurs et sa volonté de s'élever en gardant les siens à ses côtés. Enfin Mélissa Leo compose une matrone tour à tour abusive et indispensable, pilier perverti d'une famille dysfonctionnelle. Ces trois personnages centraux ainsi que tous les seconds rôles accomplissent individuellement des performances remarquables, quoique leur cohérence d'ensemble pose quelques problèmes sur lesquels nous reviendrons.

 

photo, Melissa Leo

 

La mise en scène de David O. Russell n'est pas en reste. Elle sait se montrer élégante et racée, tout en s'insinuant sans fausse pudeur dans le quotidien et la misère d'hommes et de femmes brisés par leurs échecs, leurs non-dits. Russell joue admirablement de l'espace, jongle habilement avec les profondeurs de champ. Le temps d'un travelling accroché au fil tendu d'un téléphone, il fait d'un décor quotidien et banal un amphithéâtre de tragédie. Proche de ses acteurs, s'accrochant au visage tuméfié de Wahlberg, guettant les soubresauts de Bale pour électriser son cadre, il ne cède cependant jamais aux sirènes d'une caméra tremblotante, symptôme de cinéma vérité pré-fabriqué.

 

photo, Melissa Leo

 

Les seuls véritables reproches que l'on peut adresser au film viennent du scénario. En multipliant les conflits et les enjeux (le frère toxicomane qui détruit tout ce dont il s'approche, la mère abusive, la petite amie revancharde et exclusive) le script lance trop de pistes qu'il ne peut exploiter totalement. On a parfois l'impression que Christian Bale, Melissa Leo et Amy Adams participent chacun à un film différent, qui serait peut-être plus intéressant que les péripéties de Wahlberg. Ce dernier interprète son personnage du mieux qu'il peut, mais il doit composer avec un Micky Ward trop lisse (au vu de son environnement auto-destructeur et retors) pour qu'on le suive tout à fait. Au final, il devient le personnage le plus fade, car dépourvu d'aspérités.

 

Affiche officielle

Résumé

The Fighter est un film rempli de qualités, on serait tenté de désigner comme premières d'entre elles le scénario et les acteurs. Sauf que l'oeuvre de David O. Russell souffre d'une richesse qu'il ne parvient pas à exploiter complètement, et d'un casting époustouflant, qui étouffe un peu le personnage principal. Ce n'est sans doute pas une victoire par K.O, mais ne doutez pas le film vous réserve quelques beaux uppercuts.

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